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Une tête athlétique

2014 Winter Olympics
Photo Didier Debusschere Un athlète doit assurer une présence totale, inébranlable. Des entraînements de neurofeedback les conditionnent à mieux contrôler leur cerveau, même dans des situations de haute pression.

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Fait reconnu : les capacités psychologiques d’un athlète pèsent lourd dans son succès à des niveaux où les capacités physiques sont déjà étirées à la limite du possible. À l’essai, le neurofeedback.

Une électrode sur le sommet de la tête, et deux autres sur les lobes d’oreilles. Au programme, un entraînement visant à renforcer les fréquences 12-15 Hz et inhiber les 4-7 Hz et les 20-30 Hz dans la zone du contrôle moteur.

En français, cela consiste à bien y stimuler les fréquences où l’attention est optimale, et à ne pas y solliciter celles qui sont trop basses et trop élevées.

« Autant la quantité que le positionnement de nos ondes cérébrales en disent long sur le fonctionnement du cerveau », dit la Dre Johanne Lévesque, neuropsychologue.

Un cerveau bien entraîné

Un athlète doit assurer une présence totale, inébranlable. Il n’y a pas de place pour une concentration diluée, un stress accaparant ou des facultés mentales endormies.

« En neurofeedback, on prend le contrôle de l’activité électrique de son cerveau pour l’optimiser », résume la Dre Lévesque, qui a entraîné plus de 7000 patients depuis 2002, dont de nombreux athlètes professionnels.

Branchée devant un écran, il m’est possible de connaître mes différentes zones de fréquence dans la région contrôlée. Chaque athlète – ou personne – aura son propre protocole, selon ses besoins. Et chaque athlète – ou personne – devra s’entraîner à atteindre ses objectifs. Au lieu de suer ou de s’essouffler, on travaille à se concentrer et/ou à relaxer. Ainsi, on développe sa capacité d’autorégulation.

Avoir l’heure juste, en continu

« Il n’est pas rare qu’il y ait une bonne différence entre l’état dans lequel croit être la personne et l’activité de son cerveau. Par exemple, quelqu’un qui se pense détendu, alors que son cerveau grouille en intensité a des fréquences beaucoup trop élevées », explique la Dre Lévesque.

D’où l’intérêt du neurofeedback pour avoir l’heure juste. Ni plus ni moins que de la méditation contrôlée.

Écouteurs aux oreilles, écran devant les yeux, tant que je demeure dans mes bonnes zones de fréquence, la musique joue en continu et le train suit les rails. Lorsque je sors des balises que la neuropsychologue m’a fournies, l’un ou l’autre s’arrête, parfois les deux. Je dois alors conditionner mon cerveau à revenir dans la bonne zone. Ce n’est pas facile !

En s’entraînant de la sorte à atteindre ses « bonnes » fréquences, on fait le pari que la connexion deviendra plus « naturelle », et qu’on sera capable de la répliquer au besoin, et au quotidien. Une personne en arrivera ainsi à mieux maîtriser ses émotions ou à baisser son taux d’anxiété, par exemple, alors qu’un athlète profitera de ce même contrôle pour ne pas se laisser intimider jusqu’à la médaille d’or.

Le neurofeedback en bref

De la chimie et de la physique : voilà comment les neurones communiquent entre eux. La médication joue sur la chimie du cerveau en rééquilibrant les neurotransmetteurs. Le neurofeedback vise à contrôler le flux électrique de la connexion.

« Il ne s’agit pas d’une nouvelle technologie : aux États-Unis, on entraînait l’activité électrique du cerveau dès les années 60. J’ai choisi d’introduire le neurofeedback au Québec en 2002, après avoir fait mon postdoctorat sur le sujet », raconte la Dre Lévesque, qui y a aussi vu une solution non médicale au TDAH de son fils.

Pourquoi le neurofeedback n’est-il pas plus répandu ? Parce que l’efficacité de la médication a été documentée à nombreuses reprises, alors que celle du neurofeedback ne fait pas toujours l’unanimité. Une dizaine d’études corrobore le taux de succès de la Dre Lévesque, mais pas toutes.

Comment ça fonctionne

« Le premier rendez-vous consiste à une évaluation de la signature électrique du cerveau afin de cerner les anomalies. Puis, on passe aux entraînements pour que certaines zones du cerveau apprennent à mieux se concentrer ou à se détendre : c’est du conditionnement opérant », explique la Dre Johanne Lévesque.

Qui dit conditionnement dit répétitions. Il faut donc s’attendre à deux séances par semaine, pendant un certain nombre de semaines.

« Des athlètes maîtrisant bien leur cerveau pourront régler leur problème en dix heures, alors que d’autres personnes en prendront 25 ou 30, dit la Dre Lévesque. Mais ce qui est intéressant, c’est que les résultats resteront. »

Une fois que la connexion est faite — et bien faite — elle ne disparaîtra pas. Ainsi, les gens qui se tournent vers le neuro-feedback ne s’y abonnent pas à vie.

« J’ai des athlètes souhaitant améliorer leur performance ou se remettre de commotions cérébrales, des personnes vivant des troubles d’anxiété, des enfants ayant un TDAH, des professionnels sentant que la vieillesse les « ralentit », des insomniaques... : il y a plusieurs raisons de consulter, et une fois le problème réglé, aucune raison de continuer », dit la Dre Lévesque.

Au niveau des athlètes olympiques, l’utilisation du neurofeedback est généralisée dans plusieurs sports. Parmi les athlètes ayant parlé de leur traitement (sous le couvert de la confidentialité), on dénote entre autres Alexandre Bilodeau et Lucian Bute.