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L’art de travailler moins grâce aux politiques publiques

tired woman manager in the office
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Les normes du travail au Québec ont besoin d’un bon coup de dépoussiérage. Adopté en 1979 (et mis en application en 1980), le Code du travail a connu deux révisions majeures : une en 1990 et l’autre en 2002. Voilà donc plus de 15 ans que l’on vit avec les mêmes règles entourant le travail, même si celui-ci (et la vie qui l’entoure) a bien changé. Nous devions avoir une nouvelle mouture l’an dernier, mais finalement, l’exercice a été repoussé et c’est au mois de mars que nous devrions voir les résultats. À moins, bien sûr, que les élections imminentes changent de nouveau le calendrier.

D’abord, nous travaillons plus. Entre 1986 et 2010, on remarque que les Québécois·es travaillent plus collectivement. On estime que le temps de travail moyen a augmenté de 4 heures par semaine. Si cela s’explique en grande partie par la présence grandissante des femmes sur le marché de l’emploi, il ne faut pas négliger, non plus, les plus longues semaines de travail. Mais, le temps que l’on y passe n’est pas tout. Lorsqu’on y ajoute le temps de déplacement pour se rendre au boulot, puis celui pour revenir à la maison, on estime que les semaines professionnelles moyennes sont de 50 heures. La situation est pire pour les familles. En tout, lorsqu’on prend en considération le travail, le transport et les tâches domestiques, les parents ont une heure de moins par jour à consacrer à l’activité de leur choix.

Cela n’empêche pas certains politiciens, comme Simon Jolin-Barrette de la CAQ, de rêver à des semaines de travail de 60 heures. Ce dernier croit que l’on devrait valoriser ceux et celles qui abattent de longues heures au bureau. Pourtant, cela est contraire à la science. En effet, si on peut avoir l’impression d’être un bon employé ou un collègue performant en allongeant sa journée au bureau, cela se traduit en fait par un travail souvent de moins bonne qualité. Dans certains cas, on peut même mettre sa vie (et celles des autres) en danger. En effet, de longues heures affectent notre niveau d’alerte et peuvent nous amener à commettre plus d’erreurs. Au sein de la marine étasunienne, plusieurs accidents peuvent être associés à une culture qui décourage le sommeil en l’associant à une activité non productive. Ajoutons à cela, qu’en plus de miner leur santé et de mettre en danger leur vie et celle des autres, les personnes qui font de longues heures sont celles qui sont le moins satisfaites de leur vie familiale.

Ce n’est donc pas un modèle à encourager. Au contraire, on voit de plus en plus de personnes revendiquer un meilleur équilibre entre les différents champs de nos vies. On veut être une excellente collègue, mais aussi une agréable conjointe, une amie épanouie, une citoyenne engagée. C’est dans cette direction que devrait aller la refonte des normes du travail. Il faut bien entendu mieux protéger les travailleuses et travailleurs en grèveencadrer fermement les agences de placement, mais il faut également donner accès à plus de temps et reconnaître l’importance de prendre soin de soi, des siens et de sa communauté. Il serait étonnant qu’on agisse en ce sens, mais on se met à rêver à des semaines de travail écourtées, où l’on partage mieux ses tâches.  Plus prévisible, on s’attend à ce que le nouveau Code du travail ajoute un minimum deux jours de maladie rémunérés. C’est bien peu, mais c’est un début. C’est par ailleurs avec beaucoup de déception que l’on apprenait récemment que le gouvernement revenait sur sa proposition d’allonger les semaines de vacances. Mince consolation, les trois semaines de vacances prendront effet après trois ans de service auprès du même employeur, plutôt qu’après cinq ans.

Mais, beaucoup reste à faire, notamment dans notre rapport même au travail et aux autres. Si les congés de parentalité ont permis de mieux répartir les tâches domestiques, l’écart demeure. À cela, il faut ajouter les charges mentales et émotionnelles, encore principalement réalisées par les femmes. Cette double (triple, quadruple) tâche s’ajoute à l’augmentation du temps de travail rémunéré, sans qu’elle soit reconnue à sa juste valeur. Il faut donc réduire la pression sur le temps passé au travail, mais à la maison également. Donner plus de temps à tous et toutes serait une étape importante en ce sens. Malheureusement, le gouvernement actuel semble plus intéressé par l’économie que par les gens qui la font vivre...