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Increvable, la Russie!

Increvable, la Russie!
Photo AFP

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C’est comme s’il existait deux Russies : celle qui occupe le plus vaste territoire de la planète, héritière de l’empire soviétique et fautrice de troubles par excellence. Puis, il y a celle qui se serait mêlée de l’élection présidentielle américaine, en menant sournoisement une campagne pour dénigrer Hillary Clinton et ultimement favoriser Donald Trump.

L’une est concrète, l’autre est cyber-réelle. Washington est obsédé par la seconde, alors que la première s’apprête à reporter au pouvoir un homme qui traverse tempête après tempête en maintenant au-delà de 80 % d’appui. Par toutes sortes de manigances, Vladimir Poutine s’accroche au Kremlin et force le monde à respecter un pays qui n’est pourtant que l’ombre de ce qu’il a été.

Il n’y a qu’à voir le nombre de Russes eux-mêmes. C’est une réalité de tous les pays industrialisés, le taux de fécondité est faible et les populations croissent lentement. En Russie, c’est pire encore : l’année dernière, la population a reculé de 134 400 habitants.

La crise économique qui a suivi l’éclatement de l’URSS a notamment provoqué une chute des natalités. Conséquence, de 9e pays le plus peuplé de la planète, le nombre réduit de femmes russes en âge de procréer va tirer le pays vers le bas, ne le plaçant en 2050, selon les démographes, qu’au 15e rang derrière les Philippines et la Tanzanie.

DES COUPS DE MAIN MILITAIRES COÛTEUX

On parle beaucoup des milliers de milliards de dollars dilapidés par les États-Unis en Afghanistan et en Irak au cours des 17 dernières années. La Russie n’a pas échappé à sa dose de gaspillage avec son invasion de la Crimée, son aide aux rebelles prorusses en Ukraine et son généreux soutien au régime de Bachar al-Assad en Syrie.

Le Kremlin n’a pas englouti autant d’argent que la Maison-Blanche dans ses aventures militaires, mais l’économie russe n’a rien à voir avec celle des États-Unis. Avec quatre fois plus d’habitants, le PIB de la Russie se classe derrière celui du Canada.

Et même si Moscou n’en est plus à tirer la moitié de son budget des revenus du pétrole, les sanctions occidentales à la suite de l’invasion de la Crimée continuent de faire mal. Pourtant, en valorisant la stabilité au détriment de la croissance, Vladimir Poutine est parvenu à en minimiser l’impact sur ses compatriotes.

ON NE RÉVOLUTIONNE RIEN

L’inflation reste faible, ce que les retraités apprécient, eux dont les pensions sont maintenant versées de manière constante. Les salaires n’augmentent pratiquement pas, mais le chômage est maintenu bas, ce qui évite la grogne populaire.

Bref, le « dynamisme économique » ne fait pas partie du vocabulaire russe, mais la population — c’est aussi dans son caractère — se satisfait du tranquille équilibre actuel. Ce qui va contribuer à maintenir Vladimir Poutine au pouvoir. Cela et le fait aussi que son principal opposant, Alexeï Navalny, a été exclu du processus électoral pour des condamnations criminelles, montées de toutes pièces, selon lui.

Le chemin est donc libre pour la réélection de Poutine qui en sera à son dernier mandat, puisque la constitution russe limite la présidence à deux mandats consécutifs. Où en sera-t-on alors en 2024 ? Qui sait ? Poutine pourrait bien vouloir continuer à « servir » la Russie, la constitution pourrait bien subir, comme par hasard, une mise à jour appropriée et les Russes eux-mêmes pourraient bien vouloir continuer de s’abandonner à leurs vieux démons de la stabilité à tout prix. Une étape à la fois, mais soyons réalistes : on ne semble pas prêt de retirer Poutine du menu politique russe.

POUTINE, UN « GARS BEN ORDINAIRE »

  • 65 ans
  • Président depuis 2012, aussi entre 2000 et 2008
  • Premier ministre de 2008 à 2012, aussi en 1999-2000
  • Agent du KGB de 1975 à 1991

Ses avoirs financiers et autres, selon son dernier rapport à la Commission électorale russe...

673 000 $ de revenus entre 2011 et 2016 :

  • son salaire de président
  • sa pension militaire
  • les intérêts de ses 13 comptes bancaires dans lesquels il possède 218 200 $.

Un appartement de 77 m² (830 pieds carrés) et un garage de 18 m² (195 pieds carrés) à Saint-Pétersbourg.

Un appartement de 153 m² (1650 pieds carrés) qu’il loue à Moscou.

2 voitures Volga russes, fabriquées en 1960 et 1965 et une Lada Niva de 2009

HUIT CANDIDATS À LA PRÉSIDENTIELLE DU 18 MARS, dont...

Parti communiste

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  • Pavel Groudinine
  • 58 ans
  • Chef d’entreprise, plus gros producteur de fraises de Russie

Parti libéral-démocrate

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  • Vladimir Jirinovski
  • 71 ans
  • Ultranationaliste, xénophobe, antisémite

« Contre tous »

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  • Ksenia Sobchak
  • 36 ans
  • Actrice, présentatrice, animatrice de télé-réalité
  • Fille d’Anatoly Sobchak, ex-maire de Saint-Pétersbourg et mentor de Vladimir Poutine

L’exclu

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  • Alexeï Navalny
  • 41 ans
  • Principal opposant de V. Poutine
  • Dénonce la corruption des élites au pouvoir
  • Bloggeur prolifique, son compte YouTube a plus d’un million 700 000 abonnés.
  • Sa candidature a été rejetée à cause de condamnations pour fraude qu’il réfute