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Vous «crinquez» vos enfants contre votre ex? C'est une très très mauvaise idée...

Vous «crinquez» vos enfants contre votre ex? C'est une très très mauvaise idée...
Illustration Philippe Melbourne Dufour

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Chaque semaine, depuis six ans, je reçois des messages troublants de parents torturés qui crient à l'aide, car ils ne voient plus leurs enfants ou ont des contacts limités et difficiles avec eux. Ils viennent vers moi, car, en 2012, j'ai réalisé un documentaire sur le summum des séparations conflictuelles qui mènent à l'aliénation parentale ; des cas rares où un enfant ne veut plus du tout voir l'un de ses parents, qu'il considère tout mauvais, au profit de l'autre parent, qui, à ses yeux, est parfait.

Je n'ai pas les compétences pour les aider. Ce n'est pas non plus mon rôle. Mais, en cette semaine de la St-Valentin, je veux revenir sur le sujet des séparations litigieuses. Les premiers à qui l'on doit notre dévotion ne sont-ils pas nos enfants? Dénigrer l'autre parent et ne pas encourager la relation avec l'ex ne sont pas des gestes d'amour envers nos trésors, bien au contraire.

Une médiatrice à la rescousse

Pour aborder ce sujet très délicat qui touche l'intimité d'une vie de famille, j'ai donc fait appel à Lorraine Filion, que j'ai eu la chance de rencontrer à quelques reprises au cours des dernières années. Au fil de sa longue carrière au cœur des séparations et divorces remplis de peine, de déceptions, de colère et, dans certains cas, de haine, cette médiatrice a rencontré des centaines d'enfants déchirés entre leurs parents en conflit. Pour la diplômée en travail social, ça ne fait aucun doute : même si un papa ou une maman a toutes les raisons du monde d'en vouloir à l'autre, le parent qui n'encourage pas le maintien du lien avec l'autre parent hypothèque le développement de son enfant. Point.

Ne jamais donner le choix à l'enfant de voir ou non l'autre parent

Certains parents allèguent que ce ne sont pas eux qui n'encouragent pas le lien, mais bien leur enfant qui ne veut tout simplement pas aller chez papa ou maman. Un cas de figure fréquent, qui se vit justement dans un couple séparé que je fréquente occasionnellement. À cet égard, madame Filion est catégorique. On ne laisse jamais le choix à l'enfant d'aller ou non chez l'autre.

Évidemment, tous les cas avérés de violence physique, psychologique ou sexuelle sont exclus de cette prescription. On est dans un autre cadre complètement.

Laisser le choix à l'enfant d'aller ou non chez l'un de ses parents est une responsabilité beaucoup trop lourde pour ses frêles épaules. L'enfant ne décide pas de prendre ou non son bain, de se brosser les dents ou d'aller au lit. Alors, pourquoi le laisser décider avec qui il passera les prochaines heures ou prochains jours? De très nombreux enfants n'apprécient pas les transitions (faire leur valise, se séparer de papa ou maman est difficile, changer de maison et de règles). Si notre petit bonhomme ou notre petite bonne femme manifeste le désir de rester à la maison, ça ne veut pas dire qu'il n'est pas bien chez l'ex.

La médiatrice affirme que, dans les cas de rupture complète de lien entre un enfant et un parent, il y a, quelque part dans l'histoire, un papa ou une maman qui a laissé son enfant décider.

Il y a des cas où le refus de l'enfant d'aller chez un parent peut être justifié (c'est ennuyeux, ce parent est peu disponible à l'enfant, ce parent et parfois son nouveau conjoint/e dénigre l'autre parent devant l'enfant, etc.). Si tel est la situation, les deux parents devraient en discuter et trouver des solutions, au besoin voir un médiateur familial. La solution n'est pas d'arrêter les contacts.

«Je me sens comme un agent double»

Même les petits gestes, réactions ou commentaires négatifs à l'égard des choix ou actions de l'autre parent ont un effet néfaste s'ils sont manifestés à notre jeune. Discréditer le repas pris chez McDo ou le film que l'on considère inadéquat ne sont pas du dénigrement violent, mais, à la longue, l'enfant va comprendre qu'il est mieux de ne rien dire ou, pire, de changer la réalité afin de la rendre plus acceptable aux yeux du parent constamment en désaccord. Un conflit intérieur insoutenable pour l'enfant, qui perd sa naïveté et sa spontanéité si caractéristiques et bienfaisantes à cette douce étape de la vie qu'est l'enfance. Lorraine Filion a reçu la confidence d'un petit qui estimait devoir être un agent double pour bien camoufler ce qu'il vivait chez l'un ou l'autre de ses parents.

«Si l'un de mes parents est pourri, je suis à moitié pourri»

Pour bien se développer, un enfant a besoin des êtres qui lui ont donné la vie. Si l'un des parents dénigre sans cesse les actions et l'image de l'autre, si l'ex est considéré comme pourri, l'enfant se considère à moitié pourri. La médiatrice a aussi reçu ce genre de révélation bouleversante de la part de plusieurs jeunes.

Quoi faire?

Si un parent constate qu'il ne peut épargner son ou ses enfants de sa peine, sa colère ou même sa rage envers l'autre parent, Lorraine Filion suggère d'aller chercher de l'aide au plus vite. Il y a bien sûr des psychologues au privé, mais également des ressources de plus en plus nombreuses dans le réseau public et dans les groupes communautaires. Certains centres intégrés en santé et services sociaux (CISSS), connus anciennement sous l'acronyme CLSC, offrent des ateliers pour les parents séparés dans le but de restaurer une communication fonctionnelle et des groupes d'entraide pour enfants de parents séparés.

En cette semaine où l'on célèbre la fête de l'amour, bien qu'il soit possible de ne plus porter dans son cœur celui ou celle qui y était jadis, n'oublions jamais ceux qui ont été conçus au moment où l'amour était au rendez-vous, ceux qui ont le plus besoin de notre bienveillance et de notre tendresse : nos enfants.

Pour visionner l'entrevue réalisée avec Lorraine Filion, ça se passe ci-dessous.

Documentaire « Dictature affective » sur l'aliénation parentale