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Banques canadiennes: le party continue

Hypothèque
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Les banques canadiennes haussent leurs taux hypothécaires

Toutes en chœur, le cartel de nos six grandes banques canadiennes vient, comme ça, de décider d’augmenter leurs taux d’intérêt hypothécaires sans vraiment aucun motif valable sinon celui de doper encore plus leurs profits records : « Plusieurs banques haussent leurs taux hypothécaires » (Le Devoir, 13 janvier 2018). Une petite brève dans les journaux suffit pour nous annoncer ce fait « anodin » qui appauvrit davantage la classe moyenne. Beau geste de solidarité de nos banques canadiennes : elles augmentent toujours toutes leurs taux d’intérêt et leurs frais bancaires au même moment et du même montant afin d’éviter à tout prix de se livrer une concurrence malsaine entre firmes plus grosses, plus riches et plus puissantes que l’État. Naturellement, les élus ne font pas de cas de ces hausses injustifiées en prétextant qu’elles relèvent des lois dites naturelles du marché.

Le cynisme de la Banque CIBC

Oh grosse nouvelle : « Sondage de la CIBC : réduire ses dettes est prioritaire » (Le Devoir, 29 décembre 2017). La hausse des taux hypothécaires va certainement aider les Canadiens à réduire leur endettement record. Allez, dites merci à la CIBC et aux autres banques, sans oublier évidemment le Mouvement Desjardins, pareil aux autres. Me semble que des médias, comme Le Devoir, auraient mieux à faire que de rapporter les résultats tronqués d’un sondage bidon défrayé par une grosse banque. Elle est où la nouvelle?

Hausse des taux malgré des profits records

Une cupidité et une rapacité sans fin face à des consommateurs impuissants et captifs laissés à eux-mêmes par les gouvernements. Les banques canadiennes venaient juste de clore l’année 2017 avec des bénéfices records, comme à tous les ans, que déjà en janvier 2018 elles décrètent toutes ensemble des hausses de taux d’intérêt sur les hypothèques. C’est quoi au juste la « joke »? Il n’y en a pas un qui pourrait décider de ne pas les augmenter ou même de les réduire afin de s’accaparer une plus grande part du marché et de nouveaux clients au détriment des autres? Ben non, ce scénario est possible seulement lorsqu’il y a une véritable concurrence, comme dans le cas des fabricants d’automobiles.

Simonaque en 2017 : « La Banque Royale affiche un profit annuel record de 11.5 milliards? » (La Presse, 30 novembre 2017). 11.5 milliards de bénéfice, mais il en faut pour satisfaire l’appétit des actionnaires et des dirigeants. Tiens, pour 2017, d’autres bonnes nouvelles en vrac qui ne les empêchent nullement de prendre les moyens pour engranger plus de bidous sur le dos des gens :

— « Le profit de la Banque CIBC prend 25 % »

— « Un profit net doublé pour le Banque Nationale »

— « Hausse fulgurante des profits de la Banque Laurentienne »

— « Les bénéfices de la Scotia et de BMO bondissent »

(Le Devoir, 29 et 20 novembre et Le Journal de Montréal, 6 décembre 2017).

Oh là vous autres, faut surtout pas penser à hausser un tant soit peu les impôts sur le revenu des banques. Nos matamores de politiciens préfèrent plutôt tarifier davantage les services publics et augmenter les taxes foncières et les taxes à la consommation.

Les banquiers dans les paradis fiscaux

Ce qui aide nos chères banques canadiennes à emmagasiner toujours plus de profits chaque année est dû au fait qu’elles réduisent substantiellement les impôts qu’elles devraient légitimement payer en ayant recours aux paradis fiscaux où elles ont plusieurs compagnies affilées. Ça c’est un fait et nos élus laissent faire.

Ben pire, elles aiment rire du monde et des politiciens naïfs ou inféodés, dont certains proviennent du milieu bancaire, en disant ceci sans rire : « Les banques affirment freiner l’évasion et l’évitement fiscaux. Des avoirs canadiens de 300 milliards $ dorment à l’étranger à l’abri de l’impôt » (Le Journal de Montréal, 18 novembre 2015). Les compagnies et particuliers canadiens qui ont détourné la coquette somme de 300 milliards de dollars dans les paradis fiscaux l’ont fait comment et par quels moyens? En chaloupe? Et là-bas, je suppose qu’ils ont enterré leur cagnotte six pieds sous terre à l’abri des intrus? Et si ce n’est pas nos banques canadiennes qui sont partie prenante avec les gros cabinets de comptables et d’avocats à l’évasion fiscale du fric de notre élite économique canadienne, pourquoi alors ont-elles autant de filiales et d’affilées dans ces paradis fiscaux, en grande majorité de moins de 100 000 habitants? Pourquoi alors ne ferment-elles par leurs succursales là-bas qui doivent être nécessairement déficitaires?

Oubliez la lutte aux paradis fiscaux

Une autre comique : « L’Union européenne réduit de moitié sa liste noire de paradis fiscaux » (Le Devoir, 24 janvier 2018). De 17 sur la liste « noire », ils en ont retranché 8 afin de les transférer dans leur liste « grise » qui compte 55 territoires et pseudo-pays tous sous l’emprise des Occidentaux. Appeler ces paradis fiscaux un pays est de la frime. Liste noire, liste grise, c’est un gros show de boucane pour essayer de vous faire croire que les politiciens luttent férocement contre ce fléau alors qu’ils l’encouragent dans les faits.

La seule façon de mettre facilement, oui facilement, fin à tous les paradis fiscaux serait que les pays occidentaux lèvent un embargo économique et bancaire contre ces refuges d’argent détourné et d’impôts non payés qui interdiraient à tous les paradis fiscaux d’utiliser les monnaies occidentales dans leurs transactions avec l’étranger (dollar, yen, euro, etc.), d’avoir recours à leur chambre de compensation et qui interdiraient aux citoyens, aux entreprises et aux banques occidentales de faire affaire avec ces croisés et légionnaires fiscaux comme ils le font et l’ont fait avec des pays comme l’Iran, la Corée du Nord, Cuba, la Russie, l’Irak, etc. Je vous le dis, avec un tel embargo, en moins d’une journée, les paradis fiscaux disparaissent de la « map » à tout jamais.

Les banquiers en politique

Vous le savez que Donald Trump compte plusieurs ex-banquiers dans son équipe de ministres et de conseillers. Ça fait que les banquiers sont directement au pouvoir, en charge de l’État. Comment voulez-vous dans ce cas vous attaquer sincèrement et sérieusement aux paradis fiscaux? Et dire que Trump avait promis de s’attaquer aux élites et de défendre la classe moyenne.

Le pire dans tout ça est le fait qu’en politique, ceux qui proviennent de l’industrie bancaire sont considérés comme des candidats « vedette ». Pour moi, ce ne sont plus des bougons en cravate. Prenez ici au Québec, Carlos Leitao, qui provient de la Banque Laurentienne, a été promu sur-le-champ ministre des Finances par le Parti libéral du Québec. Aie, on ne gère pas un État comme on dirige une banque, mais qu’à cela ne tienne, les banquiers sont toujours considérés comme des candidats prestigieux et admirés par les journalistes qui les ont en très haute estime.

Oh, oh, que François Legault, le chef de la CAQ est content. Il vient probablement de se dénicher son futur ministre des Finances en la personne d’Éric Girard, trésorier à la Banque Nationale, lui qui a été battu en 2015 à l’élection fédérale sous la bannière du Parti conservateur. Un autre candidat étoilé à la CAQ que François Legault aura bien de la misère à nous présenter comme un individu d’obédience progressiste ayant à cœur les intérêts supérieurs du monde ordinaire et de leurs programmes sociaux, lui qui est banquier et qui s’est présenté avec Stephen Harper aux élections de 2015. Bah, CAQ et Parti conservateur du Canada, c’est pas mal pareil. En passant, les banques canadiennes et Desjardins prônent toujours pour moins d’impôt, des services publics et d’États et plus de privés partout.