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Sept amis du PLQ et du PLC lobbyistes pour l’auto à hydrogène

Des ex-conseillers politiques et candidats travaillent pour cette industrie qui vient de recevoir des fonds publics

1015 - Toyota Mirai
courtoisie Le 18 janvier dernier, au Salon de l’auto de Montréal, le gouvernement Couillard a annoncé un partenariat avec le fabricant Toyota pour tester sa voiture à hydrogène Mirai (photo). Québec et Ottawa financeront aussi des bornes de recharge.

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Sept proches du Parti libéral du Québec (PLQ) et du Parti libéral du Canada (PLC) sont devenus des lobbyistes dans l’offensive destinée à promouvoir l’automobile à hydrogène, qui vient de recevoir l’appui financier des gouvernements Couillard et Trudeau.

Des investissements publics commencent d’ailleurs à se faire sentir et à se faire voir dans le monde de l’hydrogène.

Le mois dernier, notre Bureau d’enquête révélait que le Québec deviendrait le banc d’essai canadien pour 50 véhicules à hydrogène du manufacturier japonais Toyota.

Le jour même, Québec et Ottawa annonçaient qu’ils financeraient aussi la construction de deux nouvelles stations d’approvisionnement pour ces véhicules sans émission polluante. Ces investissements pourraient atteindre plus d’un million de dollars par station.

Nombreux liens avec le PLQ

Ce nouveau secteur d’activité semble soudainement intéresser plusieurs libéraux connus. Le Registre des lobbyistes du Québec montre que quatre proches du PLQ se sont inscrits avec l’objectif clair d’obtenir des investissements publics prohydrogène.

  • Guillaume Lefèvre, directeur de cabinet adjoint de l’ex-ministre de l’Énergie Pierre Arcand de 2015 à 2016, a par la suite été embauché par la firme National, où il a obtenu un mandat de lobbyiste pour la Coalition des manufacturiers automobiles électriques à piles à hydrogène. Cette coalition regroupe Toyota, BMW, Mercedes-Benz, Kia et Honda.
  • Jean Masson, organisateur notoire au PLQ, est aussi lobbyiste pour cette coalition.
  • Martin Geoffroy, attaché politique de l’ex-premier ministre libéral Daniel Johnson, est lobbyiste pour Toyota. Sa conjointe Michelle St-Jean est directrice corporative à Transition énergétique Québec (TEQ), l’organisme public qui finance le projet de station-service à hydrogène (voir autre texte ci-contre).
  • Louis-Charles Roy, candidat du PLQ dans Beauharnois en 2008, a été par la suite lobbyiste-conseil pour Toyota.

Au fédéral aussi

On trouve également des proches du PLC de Justin Trudeau parmi les lobbyistes prohydrogène.

  • Le même Louis-Charles Roy a entamé des démarches en 2015 pour être candidat à l’investiture du PLC dans Vaudreuil-Soulanges pour ensuite se retirer de la course.
  • Daniel Brock, ancien conseiller de l’ex-chef libéral Michael Ignatieff, est lobbyiste pour la Coalition des manufacturiers automobiles électriques à piles à hydrogène. Il a concentré ses efforts auprès des gouvernements fédéral et ontarien pour la construction des bornes de ravitaillement.
  • Ben Parsons, ex-conseiller au bureau de recherche libéral du gouvernement, est devenu lobbyiste pour Toyota.Michael Powell, ex-organisateur du PLC, agit maintenant comme lobbyiste pour l’Association canadienne des constructeurs de véhicules. Son mandat inclut la promotion de l’hydrogène comme carburant alternatif.

Des questions se posent

L’appui empressé des gouvernements Couillard et Trudeau au projet étonne la députée péquiste Agnès Maltais, critique en matière d’éthique, qui a été la première à repérer des cas de proximité entre les lobbyistes et les partis au pouvoir à Québec et Ottawa.

« Est-ce qu’il y a une telle écoute parce que ces gens-là [les lobbyistes] étaient des organisateurs et des contributeurs du PLQ ? s’interroge-t-elle. C’est ça qu’il faut comprendre. On est en droit de poser la question. »

« Chacun des lobbyistes a le droit de gagner sa vie. Mais il y a des transferts directs. L’ancien directeur de cabinet adjoint de Pierre Arcand qui traverse comme lobbyiste pour l’hydrogène, ça, c’est troublant », déclare, songeuse, Mme Maltais.

– Avec la collaboration de Marie-Christine Trottie

Les lobbyistes

 

Pas de discussions avec son conjoint

L’organisme provincial qui finance les stations de ravitaillement en hydrogène dit avoir mis en place des règles strictes pour éviter les conflits d’intérêts, étant donné qu’une de ses dirigeantes est en couple avec un lobbyiste prohydrogène.

C’est ce qu’affirme en entrevue Johanne Gélinas, la grande patronne de Transition énergétique Québec (TEQ).

Ainsi, Michelle St-Jean, directrice corporative chez TEQ, est exclue de tous les dossiers en lien avec son conjoint Martin Geoffroy, lobbyiste chez Toyota, assure Mme Gélinas.

La grande patronne du TEQ dit aller encore plus loin et s’assurer qu’elle-même n’a pas de contact avec le lobbyiste au sujet de la fameuse voiture à hydrogène Mirai.

« J’ai informé Toyota que, compte tenu de la situation, je ne voudrais en aucune façon être en présence de M. Geoffroy dans les discussions que nous aurions sur la suite du projet de déploiement de leurs véhicules Mirai à l’hydrogène », a-t-elle affirmé.

« Un seul événement »

Nous avons aussi joint Guillaume Lefebvre, l’ancien directeur de cabinet adjoint de l’ex-ministre de l’Énergie, qui est ensuite devenu lobbyiste pour les manufacturiers de véhicules à hydrogène.

Guillaume Lefèvre a assuré qu’il n’a fait qu’appuyer l’organisation d’« un seul événement au Québec » pour la promotion des bornes de ravitaillement à hydrogène. Il reconnaît toutefois que les soupçons de l’opposition sont de bonne guerre.

De son côté, l’organisateur libéral Jean Masson soutient qu’il ne faut pas surestimer l’influence des lobbyistes comme lui.

« Ce n’est pas tant les contacts du lobbyiste que l’importance des clients et des projets qu’ils ont [qui influence l’octroi de subventions] », a-t-il affirmé.

La première station d’hydrogène sera à Québec

C’est à cette station du 5105, boulevard Hamel, à Québec, que l’entreprise Harnois prévoit construire des bornes de ravitaillement d’hydrogène.
Photo Simon Clark
C’est à cette station du 5105, boulevard Hamel, à Québec, que l’entreprise Harnois prévoit construire des bornes de ravitaillement d’hydrogène.

La première station-service d’hydrogène financée par des deniers publics ouvrira ses portes à Québec. C’est une entreprise québécoise, Harnois Groupe pétrolier (HGP), qui est derrière le projet.

Notre Bureau d’enquête a appris que cette station servira entre autres à alimenter les 50 voitures Mirai de Toyota attendues cet automne dans le cadre du projet pilote soutenu par Transition énergétique Québec (TEQ).

Le groupe Harnois a identifié la station-service Esso, située sur le boulevard Hamel, pour accueillir la nouvelle borne à hydrogène.

Ressources naturelles Canada vient de bonifier sa subvention à ce projet, la faisant passer de 850 000 $ à 1 M$.

Ce montant est d’ailleurs deux fois plus élevé que les 460 000 $ réservés aux bornes électriques par Ottawa.

Production sur place ?

La société ontarienne Hydrogenics corporation incorporated a obtenu le contrat pour l’installation de la station de ravitaillement de Québec.

« Il y a plusieurs scénarios sur la table. Il se peut qu’il y ait production d’hydrogène sur place ou du stockage avec du ravitaillement. La décision n’est pas arrêtée », nous a confié la porte-parole du groupe Harnois, Élisabeth Karam.

TEQ ne cache pas sa préférence pour la fabrication de l’hydrogène à même la station-service, ce qui pourrait signifier une facture de plus de 4 M$.

Sans vouloir préciser le montant de l’aide gouvernementale, Johanne Gélinas, de TEQ, soutient que l’organisme peut subventionner jusqu’à 50 % du coût des installations. Additionné à l’aide fédérale, jusqu’à 75 % du coût du projet pourrait provenir de fonds publics.

Hydrogène propre

« On a une prémisse de base qui est une condition non négociable. Il faut que l’hydrogène soit produit à partir d’énergie propre. [Si l’hydrogène est] transporté, c’est moins propre et ça ne nous intéresse pas », déclare la présidente de TEQ.

Cette première station servira d’abord au déploiement des Toyota, mais risque d’intéresser d’autres fabricants.

« Notre engagement de départ c’est une station à Québec. Dépendamment de l’intérêt, on va passer à une deuxième phase qui sera une station à Montréal assurément, mais on ne sait pas quand », dit Mme Gélinas.