/misc
Navigation

Sang-Valentin

Sang-Valentin
Illustration Philippe Melbourne Dufour

Coup d'oeil sur cet article

Qu’est-ce qui mesure 10cm par 10cm et qu’on cache dans le fond de sa poche de jeans arrière pour être bien certain que personne ne le voit?

Qu’est-ce qui suscite la honte, le malaise, et qui selon la légende, empêche de faire lever le pain?

Qu’est-ce qui nous empêche, peut-être, de faire l’amour à la Saint-Valentin?

Une serviette sanitaire. Les menstruations. Le sang.

J’ai été menstruée la première fois à l’âge de 14 ans. Quel souvenir abominable! Je n’étais pas chez moi, mais en camping avec mes deux cousines plus jeunes que moi. J’ai donc volé à ma tante une serviette de nuit ultra jumbo (une couche mes ami.e.s!), j’ai saigné dedans toute la journée, et je l’ai jeté dans la toilette de la roulotte...

Scandale! J’ai bouché le tuyau.

Grâce à l’incident, tout le monde a su mon menstru, même mon cousin adoptif René! René avait un an de plus que moi et je «tripais» dessus pas mal, donc le fait qu’il sache que je sois «patchée» me remplissait de honte.

Mais pourquoi?

Je sais que je ne suis pas la seule à avoir vécu mes premières menstruations avec ce sentiment. Cette honte des menstrues, elle est entre autres liée à notre héritage religieux catholique. Dans le livre du Lévitique dans la Bible, certains passages sont assez clairs:

La femme qui aura un flux, un flux de sang en sa chair, restera sept jours dans son impureté. Quiconque la touchera sera impur jusqu'au soir.

Quiconque touchera un objet sur lequel elle s'est assise lavera ses vêtements, se lavera dans l'eau, et sera impur jusqu'au soir.

Si un homme couche avec elle et que l'impureté de cette femme vienne sur lui, il sera impur pendant sept jours, et tout lit sur lequel il couchera sera impur.

L’impureté. Et la honte.

Je pense que ça décrit assez bien le sentiment qui m’habitait lors de cet été sanguinolent. Je me souviens aussi avoir interdit à ma mère de révéler mon secret à mon père. La honte, toujours la honte.

Quand on y pense, c’est assez grave. J’avais honte de devenir une femme!

Je me souviens qu’à la rentrée scolaire en septembre, j’avais reçu l’un des premier commentaire qui objectivait mon corps. Un garçon m’avait regardé de la tête au pied me disant ceci: «on dirait que t’as des formes...tu t’es développée cet été Marjo!». J’étais dégoûtée. Je devenais une femme pour saigner une fois par mois et pour recevoir ce genre de commentaire plate que certains nomment compliments?

Dans un sondage mené par Thinx auprès de 1500 femmes et 500 hommes, la moitié de ces derniers jugent inapproprié que les femmes parlent de leurs règles au bureau et 44% d’entre eux rigolent de la mauvaise humeur des femmes en l’attribuant à leur «semaine».

Combien de fois avez-vous entendu ceci: «Coudonc, es-tu menstruée?».

Plusieurs hommes ne font plus ce genre de blagues plates à notre sujet, mais pour les autres, il faudrait que ça cesse. Ce n’est pas normal que le premier sentiment qu’une adolescente ressent lors de ses premières règles soit négatif.

Au contraire, on devrait glorifier les menstruations ou au moins sentir qu’on peut en parler librement, à haute voix. Si les hommes étaient menstrués, une journée internationale du menstru serait inscrite au calendrier, les tampons et serviettes seraient gratuits et un rituel sacré serait célébré lorsque les adolescents passeraient par là.

On ne devrait pas se sentir obligée de cacher nos protections dans le fond de notre poche de jeans. On ne devrait pas hésiter à parler diva cup, tampons, serviettes, et bobettes absorbantes. Oui, oui, bobettes absorbantes!

C’est la toute dernière nouveauté en termes d'absorption de sang menstruel. J’en ai justement commandé une paire pour l’essayer!

En plus d’être écologique, c’est sûr que ça ne bouchera pas de tuyau!

Je vous souhaite une bonne Sang-Valentin! Et n’oubliez pas que même menstruée, on peut faire l’amourrrrrrrr!