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Un pharmacien s’est prescrit des médicaments

Il a reconnu hier avoir fait plus de 200 fausses ordonnances en 7 ans

Vital Mauriello
Photo Chantal Poirier Vital Mauriello a témoigné hier devant le Conseil de discipline de l’Ordre des pharmaciens, où il a dit avoir commis des erreurs de jugement.

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Un pharmacien qui « s’automédicamentait » a reconnu s’être prescrit illégalement des centaines de médicaments pendant sept ans. Il risque maintenant une radiation d’un an et 15 000 $ d’amende.

« Je n’avais pas conscience de la gravité des gestes que je posais », a avoué Vital Mauriello, qui faisait aussi de fausses ordonnances pour ses proches.

Il a témoigné hier devant le Conseil de discipline de l’Ordre des pharmaciens. Il a plaidé coupable non seulement d’avoir fait de fausses ordonnances et des réclamations illégales, mais aussi d’avoir entravé le travail de la syndique adjointe qui enquêtait sur lui.

Piger dans le plat

« M. Mauriello s’automédicamentait », a plaidé l’avocate de la syndique adjointe, Catherine Pariseault. Elle a ajouté que l’enquête avait démontré que le pharmacien s’était fait plus de 200 ordonnances dans trois pharmacies de Montréal en utilisant les noms de six médecins en sept ans.

Il se prescrivait à lui et à ses proches des médicaments contre l’anxiété, des antibiotiques ou des médicaments pour arrêter de fumer, par exemple.

L’avocate a aussi précisé que des « milliers de dollars » avaient ensuite été réclamés à des tiers payeurs, soit des régimes d’assurances privées ou la RAMQ pour rembourser une partie de ces fausses ordonnances.

Des « actes très graves [...] au cœur même de la profession » selon Me Pariseault, même si le professionnel n’était pas un toxicomane ou qu’il ne faisait pas ces fausses réclamations pour augmenter les profits du commerce.

Le pharmacien a aussi changé la posologie d’un stupéfiant que lui avait prescrit un médecin, puisqu’il estimait qu’elle ne lui convenait pas, ce qui est aussi interdit.

Il ne savait pas

La syndique adjointe, Josée Morin, a d’ailleurs déploré que le pharmacien ait semblé banaliser et minimiser ses actes lors de leur première rencontre.

Elle a rapporté au Conseil que M. Mauriello lui avait dit ignorer que ce qu’il faisait était interdit, puis s’être défendu en disant « qu’il n’était pas le seul à le faire et que c’était fréquent dans la pratique ».

Mme Morin a aussi expliqué qu’au cours de leur rencontre, le pharmacien « a nié à maintes reprises » avoir commis les gestes reprochés et que c’est seulement devant les fausses ordonnances qu’il a finalement reconnu ses torts.

Pour sa part, Vital Mauriello a affirmé devant le Conseil avoir « fait des erreurs de jugement », qu’il regrettait aujourd’hui « amèrement ».

« La pharmacie, c’est ma vie », a dit l’homme, qui pratique depuis 1982.

D’ailleurs, pour éviter les risques de récidive lorsqu’il pourra pratiquer de nouveau la pharmacie, il a expliqué avoir déplacé son dossier médical dans une autre pharmacie où il ne travaille pas. Ainsi, il ne pourra plus se prescrire des médicaments par lui-même et il devra aller voir un pharmacien.

La sanction proposée au Conseil, d’un an de radiation et 15 000 $ d’amende, a été qualifiée de « très sévère, presque trop sévère » par l’avocat de M. Mauriello, Jocelyn Dubé.

Le Conseil de discipline a pris la cause en délibéré et doit rendre sa décision d’ici trois mois.