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Le bordel devenu musée

De Pigalle, seule l’apparence est restée, comme la carapace de l’escargot une fois que celui-ci a disparu. Voyez ces chambres étagées de part et d’autre du moulin: pendant plus d’un siècle, c’était, bien sûr, des immeubles abritant la prostitution. Celle-ci a disparu, effet de l’embourgeoisement.
Photo courtoisie, Gilles Proulx De Pigalle, seule l’apparence est restée, comme la carapace de l’escargot une fois que celui-ci a disparu. Voyez ces chambres étagées de part et d’autre du moulin: pendant plus d’un siècle, c’était, bien sûr, des immeubles abritant la prostitution. Celle-ci a disparu, effet de l’embourgeoisement.

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Célèbre lieu de perdition aux yeux de nos curés qui déploraient Paris la débauchée, le quartier de Pigalle m’avait frappé, dans les années 1970, par la dureté des hommes qui assuraient la sécurité aux portes des 1001 bars de danseuses et lupanars. Le surnom de « gorilles » pour qualifier ces messieurs convenait parfaitement.

C’était le contraire du stéréotype du Français efféminé qui « perlait » bien, qui avait cours au Québec. Quant aux demoiselles qui alimentaient la grande machine à plaisir et à sensations fortes avec laquelle on allait chercher des millions de francs dans les poches des naïfs touristes, elles étaient partout visibles, sur les affiches, les trottoirs, aux fenêtres, etc. Voilà qui faisait pâlir notre sinistre intersection Sainte-Catherine et Saint-Laurent...

Jadis, Pigalle était exceptionnelle avec ses boutiques osées.
Photo courtoisie, Gilles Proulx
Jadis, Pigalle était exceptionnelle avec ses boutiques osées.

Muni de mon appareil photo le printemps dernier, je suis allé essayer de prendre des images de cette atmosphère... mais il n’en reste rien. Comme Time Square, ça s’est aseptisé. Les institutions comme le Moulin rouge demeurent... mais c’est au moins 100 $ pour voir le spectacle, beaucoup plus si vous mangez et si vous aimez bien le bon vin, la facture s’allongera. Il n’y a plus de jeunes... que des vieux !

« Nouveau » pigalle

Finie, l’époque où les Parisiens venaient s’encanailler ici pour, comme disait Serge Lama, aller voir les « petites femmes de Pigalle ». Je présume que tout ce beau monde continue de folâtrer... mais que les rencontres se font par internet.

Le cabaret Atlas a fait le pari de maintenir sa vieille devanture peinte et défraîchie pour attirer la clientèle.
Photo courtoisie, Gilles Proulx
Le cabaret Atlas a fait le pari de maintenir sa vieille devanture peinte et défraîchie pour attirer la clientèle.

Le nouveau Pigalle attire une clientèle riche et étrangère. À sa défense, le spectacle met très bien en valeur la musique française, Maurice Chevalier, Mistinguette, Joséphine Baker, de manière à impressionner le visiteur. Il se dit : « Quel pays formidable que la France ! » Imaginez qu’au contraire, le Moulin rouge se comporte « à la montréalaise », dise « bonjour-hi » et fasse jouer surtout de la musique américaine... Ça en serait fini ! Quel étrange destin que celui de ces quartiers mythiques qui se figent dans le temps et qui se dénaturent à force de persister... même une fois que la vie lumineuse s’est retirée !