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Votre commission scolaire est-elle performante?

Ce palmarès inédit permet aux payeurs de taxes scolaires d’en savoir plus sur le rendement

Des élèves de l'école secondaire Vallée-des-Lacs
Photo Stéphanie Gendron, collaboration spéciale La commission scolaire du Fleuve-et-des-Lacs, qui dessert les secteurs de Trois-Pistoles et du Témiscouata dans le Bas-Saint-Laurent, est l’une des meilleures de la province même si la majorité de ses élèves sont issus de milieux défavorisés. Sur la photo, des élèves dans une classe d'arts plastiques de l’école secondaire de la Vallée-des-Lacs, à Saint-Michel-du-Squatec.

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Des commissions scolaires dont la majorité des élèves proviennent de milieux défavorisés arrivent à se hisser en tête d’un tout nouveau palmarès élaboré pour le compte du Journal.

L’Institut Fraser, qui produit déjà le Palmarès des écoles secondaires, a dressé cette fois un classement des 69 commissions scolaires francophones et anglophones du Québec (voir pages 6 et 7). Pour la première fois, on peut ainsi comparer la performance des commissions scolaires entre elles. Cet exercice est principalement basé sur les résultats des élèves aux examens ministériels de quatrième et cinquième secondaires.

Même si elles reçoivent grosso modo le même financement par élève, certaines commissions scolaires qui accueillent des élèves défavorisés réussissent mieux que d’autres, situées dans des secteurs mieux nantis. Ce constat démontre qu’elles ont trouvé une recette qui mène à la réussite, affirme Peter Cowley, de l’Institut Fraser.

Leurs pratiques de gestion peuvent avoir un impact, précise-t-il. «Si les dirigeants de la commission scolaire sont dynamiques, s’ils se concentrent sur les intérêts des élèves, ils ne vont pas tolérer de piètres performances. Ils vont tout mettre en œuvre pour que ça change», lance-t-il.

De son côté, le consultant en éducation Marc Saint-Pierre, qui accompagne des commissions scolaires dans l’élaboration de leur plan de réussite, estime que ce palmarès renferme des «indicateurs intéressants». Selon lui, ceux-ci peuvent être révélateurs d’une tendance s’ils sont présentés sur plusieurs années.

Les bons élèves

En tête de ce classement, on retrouve la commission scolaire de la Baie-James, avec ses deux écoles secondaires, suivie de la commission scolaire des Bois-Francs, située dans le Centre-du-Québec, et de la commission scolaire du Fleuve-et-des-Lacs, dans le Bas-Saint-Laurent.

Cette commission scolaire a réussi à se hisser dans les premiers échelons du palmarès, même si quatre de ses cinq écoles secondaires sont situées en milieu défavorisé (voir autre texte).

De manière générale, M. Saint-Pierre affirme que plusieurs organisations qui se démarquent ont mis en place des mesures dont l’efficacité a été démontrée par la recherche, le tout appuyé par la direction générale. «Il faut que ce soit piloté d’en haut et que l’argent soit investi à la bonne place», affirme cet expert.

M. Saint-Pierre souligne par ailleurs qu’il faut interpréter avec prudence les résultats qui concernent les petites commissions scolaires, puisque le classement peut fluctuer considérablement d’une année à l’autre, à cause du nombre peu élevé d’élèves.

En queue de peloton

Parmi les commissions scolaires qui se situent dans les dernières positions du classement, on retrouve sans surprise des commissions scolaires dont la majorité ou la totalité des écoles sont situées en milieu défavorisé, comme les commissions scolaires des Samares, dans Lanaudière, et des Hauts-Bois-de-l’Outaouais. «Il s’agit d’une variable dont il faut absolument tenir compte. Ça donne un bon indice», lance M. Saint-Pierre.

Ce dernier ajoute toutefois qu’il y a «peut-être aussi quelque chose à corriger dans la culture de l’organisation» si les difficultés des jeunes issus de milieux défavorisés sont perçues comme une fatalité sur laquelle l’école n’a pas d’emprise. D’autres commissions scolaires ont plutôt fait la preuve qu’elles pouvaient faire une différence, ajoute-t-il.

Commission scolaire du Fleuve-et-des-Lacs

  • Classement au palmarès des commissions scolaires: 3e position
  • Cote globale: 6,6 sur 10
  • Nombre d’écoles secondaires en milieu défavorisé: 4 sur un total de 5

Commission scolaire du Fleuve-et-des-Lacs: suivre à la trace les élèves en difficulté

Si la Commission scolaire du Fleuve-et-des-Lacs a réussi à se hisser parmi les meilleures malgré une grande majorité d’élèves provenant d’un milieu défavorisé, c’est parce qu’elle suit à la trace ses élèves en difficulté.

C’est du moins ce qu’affirme son directeur général, Bernard D’Amours. «Comme on dit à la boxe, on les travaille au corps un par un», lance-t-il à la blague.

Dans cette commission scolaire qui dessert les secteurs de Trois-Pistoles et du Témiscouata dans le Bas-Saint-Laurent, quatre des cinq écoles secondaires sont situées en milieu défavorisé. La plus grosse école secondaire, située à Cabano, compte 370 élèves, et la proximité est l’une des clés du succès.

«On connaît bien nos élèves et leurs parents. On est capable d’intervenir rapidement lorsqu’il y a une problématique», affirme M. D’Amours.

Système de tutorat

Dans les écoles secondaires, un système de tutorat a fait ses preuves, ajoute le directeur général. Chaque élève est suivi par un enseignant, qui rencontre le jeune et ses parents plusieurs fois par année s’il le faut.

Les élèves qui échouent à des épreuves ministérielles de fin d’année sont aussi «talonnés» afin de s’assurer qu’ils réussissent lors des examens de reprise. «On met le paquet», lance M. D’Amours.

Au cours des dernières années, des instruments de suivi ont aussi été élaborés pour les élèves à risque de décrocher, qui sont personnellement épaulés par une conseillère en orientation. «Elle les suit un à un, dans toutes nos écoles secondaires», explique M. D’Amours.

Trouver le bon parcours

La démarche peut impliquer plusieurs discussions avec le jeune ou ses parents, afin de trouver un parcours qui le mène vers un diplôme, que ce soit au secteur jeune, en formation professionnelle ou à l’éducation des adultes.

«On a mis en place une série d’initiatives basées sur la communication entre les intervenants scolaires, mais aussi entre les intervenants du milieu socioéconomique», indique le directeur général.

Le Bas-Saint-Laurent est déjà reconnu comme étant la région où le taux de décrochage est le plus bas de la province.

Depuis 2004, environ 150 organisations travaillent ensemble au sein du regroupement COSMOSS (Communauté ouverte et solidaire pour un monde outillé, scolarisé et en santé), qui réunit des représentants du milieu de la santé, de l’éducation, des services de garde, du secteur communautaire, des employeurs et des municipalités.

L’initiative donne des résultats, indique M. D’Amours, et démontre que la réussite scolaire n’est pas seulement l’affaire de l’école.

La Baie-James en tête du palmarès

C’est la Baie-James qui se retrouve en tête du palmarès des commissions scolaires cette année.

D’entrée de jeu, son directeur général, Michel Laplace, prend soin de préciser que la performance dans ce type de classement peut varier d’une année à l’autre en raison du nombre peu élevé d’élèves répartis dans deux écoles secondaires.

«Il y a un effet de cohorte, c’est certain. Nos élèves performent bien cette année parce que la cohorte était forte, mais on ne peut pas dire que cette tendance va se présenter chaque année», prévient-il.

Aucune concurrence

Sa commission scolaire évolue par ailleurs dans un contexte bien différent de celui des grands centres, ajoute-t-il. «On n’a aucune concurrence à contrer sur notre territoire», indique M. Laplace, puisqu’on n’y trouve aucune école privée.

Tous les élèves, qu’ils soient forts ou faibles, se retrouvent forcément dans ses écoles secondaires. Les classes sont donc «peut-être un peu moins épurées» que dans d’autres régions du Québec, souligne la directrice des services de l’enseignement, Bianca Tremblay.

Épauler les enseignants

Les bons résultats des élèves peuvent aussi s’expliquer par les efforts déployés au cours des dernières années pour épauler davantage les enseignants, ajoute-t-elle.

Différentes formules d’accompagnement ont été mises en place, dont des «communautés de pratique» qui permettent aux professeurs «d’échanger de l’expertise et de développer du matériel ensemble, malgré l’étendue du territoire», souligne Mme Tremblay.

L’encadrement des élèves, fait par les enseignants et les directions d’école, vient aussi peser dans la balance, ajoute-t-elle.

«Nos élèves sont peu nombreux, on peut les suivre de façon individuelle pour s’assurer qu’ils performent bien aux examens de fin d’année.»


Voici le classement des commissions scolaires

Comment sont classées les commissions scolaires?

Ce palmarès, réalisé par l’Institut Fraser, classe les commissions scolaires en fonction de la moyenne des «cotes globales» obtenues par ses écoles secondaires. Cette cote est basée en bonne partie sur les résultats des élèves aux examens ministériels de quatrième et cinquième secondaires. À cet indicateur s’ajoutent entre autres l’écart entre les garçons et les filles et la proportion d’élèves qui accusent un retard dans leur parcours scolaire.

À la hausse ou à la baisse?

La tendance depuis quatre ans permet d’indiquer si la cote globale de la commission scolaire est à la hausse (+), à la baisse (-) ou stable (=) depuis quatre ans.

Moyenne pour l’ensemble des commissions scolaires de la province: 5,4/10