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Dérive autocratique?

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On savait déjà que Donald Trump a une conception assez particulière des normes démocratiques, mais les événements donnent de plus en plus raison à ceux qui craignent une dérive vers l’autocratie.

Les signes avant-coureurs étaient là. Lors de sa nomination en juillet 2016, Trump avait proclamé que lui seul pouvait sortir son pays d’un « marasme » dont il fabriquait de toutes pièces les pires symptômes.

On se souvient aussi de son hésitation à condamner sans équivoque les manifestants nazis et suprémacistes blancs de Charlottesville. Et que dire des nombreuses occasions où il a utilisé la présidence comme un levier de gains financiers pour lui et sa famille ? Surtout, Trump ne manque jamais l’occasion de faire l’éloge de leaders « forts » comme Vladimir Poutine, entre autres.

Paroles anodines ?

À chaque fois qu’il semble se comporter comme un président « normal », comme lors du discours sur l’état de l’Union, on s’imagine que Trump finira par comprendre qu’il ne peut pas simultanément être « leader du monde libre » et agir en autocrate. Ça ne dure jamais longtemps.

Lors d’une assemblée partisane vendredi, il qualifiait de « trahison » le fait que certains législateurs démocrates se soient abstenus d’applaudir pendant son discours sur l’état de l’Union. Ses partisans disent qu’il blaguait, mais on ne rigole pas avec une offense passible de la peine capitale. Il y a un nom pour le genre de régimes où ceux qui osent ne pas applaudir le leader suprême sont considérés comme des traîtres.

La publication de livres qui mettent en garde contre la détérioration des normes démocratiques aux États-Unis à l’ère de Trump est une industrie florissante. Des ouvrages comme Trumpocracy, de l’ex-conseiller républicain David Frum, ou How Democracies Die, des politologues Steven Levitsky et Daniel Ziblatt, suggèrent que les États-Unis aujourd’hui partagent plusieurs traits communs avec des démocraties qui ont succombé à l’autoritarisme.

Une dérive autocratique, soulignent-ils, peut arriver doucement, sans qu’on s’en rende compte. Les premiers pris dans ce collimateur sont les élus républicains. Encarcanés dans la partisanerie et terrifiés de perdre l’appui des trumpistes s’ils osent critiquer leur héros, ceux-ci refusent de dénoncer la dérive autocratique qu’ils ont devant leurs yeux.

Normaliser l’anormal

Qu’il s’agisse des déclarations intempestives de Trump, de ses tractations éthiquement douteuses ou de ses efforts pour discréditer l’enquête sur l’affaire russe, les républicains laissent tout passer. En normalisant tout ce que fait Trump, les membres de son parti contribuent à affaiblir les normes démocratiques.

L’idée de Trump de tenir un défilé militaire à Washington risque fort d’être un symbole de ce changement.

Tout le monde sait que la domination militaire des États-Unis est écrasante et ce genre de défilé à la nord-coréenne sera aussi inutile que coûteux, mais les critiques seront accusés de ne pas appuyer les troupes. Pendant quelques heures, donc, pendant que les tanks broieront l’asphalte face à son estrade d’honneur, Donald Trump pourra se satisfaire d’être aussi fort que les leaders qu’il admire tant.