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Partir sur une baloune

Jusqu'à la stratosphère dans une chaise de jardin

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Il était une fois un jeune fabricant de savon de Calgary qui voulait faire parler de sa compagnie en se parachutant avec son logo au milieu de la piste du Stampede. Aucun pilote d’avion ou d’hélicoptère n’accepte d’enfreindre la Loi pour cette acrobatie publicitaire. Daniel Boria agit alors comme tout être humain sensé en pareil cas : il fabrique son propre aéronef en attachant quelque 120 ballons d’hélium géants à une chaise de jardin... et il s’envole.

Son saut, le 5 juillet 2015, s’avère un relatif échec : «J’ai raté ma cible d’environ un demi-kilomètre et la police m’a arrêté une vingtaine de minutes plus tard, se souvient-il. Ils savaient que c’était moi parce que je courais sur le bord de l’autoroute avec mon parachute sous le bras. (...) Je craignais que personne ne m’ait vu, mais en arrivant en prison, j’ai été accueilli avec enthousiasme parce que c’était à la télé.»

Sa marque de savon All Clean Natural aurait toutefois profité de la visibilité : «Avant, je dormais dans mon auto, et j’ai maintenant 13 employés, je suis distribué un peu partout au Canada et j’espère arriver au Québec d’ici la fin de l’année», dit-il.

Infomercial en altitude

Malgré le 26 000$ d’amende auquel un juge l’a condamné en mars 2017, Daniel a tellement aimé son vol en chaise de jardin qu’il se paye maintenant une combinaison d’astronaute pour monter jusqu’à la stratosphère. «Une équipe d’ingénieurs me conçoit une combinaison spatiale pour environ 50 000$», raconte-t-il.

Pendant mes premiers échanges avec lui en janvier, Daniel revenait du Nouveau-Mexique, à Roswell, pour un nouvel envol. Son deuxième seulement : ça coûte environ 12 000$ d’hélium par ascension. Cette fois, il a atteint quelque 4,5 kilomètres au dessus du niveau de la mer : «Je ne sais pas exactement parce que j’avais mal réglé mon altimètre, m’explique-t-il au téléphone. J’avais du mal à respirer et je craignais de m’évanouir. Dans l’air raréfié, le son voyage mal.» Pendant ce deuxième vol, il enregistre un infomercial pour son savon ; il apporte même un miroir sale et un tapis taché pour les laver en altitude.

Battre Red Bull

Daniel veut sauter de plus haut que Felix Baumgartner avec Red Bull en 2012 : «Je veux faire mieux avec 250 000 $ qu’une grosse équipe avec 30 millions $», résume-t-il. Des ballons météo stratosphériques l’élèveront jusqu’à 42,6 kilomètres : «Je contemplerai la terre à partir d’une chaise de jardin, puis je sauterai.»

Il dit avoir déjà réservé une chambre de décompression à Midland au Texas cet été pour mettre sa combinaison spatiale à l’épreuve. «Je vais la tester dans le vide et dans le froid extrême. Ensuite, je vais m’entraîner au parachute avec la combinaison, mais pas trop, question de ne pas l’endommager et pour être sûr qu’elle fonctionne la fois suivante.» Il prévoit sauter au dessus de la petite ville d’Innisfail entre Calgary et Edmonton. Il vise septembre prochain (sinon ça ira au printemps 2019). Soit il réussit et il se fait inviter dans les émissions de fin de soirée américaines, soit il remporte un «prix Darwin».