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Locataires expulsés en plein hiver

La Ville de Montréal leur donne 21 jours pour quitter leur bloc à appartements jugé insalubre et dangereux

Steven Latimer a jusqu’au 22 février pour évacuer le logement où il demeure depuis 15 ans. Il ne sait toujours pas s’il pourra trouver un endroit à temps pour déménager.
Photo Benoît Philie Steven Latimer a jusqu’au 22 février pour évacuer le logement où il demeure depuis 15 ans. Il ne sait toujours pas s’il pourra trouver un endroit à temps pour déménager.

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Des Montréalais craignent de se retrouver à la rue après que la Ville ait ordonné l’évacuation complète de leur immeuble pour insalubrité à trois semaines de préavis.

« J’attends une place en logement social depuis quatre ans... Je suis malade, je me suis cassé un genou récemment et maintenant, je risque de me retrouver sans abri au milieu de l’hiver », déplore Steven Latimer, rencontré devant le bloc du quartier Pointe-Saint-Charles où il habite depuis 15 ans.

La Ville de Montréal a ordonné l’évacuation complète de ce bâtiment situé au 2520-2530, rue du Centre, dans le quartier Pointe-Sainte-Charles, près de Verdun, pour des raisons de sécurité.
Photo Benoît Philie
La Ville de Montréal a ordonné l’évacuation complète de ce bâtiment situé au 2520-2530, rue du Centre, dans le quartier Pointe-Sainte-Charles, près de Verdun, pour des raisons de sécurité.

L’homme d’une cinquantaine d’années a appris vendredi qu’il devra trouver un nouvel appartement, faire ses boîtes et déménager d’ici quelques jours, une situation qui le rend anxieux.

La Direction de l’habitation de la Ville de Montréal a fait parvenir des lettres à la quinzaine de locataires du 2520-2530, rue du Centre, vendredi dernier, pour les aviser qu’ils devaient quitter avant midi le 22 février, sans quoi ils seraient évacués de force.

Impropre à l’habitation

« Lors d’une vérification le 19 décembre 2017, nous avons constaté que le logement dans lequel vous résidez est impropre à l’habitation. Cette situation peut porter atteinte à votre santé et à votre sécurité [...] », indique-t-on dans le document adressé aux occupants, sans donner plus de détails.

La locataire Giulia Giorgi ne peut pas croire que la Ville lui donne seulement trois semaines pour déménager. Elle assure être bien chez elle, malgré des problèmes récurrents d’infiltration d’eau.
Photo Benoît Philie
La locataire Giulia Giorgi ne peut pas croire que la Ville lui donne seulement trois semaines pour déménager. Elle assure être bien chez elle, malgré des problèmes récurrents d’infiltration d’eau.

L’immeuble de trois étages comporte 10 logements, dont un est inhabité, selon la locataire Giulia Giorgi. Un restaurant indien et un salon de coiffure occupent les locaux au rez-de-chaussée.

Lors du passage du Journal, des sacs de poubelles remplis traînaient dans certains corridors où flottait une odeur d’humidité. Plusieurs murs étaient fissurés et des sachets de drogues et des mégots de cigarettes jonchaient le sol près d’une sortie.

Mme Giorgio, qui habite l’endroit avec un colocataire depuis trois ans, se dit choquée par le court délai accordé par la Ville pour évacuer.

« On aurait aimé avoir deux ou trois mois pour se préparer. Nous, on travaille, on doit mettre toutes nos choses dans des boîtes. C’est beaucoup d’ouvrage en trois semaines, sans compter le stress de trouver un nouvel appartement », dit-elle.

Soutien

La femme de 48 ans déplore n’avoir aucun soutien de la Ville pour l’aider à déménager, mis à part un numéro de téléphone à l’Office municipal d’habitation de Montréal.

« Ils m’ont sorti une liste d’appartements disponibles, mais la plupart sont à Montréal-Nord, Hochelaga-Maisonneuve ou même Longueuil et sont plus chers. Le loyer est 600 $ pour un 5 1/2 ici. On ne va jamais retrouver cela ailleurs », poursuit-elle.

Dans un couloir, un mur métallique endommagé a été réparé avec ce qui semble être du plâtre.
Photo Benoît Philie
Dans un couloir, un mur métallique endommagé a été réparé avec ce qui semble être du plâtre.

Mis à part la présence occasionnelle de coquerelles et quelques dégâts d’eau dans sa chambre au troisième, Mme Giorgio dit ne pas avoir eu d’autres problèmes.

Sa voisine, Samina Saboohi, habite le bloc depuis 22 ans et paie environ 500 $ pour son 4 1/2. Elle refuse de quitter l’endroit.

« Je ne comprends pas que la Ville m’ait permis de vivre ici aussi longtemps si c’est si dangereux pour ma sécurité », lance-t-elle.

 

Plusieurs problèmes dans le bloc

  • Traces d’infiltration d’eau et de moisissures
  • Présence de vermines et rongeurs
  • Structure déficiente
  • L’accès au bâtiment est mal sécurisé et permet les alléeset venues de squatters
  • Plusieurs logements ne disposent pas de deux issues conformes
  • Non-conformités électriques

 

L’évacuation rapide est nécessaire pour la sécurité des gens, dit la Ville

 

Le délai de trois semaines accordé aux locataires d’un immeuble insalubre pour évacuer les lieux en plein hiver est nécessaire, assure la Ville de Montréal, qui estime que la vie des résidents est en danger.

« Le délai accordé est normal compte tenu des risques à la sécurité ou à la santé des occupants. Dans certains cas, l’évacuation peut avoir lieu le même jour que l’inspection », indique le porte-parole de la Ville, Jules Chamberland, dans un courriel envoyé au Journal.

La période de l’année ne constitue pas un facteur dans la prise de décision puisqu’il s’agit d’assurer la sécurité des citoyens, ajoute-t-il.

La Ville assure que les locataires du 2520-2530, rue du Centre seront tous relogés dans des logements sécuritaires d’ici au 22 février avec l’aide du service de référence de l’Office municipal d’habitation de Montréal, qui tient une liste d’appartements disponibles.

Évacuation

Les inspecteurs de la Direction de l’habitation ont constaté des problèmes d’insalubrité et d’entretien dans la bâtisse dès 2011, lors d’une première visite. La Ville avait ordonné au propriétaire, Spyros Zaphiratos, d’effectuer des travaux correctifs.

Le 19 décembre dernier, lors d’une seconde inspection, la Ville a observé que le propriétaire avait fait passer le nombre de logements de 8 à 10 dans le bloc qui, depuis, ne répond plus aux normes concernant les issues de secours.

Le propriétaire a été informé de l’avis d’évacuation à la fin du mois de janvier, indique M. Chamberland.

L’immeuble sera barricadé jusqu’à ce que le propriétaire entreprenne des travaux correctifs.

Les locataires, qui doivent quitter d’ici le 22 février, peuvent signer un avis d’abandon qui viendra les dispenser de payer leur loyer durant toute la période où le logement ne fait pas l’objet de travaux.

Le propriétaire de l’immeuble n’a pas rappelé Le Journal.


♦ Depuis janvier 2016, 13 bâtiments ont fait l’objet d’une évacuation partielle ou complète à Montréal pour des raisons de sécurité ou de salubrité.