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Les affres de la schizophrénie

Sylvie Drapeau
Photo courtoisie, Angelo Barsetti

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Après Le fleuve et Le ciel, les deux premiers tomes de sa tétralogie, la comédienne Sylvie Drapeau signe, avec L’enfer, un roman extrêmement percutant et autobiographique, ­racontant la vie et la mort de son petit frère Richard.

Richard, le petit dernier de la famille, parti de la Côte-Nord rejoindre ses sœurs et étudier à l’université, se met tout à coup à agir d’une étrange manière. Ses propos incohérents et ses agissements alertent sa famille.

Sa famille s’en occupe, ­l’entoure d’amour. Mais rien n’y fait : il entend des voix dans sa tête. Commence alors une ­descente aux enfers terrible, qui se terminera par un suicide et marquera à jamais tous les membres de la famille.

Puissance et sensibilité

Sylvie Drapeau, avec autant de puissance que de sensibilité, réussit à transformer cette histoire d’une grande noirceur en œuvre d’art : il y a beaucoup d’amour dans la détresse, de la lumière dans cette maladie terrifiante, de la paix et de l’apaisement dans tout ce feu.

« C’est complètement auto­biographique », confirme Sylvie Drapeau, en entrevue quelques heures avant la première de la pièce de théâtre L’Homme éléphant, au Théâtre du Rideau Vert, à Montréal. « Mes livres sont différents, mais ils se répondent les uns les autres. Pour moi, ça va toujours être des ­chapitres de notre seul et même gros livre. Ça, c’est le chapitre du feu. Il n’a pas été plus ­difficile à écrire : c’est toujours la même quête de vérité, d’authenticité. »

Avec un souci de bien dire les choses, la ­comédienne et écrivaine aborde la maladie ­mentale et décrit ce qui se passe quand un membre de la famille perd la carte complètement. « Ce dont j’ai aussi essayé de témoigner, c’est les années qui passent. Des années à soutenir quelqu’un, et à lui dire adieu puisque chaque livre est une adresse à un mort. »

Écriture libératrice

À travers ce roman qui est aussi un témoignage très émouvant, Sylvie Drapeau explique qu’elle parle de la schizo­phrénie... mais fait remarquer que c’est un livre qui parle beaucoup d’amour. Sa famille, qui comptait sept enfants, a d’ailleurs traversé beaucoup d’épreuves en se serrant les coudes. « C’était notre réalité », dit-elle simplement.

L’écriture a été libératrice et s’est faite sans larmes. « Je suis comme un sculpteur avec les mots. La création, c’est une vision qu’on a à partir de la réalité. Le monde nous apparaît. Mes romans, ce n’est pas une thérapie, ce sont des sculptures. »

« Ça m’a fait du bien, comme toute forme de création, comme ça va me faire du bien tantôt de mettre mon costume et me ­maquiller pour faire cette pièce avec Benoît McGinnis et le rencontrer sur scène. C’est de l’ordre de la création, et c’est comme ça que je traverse l’existence. »

<i>L’enfer</i></br>
Sylvie Drapeau</br>
Éditions Leméac environ 96 pages
Photo courtoisie
L’enfer
Sylvie Drapeau
Éditions Leméac environ 96 pages
  • Sylvie Drapeau est comédienne. Elle a joué dans de nombreuses productions théâtrales ainsi qu’au cinéma et à la télévision.
  • L’enfer est le troisième opus d’une tétralogie qui compte déjà Le fleuve et Le ciel. Le dernier s’appellera La terre.
  • Elle est sur les planches du Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 3 mars dans la pièce L’Homme éléphant, aux côtés de David Boutin et Benoît McGinnis. « La pièce est plus légère que le film de David Lynch. Il y a quand même de l’humour ! »