/finance/opinion/columnists
Navigation

La Caisse nuit à Bombardier

Bombardier
Photo Philippe Orfali

Coup d'oeil sur cet article

Avec l’argent de nos impôts et de nos épargnes, la Caisse de dépôt et placement a décidé d’octroyer à Alstom (le grand rival étranger de Bombardier Transport) le lucratif contrat du matériel roulant pour le projet Réseau express métropolitain (REM) de Montréal.

Quel coup dur pour Bombardier Transport et ses 600 travailleurs de l’usine de La Pocatière ! Ils comptaient sur ce fameux contrat du REM pour assurer la survie de leurs emplois.

Et au niveau de la réputation internationale de Bombardier Transport, convenons que l’octroi du contrat du matériel roulant du REM à sa grande rivale Alstom risque de lui nuire lors des prochains appels d’offres internationaux. Comment peux-tu vanter tes trains quand ton principal bailleur de fonds et actionnaire majeur (la Caisse) préfère octroyer son gros contrat à la compagnie rivale ? Comment ne pas avoir l’air fou quand ton gouvernement local (Québec), également actionnaire de ta compagnie, finance l’octroi du contrat accordé à tes dépens à ton compétiteur international ?

Coup de Jarnac

L’octroi du contrat à la multinationale française Alstom représente également à mes yeux un coup de Jarnac pour le gouvernement du Québec et les 41 déposants de la Caisse, soit la RRQ, les régimes de retraite des employés de la fonction publique et parapublique, les régimes d’assurance de l’État, le ministère des Finances, etc.

Pourquoi c’est un coup de Jarnac ? Un, parce que le REM est globalement financé par le gouvernement du Québec et la Caisse, donc avec notre argent. Deux, parce que la Caisse a investi deux milliards de dollars dans Bombardier Transport, ce qui représente un de ses plus gros placements effectués avec l’argent de ses déposants. Trois, parce qu’en détenant 30 % de la division Bombardier Transport, la Caisse a tout intérêt à protéger « notre » investissement massif. Quatre, parce que l’obtention d’un tel méga contrat du REM aurait permis d’assurer la survie de l’usine de La Pocatière et de ses 600 travailleurs québécois de Bombardier Transport.

Et nos milliards $

Si on ajoute l’investissement de 1,3 milliard $ de Québec dans la C Series, les Québécois ont ainsi investi depuis deux ans quelque 3,3 milliards $ dans la multinationale Bombardier.

Le gouvernement Couillard et la Caisse avaient-ils raison de ne pas donner le moindre coup de pouce à Bombardier dans l’octroi des contrats reliés au matériel roulant ?

On me dira qu’il leur fallait éviter de se placer en conflit d’intérêts.

Mais entre nous, il est où le conflit d’intérêts quand c’est toi-même qui finances entièrement ton propre projet, avec l’argent de tes contribuables, de tes épargnants, en plus d’être un gros actionnaire de la compagnie ?

Mauvais travail

En ce jour d’octroi du contrat de matériel roulant du REM à Alstom, la multinationale française et grande rivale mondiale de Bombardier Transport, j’ai l’impression que le gouvernement Couillard et la Caisse ont mal défendu nos intérêts.

Pourquoi avoir écarté Bombardier ? La Caisse et le gouvernement Couillard devraient répondre à cette question. Après tout, c’est notre argent !

En mai dernier, Bombardier Transport avait subi un autre revers local alors que l’Agence métropolitaine de transport (AMT), responsable du réseau de trains de banlieue dans la région de Montréal, octroyait à la société chinoise CRRC le contrat de fabrication de 24 nouvelles voitures.

Qui finance ces nouvelles voitures chinoises ? Les Québécois, par l’entremise des subventions gouvernementales, de la tarification, des municipalités.

Pour se défendre d’avoir écarté Bombardier, la Caisse nous rappellera sans doute que le Groupe SNC-Lavalin a remporté les grands honneurs des appels d’offres. Et comme Alstom faisait partie des partenaires des consortiums formés par SNC-Lavalin, l’offre de Bombardier a été mise sur la voie d’évitement !