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Insolence d’une caméra

syndicats sante
Simon Clark/Agence QMI

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La position de la CSQ, sur l’installation de caméras dans les chambres d’usagers des CHSLD, a provoqué une vive réaction chez mon collègue Richard Martineau, mais je cherche encore ce matin l’objet d’une telle irritation. À l’examen des propos de la présidente de la CSQ, Louise Chabot, nous constatons que la centrale syndicale se montre plus sensible au sort des personnes vulnérables que les ministres du gouvernement Couillard.

Il se peut que mon collègue n’ait pas apprécié le sens de l’humour de madame Chabot qui proposait d’installer de telles caméras dans les bureaux du ministre Barrette. Il est vrai qu’il n’est pas donné à tous de manier les mots comme il sait si bien le faire, toutefois, je comprenais dans la blague de la présidente de la CSQ qu’elle sous-entendait que le ministre de la Santé doit se bidonner avec le projet de règlement déposé. Celui-ci se débarrasse d’une patate chaude en donnant l’apparence d’une sécurité qui est loin d’être assurée aux plus vulnérables. Mieux encore pour le ministre radin, il n’en coûtera rien à l’État.

Il vaudrait mieux dépasser les préjugés nourris à l’égard des syndicats qui font croire  qu’ils laisseraient maltraiter des personnes vulnérables au nom de la défense de leurs membres. Avant d’examiner les failles de la règlementation proposée, je voudrais tout de même souligner à mon collègue que les syndicats ont une obligation légale de défense pleine et entière, mais non-aveugle pour leurs membres. C’est pourquoi ils ne déposent pas de griefs dans de multiples occasions et même souvent par rapport à des congédiements. Les lois leur imposent un lourd fardeau de responsabilités, mais ne les rendent pas idiots pour autant.

Si nous revenons à la règlementation, il est facile d’identifier les soucis que les centrales syndicales peuvent éprouver. Le gouvernement fait porter la responsabilité de la protection des plus vulnérables sur eux-mêmes et sur leur famille en les inscrivant dans une partie de cachecache. Les ministres font aussi abstraction des centres d’accueil privés qui ont pullulé depuis le début des années 2000. La position gouvernementale reflète l’improvisation et la hâte de clore ce débat dans une période éloignée des élections en donnant l’impression d’être soucieux des personnes les plus vulnérables de notre société. Le gouvernement abandonne pourtant à eux-mêmes un grand nombre d’usagers aux risques de la maltraitance. 

Quiconque ayant visité les CHSLD, est rapidement en mesure d’y voir la vulnérabilité et de nombreux usagers désertés par leur famille. C’est se raconter des histoires de croire que ces personnes ont toutes les capacités de se prémunir d’une protection avec l’installation personnelle d’une caméra. En fait, la règlementation vulnérabilise encore plus certains résidents au point de les livrer au sadisme de déséquilibrés.

C’est l’histoire qui donnera raison aux syndicats, car il y a fort à parier que ce sont les familles aisées qui installeront des caméras et s’emploieront à exiger des enquêtes sur la moindre peccadille. Le verre d’eau renversé accidentellement sur l’usager ou le délai trop long pour y apporter son café prendra des propensions qui feront perdre du temps de soin pour mener des enquêtes fastidieuses et inutiles.

La CSQ aurait voulu, comme elle l’a énoncé dans son mémoire présenté en commission parlementaire, qu’un gouvernement responsable installe lui-même un système efficace de surveillance, au vue et au su de tous, après un débat public qui prendrait en compte toutes les questions de nature éthique et qui permettrait de bien encadrer l’utilisation des caméras. Le gouvernement a préféré faire semblant qu’il s’occupait de la question en fourguant la responsabilité aux usagers.

J’espère qu’au prochain déchainement de mon collègue, son irritation portera plus sur ce gouvernement qui laisse les caméras s’installer en se fermant délibérément les yeux sur la misère humaine dans les CHSLD.