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Une échelle de l’amour pour la Saint-Valentin

Romantic couple in love hugging cartoon vector Illustration
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On n’aime pas toujours de la même façon : nos sentiments changent au cours des ans, des jours, des heures et même des secondes... Parfois, c’est notre soif qui mène. D’autres fois, notre âme est notre guide. Le théologien et philosophe Jean-Yves Leloup et la psychanalyste Catherine Bensaïd ont proposé, dans le livre Qui aime quand je t’aime ?, paru en 2005, une échelle de l’amour. Une chose à retenir : chaque échelon a sa valeur et aucun n’est à rejeter. Mais commençons au bas de l’échelle.

1. L’amour Porneia*. Sur ce premier barreau, on peut imaginer un bébé assoiffé qui boit à un sein, puis à l’autre, et qui retourne frénétiquement au premier. Quand on aime de cette façon, on se nourrit littéralement de celle ou de celui qu’on croit aimer. C’est l’amour soif, l’amour dévorant. C’est le petit cochon qui continuera toujours d’exister en nous, même s’il lui arrive de se calmer. « Je t’aime comme une bête. »

2. L’amour Pothos*. Sur ce deuxième échelon, on cherche la reconnaissance de l’autre. On existe par le regard que la « personne aimée » pose sur nous. Dès qu’il n’est plus là ou qu’il ne nous rassure plus, l’insécurité apparaît. Sans elle ou lui, on n’est rien, on n’a plus rien à faire, plus aucun rôle. C’est l’amour demandant. « Je t’aime comme un enfant. »

3. L’amour Pathé*. À cette troisième étape de l’échelle, on est encore dans le besoin grave. Voici l’amour-passion : on a l’autre dans la peau. On le veut. « Je t’aime comme un fou, comme une folle, je ne peux pas me passer de toi. »

4. L’amour Éros*. Ce barreau de l’échelle amoureuse ouvre la porte au désir vrai. Notre part insatiable est toujours là, mais elle commence à inclure l’autre. Il est toujours perçu comme un objet, au sens où on cherche à ce qu’il nous donne du plaisir, mais on se dirige peu à peu vers une vraie communication. C’est l’amour jeune, l’amour beau, l’amour érotique. « Je te désire. »

5. L’amour Philia*. Ici, on monte un échelon où la personne qu’on aime devient vivante, elle n’est plus un objet. Chacun a ses propres besoins et désirs, et l’autre n’est plus seulement là pour satisfaire nos pulsions : on est ensemble. À ce stade, on devient capable d’écoute, on s’ouvre sans faux semblant, on est en confiance. C’est l’amour-amitié. « Je suis bien sans toi, mais je suis mieux avec toi. »

6. L’amour Storgè*. Si on continue de monter dans l’échelle, on atteint la grande tendresse. On réalise peu à peu que l’amour s’exprime pleinement dans le « service à l’autre ». On n’attend plus ceci ou cela de la personne aimée. On n’a plus besoin qu’elle nous rende ce qu’on lui donne. « C’est un bonheur que tu sois là. »

7. L’amour Harmonia*. On est pleinement ensemble à cet échelon de l’amour. Tout est musique avec toi. « La vie est belle quand on est ensemble. »

8. L’amour Eunoia*. C’est l’amour qui se dévoue. On se donne sans compter. Celle ou celui qui calcule en nous s’est effacé. « J’aime prendre soin de toi. »

9. L’amour Charis*. À ce stade, on voit l’amour comme une grâce qui nous est ­donnée. Je t’aime sans condition, sans ­attentes, sans raison. « Je t’aime, c’est tout. »

10. L’amour Agapè*. C’est le stade ultime de l’amour, on le dit christique ou bouddhique, donc religieux. Aimer l’autre à ce stade, c’est dire : « Ce n’est pas moi qui aime, c’est l’amour qui aime à travers moi. » Remarquez que ce dernier échelon est tout de même assez avancé, nous l’atteindrons peut-être à la toute fin de notre vie.

L’idée n’est pas de grimper dans l’échelle et de s’arrêter à un ­échelon. Tout le jeu, tout le plaisir, toute la joie de l’amour consistent à rester souple et à pouvoir descendre et monter l’échelle allègrement, sans se ­rigidifier. En cultivant notre souplesse, on pourra peut-être faire une place autant au petit cochon du premier échelon qu’à notre âme des grands jours.


* Les mots sont d’origine grecque.