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Quelque chose de pourri au royaume de l’UPAC

Jean Charest
Photo d'archives, Annie T. Roussel Jean Charest

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Jean Charest doit vraiment rire dans sa barbe. L’Unité permanente anticorruption (UPAC) est minée par un climat de travail pourri. Son grand patron, Robert Lafrenière, semble être aussi plus enclin à chasser les sources journalistiques que les vrais filous. Son obsession aura même mené à l’arrestation sans accusation du député libéral et ex-policier Guy Ouellette.

Sous la gouverne de M. Lafrenière, l’UPAC est dysfonctionnelle. Dans cette toile d’araignée digne d’un gros village, où les notables se nomment entre eux, la séparation des pouvoirs en prend drôlement pour son rhume.

Robert Lafrenière est le beau-père du patron de la Sûreté du Québec, Martin Prud’homme. Lequel est un ami du député libéral Guy Ouellette. Idem pour Lino Zambito, l’ex-témoin vedette de la commission Charbonneau et pourfendeur de M. Lafrenière.

Pour les citoyens, il n’y a plus moyen de savoir qui dit vrai et qui ment. Dans cette rencontre burlesque de Dynastie avec District 31, il y a surtout une vraie crise politique. Y a-t-il un premier ministre dans la salle pour s’en occuper ?

L’UPAC opaque

Le ver originel dans la pomme est dans la genèse même de l’UPAC. En 2011, sous haute pression, le premier ministre libéral Jean Charest, dont le parti politique est soupçonné de corruption, crée l’UPAC et nomme son commissaire, Robert Lafrenière.

Sur le plan politique, c’est comme si un loup choisissait le garde forestier responsable de l’empêcher de rentrer dans la bergerie. Du moment où le premier ministre se donne le pouvoir de nommer celui qui doit enquêter sur son propre parti, rien de bon ne peut en découler. C’est une simple question d’éthique.

De fait, l’impression est que Robert Lafrenière est plus occupé à faire de la politique qu’à faire aboutir la longue enquête Mâchurer sur la corruption au PLQ. Laquelle vise aussi M. Charest et son ex-grand argentier, Marc Bibeau.

Coup d’épée dans l’eau

De la politique, M. Lafrenière en fait quand il annonce qu’il ne fera aucune arrestation pendant la campagne électorale. Il en a fait lorsqu’en 2016, l’UPAC procédait à l’arrestation des ex-ministres Nathalie Normandeau et Marc-Yvan Côté le jour crucial du budget.

Le tout, comme par hasard, au moment même où le mandat de M. Lafrenière se terminait. Devenu intouchable politiquement, il fut donc renommé par Philippe Couillard.

L’ensemble de l’œuvre sent mauvais. Au point même où des voix s’élèvent pour demander que l’on enquête sur les enquêteurs ! Le plus grave est toutefois ceci. Si la tendance se maintient, les Québécois risquent d’aller voter une deuxième fois d’affilée sans connaître le dénouement de Mâchurer, quel qu’il soit.

Bref, le cirque a assez duré. Mais qui osera passer l’aspirateur au sommet de l’UPAC ?

Tant que son patron sera nommé par le premier ministre et non pas par l’Assemblée nationale, même la création d’un comité de surveillance de l’UPAC ne sera qu’un vulgaire coup d’épée dans l’eau.