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La diplomatie des dames

Hyon Song-wol , la pop star et ancienne concubine de Kim Jong-un.
Photo AFP Hyon Song-wol , la pop star et ancienne concubine de Kim Jong-un.

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Quand le père dominicain, Henri Didon, choisit, en 1891, l’expression latine « Citius, Altius, Fortius » (plus vite, plus haut, plus fort) pour fortifier l’esprit, l’âme et le corps des élèves du collège dont il était le prieur, il ne se doutait pas que son ami, Pierre de Coubertin, la lui emprunterait pour en faire, en 1894, une devise pour les Jeux olympiques.

Depuis, ce symbole de l’effort, du progrès et du dépassement n’a cessé d’être utilisé aussi en politique comme en diplomatie, pour pacifier le monde.

Les XXIIIes Jeux olympiques d’hiver, à Pyeongchang, en Corée du Sud, en sont la parfaite illustration. Le nerf de la guerre : la réunification des deux Corées, communiste au Nord et capitaliste au Sud, divisées par une ligne artificielle au 38e parallèle, depuis la guerre de 1950-1953.

Une entreprise aussi souhaitée que hasardeuse sur fond d’essais nucléaires menés, depuis 2006, par le régime nord-coréen, de tensions récurrentes entre les deux Corées, d’hostilités ouvertes avec les États-Unis, d’inquiétudes justifiées des voisins immédiats : la Chine et le Japon.

La Corée du Nord est au banc des accusés, mais rien ni personne ne semble infléchir la volonté du dictateur Kim Jong-un. Autant dire que la dénucléarisation n’est pas sur son écran radar.

Amazones au service du régime

Soufflant le chaud et le froid, il a poussé l’impertinence jusqu’à faire défiler ses troupes et son arsenal militaire, la veille des Jeux olympiques. Comme quoi, tout ce qui compte pour lui, c’est la démonstration de sa puissance.

N’empêche – et aussi surprenant que cela puisse paraître –, les Jeux olympiques de la Corée du Sud sont en voie de devenir ceux de la Corée du Nord.

Ce succès, Kim Jong-un ne le devra pas au nombre de médailles récoltées par sa maigre délégation d’athlètes, mais par l’opération charme qu’il mène, tambour battant, par ses délégations de femmes.

Il n’a ménagé aucun effort pour séduire les Sud-Coréens. Et quoi de mieux que ces amazones, au sourire angélique, qui lui vouent un culte sans bornes pour adoucir son image auprès de l’opinion publique internationale ?

C’est ainsi que la délégation nord-coréenne a été composée d’un nombre insignifiant d’athlètes comparativement à une impressionnante délégation de 229 cheerleaders, triées sur le volet pour leur loyauté au régime.

Dès leur arrivée, elles ont fait tourner les têtes, attirant journalistes et paparazzis par leur sourire et leur tenue d’apparat rouge vif.

Coup de maître

Mais celle qui a volé la vedette et éclipsé l’hôte des Jeux et président sud-coréen, Moon Jae-in, est nulle autre que Kim Yo-jong, la sœur cadette de Kim Jong-un.

Un coup de maître, car c’est la première fois qu’un membre de la dynastie régnante de la Corée du Nord se rend en Corée du Sud depuis près de 70 ans.

Figure de proue de cette opération de marketing politique, elle a laissé sa marque en remettant une invitation au président sud-coréen, Moon Jae-in, pour se rendre en visite officielle en Corée du Nord.

L’autre carte maîtresse dans le jeu de Kim Jong-un est cette délégation de 140 artistes, dont son ancienne concubine et pop star, Hyon Song-wol, considérée comme l’incarnation du soft power et l’une des femmes les plus puissantes de la Corée du Nord, venue avec son orchestre féminin divertir le public sud-coréen.

Comme coup de propagande, avec la diplomatie des dames, on ne peut faire mieux !