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«Je voulais être tout, sauf moi»

Anabelle Duquette
Photo Martin Alarie Anabelle Duquette

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Victime d’intimidation en raison de son obésité, Anabelle Duquette était une adolescente mal dans sa peau. À 18 ans, son désir de maigrir a vite tourné à l’obsession, à un point tel qu’elle refusait presque toute nourriture. Au péril de sa santé, elle est passée de 230 à 140 livres en l’espace de quelques mois. Maintenant qu’elle a surmonté les troubles alimentaires, elle a mis la recherche de l’équilibre au centre de ses priorités.

Anabelle Duquette franchit les portes du gym où elle s’entraîne régulièrement, dans l’est de Laval. Avec son énergie, son large sourire et ses yeux d’un bleu polaire, la confiance que dégage la jeune femme de 21 ans est palpable. L’étudiante en criminologie est consciente du chemin parcouru. Quatre ans auparavant, Anabelle était une adolescente fragile, complexée par son obésité et tracassée par ce que les autres pouvaient penser d’elle. « Je voulais être tout, sauf moi. J’essayais d’imiter le comportement de mes amies que je trouvais plus belles et plus minces. »

À un âge où la plupart des jeunes se cherchent et vivent leurs premiers flirts amoureux, rien n’est plus cruel que d’être mis à l’écart parce qu’on est différent. « Même si j’étais une fille super sociable, c’était comme si j’étais invisible aux yeux des garçons. » En revanche, certains n’en manquaient pas une pour l’insulter. « Un gars de mon école me rappelait régulièrement que j’étais une grosse torche. Tu entends ça une fois, ça passe tout croche. Puis ça devient répétitif. À la longue, ça occupe ton esprit tout au long de l’année. »

Cette photo a été prise lorsqu’Anabelle Duquette était âgée de 17 ans.
Photo courtoisie
Cette photo a été prise lorsqu’Anabelle Duquette était âgée de 17 ans.

Ses cours d’éducation physique, plutôt que de l’inciter à bouger plus, n’ont fait qu’accentuer le malaise de cette adolescente sédentaire, adepte des collations sucrées.

« J’étais la plus poche de ma classe. Faire le tour de l’école à la course était au-delà de mes forces. Je détestais carrément les sorties à la piscine parce que j’étais obligée de me montrer en maillot de bain. »

Une première expérience douloureuse

Son entrée au cégep l’année suivante était une occasion de repartir à neuf. Bientôt, Anabelle a fait la rencontre d’un garçon de 23 ans. Pour la première fois, on s’intéressait à elle. L’adolescente s’est éprise de lui au point de sécher ses cours pour aller le retrouver. Elle a vite déchanté lorsqu’il a révélé son vrai visage.

« Il me laissait fréquemment pour retourner vers son ex. Puis, il revenait vers moi en s’excusant. Je cédais en me disant qu’il était peut-être le seul gars qui voudrait de moi. » Cette relation malsaine a duré un peu plus d’un an, jusqu’au jour où Anabelle s’est lassée de ce petit jeu quand il l’a quittée une énième fois. Elle avait alors 18 ans.

Anabelle est ressortie profondément ébranlée de cette relation toxique. « Tout ce que je refoulais en moi a explosé à ce moment-là. » Dans l’émotivité du moment, elle a pris une résolution pour le moins radicale : devenir une autre personne. « J’ai décidé que j’allais être mince et attirante pour qu’un jour, mon ex regrette de m’avoir laissée. »

D’un extrême à l’autre

Quelques jours plus tard, Anabelle s’est abonnée dans un gym. Ne possédant aucune notion sur le conditionnement physique, la jeune femme s’est mise sur une machine elliptique dans l’espoir de perdre ses kilos de trop. C’est à ce moment qu’elle a souffert de troubles alimentaires. « Je pouvais faire une ou deux heures de cardio par jour sans presque rien manger. Ma mère me servait à souper, et moi, je regardais mon plat en pleurant. J’allais me réfugier dans ma chambre sans toucher à mon assiette. » Souvent, un casseau de fraises ou une barre tendre constituait son seul repas de la journée. Elle attribuait alors son manque d’appétit à sa peine d’amour.

Anabelle maigrissait à vue d’œil. En six mois, elle avait fondu de 80 livres. « Ma mère paniquait de me voir de la sorte. Elle avait peur que je me retrouve à l’hôpital. » Bientôt, son corps donnait les premiers signes de carences alimentaires. En plus de se sentir constamment épuisée, elle commençait à perdre ses cheveux. Croyant souffrir d’une mononucléose, Anabelle a passé un test sanguin à son CLSC. Le résultat négatif lui a mis la puce à l’oreille qu’elle souffrait peut-être de troubles alimentaires. « J’ai eu un doute, mais je n’étais pas vraiment consciente de ce qui m’arrivait, en tout cas, pas assez pour aller consulter. »

Un nouveau départ

La récupération d’Anabelle s’est faite progressivement. Après six mois de passage à vide où elle ne voyait presque personne, elle a décroché un emploi dans une caisse populaire. Ce retour sur le marché du travail l’a amenée à manger un vrai repas par jour. Sa vie sociale s’est aussi améliorée pendant cette période. La jeune adulte prenait conscience qu’elle avait changé. « Dans les bars, je me faisais aborder par les gars. C’était inusité. »

Sa rencontre avec Gabriel, un garçon de son âge qui travaillait comme entraîneur personnel, s’est avérée déterminante. « Il m’a beaucoup encouragée à m’aimer comme je suis, tout en me montrant les grands principes de la nutrition et de l’entraînement. » Et malgré certains épisodes de grande anxiété et d’inquiétude, elle a gagné en confiance.

Anabelle Duquette s’entraîne régulièrement au gym.
Photo Martin Alarie
Anabelle Duquette s’entraîne régulièrement au gym.

Bien que leur relation n’ait duré qu’un temps, cette rencontre a tout de même aidé Anabelle à prendre du recul avec les évènements. « Plus j’en apprenais sur les saines habitudes de vie, plus je comprenais ce qui m’était arrivé. Avoir su, j’aurais demandé de l’aide dès le départ. »

Depuis ce temps, Anabelle a adopté un mode de vie sain. En plus de ses quatre séances d’entraînement hebdomadaires, elle occupe un emploi dans un centre de rénovation et elle suit une formation universitaire en criminologie depuis janvier.

À 140 livres, elle est désormais satisfaite de son image corporelle, même s’il lui arrive de revoir dans le miroir les défauts qu’elle avait à 17 ans. « Quand j’ai une pensée négative, j’essaye de me concentrer sur une autre idée. Le fait d’avoir beaucoup lu sur les troubles alimentaires m’aide à ne plus en faire une obsession. Je n’ai même pas de balance à la maison ! »

En s’entraînant et adoptant des habitudes alimentaires plus saines, elle maintient maintenant un poids stable.
Photo Martin Alarie
En s’entraînant et adoptant des habitudes alimentaires plus saines, elle maintient maintenant un poids stable.

Avec le recul, Anabelle constate que le plus grand changement chez elle n’a pas été sa perte de poids, sinon l’assurance qu’elle a gagnée. « Cette expérience m’a rendue plus forte. Quand je rentre dans une pièce, je sens que je dégage une belle énergie et je ne me soucie plus de la façon dont on me regarde. J’ai désormais confiance en moi. »