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La violence à l’école

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MAXIME DELAND/AGENCE QMI

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Le journal Le Devoir nous apprenait, cette semaine, que les cas déclarés d’incidents violents à l’égard des enseignants ont considérablement augmenté en dix ans, passant de 284 en 2005 à 420 en 2015. Nous conviendrons tous qu’un seul acte de violence est de trop, toutefois il faudrait éviter la dramatisation excessive et prendre le temps de relativiser ces données apparemment affolantes.

Le phénomène de la violence à l’école n’est pas nouveau, que ce soit entre les pairs, que ce soit des adultes à l’égard des élèves ou à l’inverse, des élèves à l’égard de leurs professeurs. Cependant, nous sommes entrés, depuis une décennie, dans l’ère de la tolérance zéro et ceci n’est sûrement pas étranger à l’augmentation du nombre de signalements. En effet, les enseignants déclarant aujourd’hui des incidents qu’ils taisaient auparavant. C’est donc difficile de déterminer précisément l’amplification du phénomène strictement avec le registre d’incidents reliés à l’application de la Loi de la santé et la sécurité au travail.

Pour avoir participé, au cours de ma vie professionnelle, à différents colloques ou séminaires sur la question de la violence et de la sécurité au travail, j’ai pu observer la retenue des experts et leur hésitation à affirmer que la situation s’aggravait. Faute d’études longitudinales et de méta-analyses, nous sommes restreints au domaine des hypothèses avec des seuils de fiabilité qui demeurent aléatoires. Bien que ce constat invite à la prudence, il ne justifie pas le négationnisme et la banalisation de la violence. Au contraire, il faut saluer le travail des ressources spécialisées qui s’emploient à contenir ces actes, à prendre soin des personnes agressées et à documenter le phénomène.

À la lumière des données relayées par Le Devoir, certains voudraient faire croire que le tissu social de notre jeunesse s’est gravement détérioré par rapport à un temps passé. Cette propension à croire que la jeunesse est de plus en plus dévergondée jaillissait déjà dans la Grèce Antique. Il faut se méfier de ces inclinaisons à répandre que c’était mieux dans l’ancien temps. Aussi loin que je puisse me rappeler de ma vie à l’école comme élève, enseignant et syndicaliste, j’ai été témoin d’épisodes moins reluisants qui m’incitent à beaucoup plus de nuances dans l’appréciation des jeunes d’aujourd’hui.

Tout en réaffirmant que les 420 cas déclarés de violence ne sont pas négligeables, nous devons nous rappeler qu’il y a une centaine de milliers d’enseignants et près d’un million d’élèves dans le réseau scolaire. Ce serait faire preuve d’exagération que d’évoquer une déchéance sociale strictement à la lumière des données révélées dans le rapport de la Commission des normes et de la santé et la sécurité au travail (CNESST).

La nuance dans l’appréciation de la situation ne diminue toutefois pas l’importance de prendre les actions appropriées pour contenir cette violence. L’approche client qui a toujours raison, la banalisation pour soigner les apparences, l’écrémage des groupes d’élèves et le non-respect de la Loi sur l’instruction publique qui prône qu’un élève intégré ne doit pas porter atteinte grave aux droits des autres sont des situations concrètes auxquelles le réseau scolaire peut s’attaquer. Les comportements d’enfant-roi sont une autre source potentielle de violence, mais le tout ne saurait se régler strictement à l’école et suppose une culture familiale différente. Si on ne s’attaque pas aux sources de la violence, elle ne pourra que croître dans les établissements.