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Planer sur ses skis

Chronique Oxygène
Photo courtoisie

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Que connaît-on du saut à ski, outre ses structures et sa position en V iconiques ? La jeune athlète canadienne Natasha Bodnarchuk et son père, Michael Bodnarchuk, d’Alberta Ski Jumping Canada, nous racontent.

« Le saut à ski est un sport exigeant mentalement, dit Natasha Bodnarchuk, 19 ans. On doit assurer une présence solide en tout temps, peu importe les conditions météorologiques. Et c’est épeurant ! »

Du confort de notre foyer, on peut ressentir le vertige des skieurs qui s’élancent dans le vide du haut d’un tremplin de plus de 100 mètres avec l’intention de planer le plus longtemps possible. Tête première, ils doivent adopter une posture aérodynamique tout au long d’une descente dépassant les 100 km/h avant de sauter, jambes tendues, dans un vol contrôlé jusqu’à un atterrissage dans la traditionnelle position télémark. Parce qu’il ne suffit pas d’arriver au sol en un morceau ! Cinq juges évaluent l’esthétique du saut, et leur note influence le classement général.

En sus d’une démonstration irréfutable de courage, les athlètes doivent faire preuve de puissance et d’explosivité pour sauter, ainsi que d’une grande flexibilité pour maintenir la position aérodynamique de la descente. Tout un agenda !

Le sport de Calgary

C’est simple, tous les athlètes de l’équipe canadienne sont originaires de Calgary. Natasha Bonarchuk avait neuf ans lorsqu’un entraîneur a découvert son potentiel.

« Je participais à un camp d’été à la programmation olympique. On faisait de tout ! Et on a essayé le saut à ski. J’ai été un des rares enfants à se lancer », raconte Natasha.

« J’ai reçu une lettre comme quoi ma fille pourrait aller loin dans le sport, dit Michael Bodnarchuk. J’étais déjà fan du saut à ski, mais c’est une autre chose quand il s’agit de son enfant. » Sa réaction ? S’impliquer.

« Et je suis maintenant le président de l’association », résume son père.

À Calgary, les jeunes sont exposés au saut à ski plus que quelques jours par année, aux quatre ans. À une dizaine de kilomètres du centre de la métropole albertaine se dressent les tours à tremplin où plus d’une soixantaine d’athlètes de tout niveau s’entraînent.

« S’il n’y avait pas cet héritage olympique, il n’y aurait tout simplement pas d’équipe canadienne de saut à ski », résume Michael Bodnarchuk.

Depuis 2010, il y a pourtant des tremplins à Whistler, mais leur distance par rapport aux pôles urbains est un sérieux frein pour le développement du sport, selon le président d’Alberta Ski Jumping. On peut faire le parallèle avec les infrastructures de Lake Placid (où aucun athlète canadien de haut niveau ne s’entraîne sur une base régulière).

À Calgary, le saut à ski (et le combiné nordique) est un sport relativement accessible.

Sport méconnu

« On est loin de la culture européenne, où le saut à ski est télévisé systématiquement, où les skieurs ont des statuts de vedettes nationales et où chaque petite ville à son tremplin à ski, dit Michael Bodnarchuk. Il en demeure toutefois qu’on a des infrastructures de qualité et une prochaine vague d’athlètes talentueux. »

La relève féminine est particulièrement prometteuse. Parmi celles-ci, sa fille Natasha, qui suit les traces de

Taylor Henrich et Mackenzie Boyd-Clowes, les deux seuls représentants aux JO de Pyeongchang. Animée par une passion du sport et par la lutte des skieuses pour avoir le droit de compétitionner aux Olympiques (l’épreuve féminine a finalement fait son entrée aux Jeux à Sotchi en 2014), Natasha souhaite prendre sa place en 2022 à Pékin.

Moins d’infrastructures, moins de visibilité, moins d’argent... un énorme défi que de performer dans un sport où le meilleur résultat canadien de tous les temps aux Olympiques se résume à une 7e place (Horst Bulau) en 1988.

Et le Québec ?

Il faut remonter jusqu’aux années 1980 pour retrouver Jean Séguin comme athlète québécois actif sur le circuit de la Coupe du monde (junior). Une blessure aura malheureusement mis un terme à sa carrière avant même une participation olympique.

Riche en skieurs performants, la province n’a pour l’instant pas l’ombre d’un athlète en saut à ski qui pointe à l’horizon.

Le vol à ski en bref...

« Le ski flying, c’est du ski jumping sur stéroïdes », décrit Natasha Bodnarchuk. Il n’est pas question ici des athlètes, mais bien des infrastructures.

Le vol à ski est ni plus ni moins du saut à ski pratiqué sur des tremplins encore plus hauts, soit s’élevant à plus de 185 mètres. On en dénote cinq homologués de par le monde, tous en Europe. À titre de comparaison, les grands tremplins du saut à ski s’étirent sur 110 à 145 mètres, alors que ceux dits normaux mesurent entre 85 et 109 mètres.

Grâce à ces tremplins surdimensionnés, les athlètes peuvent planer plus de deux fois plus loin à des vitesses toujours plus rapides pour une durée de vol de plus de vingt secondes. Sans surprise, le vol à ski est considéré comme plus dangereux que le saut à ski.

Bien que régi par la Fédération internationale de ski (FIS), le vol à ski n’est pas un sport olympique. Ses championnats du monde (réservés aux athlètes masculins) se déroulent tous les deux ans, toujours en Europe. Il a eu lieu en janvier à Oberstdorf, en Allemagne. Aucun Canadien n’était présent.

Le record du monde en vol de ski appartient à l’Autrichien Stefan Kraft, qui a franchi la distance de 253,5 mètres dans les airs, le 18 mars 2017.