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La musique misogyne à l’ère de #metoo

Migos (Parc de la Francophonie, 11 juillet)
Photo Jean-François Desgagnés Le trio Migos a attiré des milliers de personnes au Festival d’été de Québec, l’an dernier.

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Dans les chansons de Migos, les filles sont des salopes qui ne servent qu’à satisfaire les désirs sexuels des hommes. Ça n’a pas empêché le nouvel album de ce trio hip hop de mauvais garnements, en plein cœur de la vague #metoo, de se hisser en tête des ventes, la semaine dernière.

Vous ne rêvez pas. Après les dénonciations de violence sexuelle qui ont ébranlé le milieu du cinéma et mis en branle une vaste prise de parole des femmes, à peine deux semaines après le discours enflammé de Janelle Monae et l’émouvante performance de Kesha aux Grammy Awards, l’album Culture II et ses nombreuses références sexistes et misogynes est numéro un partout aux États-Unis. C’est ce que rapportait le magazine Billboard la semaine dernière.

Sexiste et misogyne ? Dans BBO (pour Bad Bitches Only, un titre de chanson aussi subtil qu’un coup de pelle dans le front), les rappeurs d’Atlanta et leur invité Post Malone racontent qu’ils s’échangent une fille comme de la vulgaire marchandise («Hit it for a minute then I pass her to the homie»).

C’est loin d’être le seul exemple. Chez Migos, la misogynie est une constante dans leur répertoire au même titre que l’argent, les bagnoles et la dope. Allez réécouter leur hit Bad and Boujee («je baise ta bitch, c’est une pute, pute, pute») pour vous en convaincre.

Paradoxe

Le succès de Migos, et celui de bien d’autres rappeurs comme Post Malone et Tyler the Creator, pour ne citer que quelques exemples, est difficilement conciliable avec le climat social actuel.

Il est même paradoxal. Parmi les millions de fans garçons et filles du groupe, et les milliers qui se sont entassés au Festival d’été pour voir Migos, l’an dernier, combien soutiennent les mouvements #metoo et Time’s Up? Difficile de croire qu’il n’y en a aucun.

Pourtant, personne ne semble avoir levé la main pour dire : attendez une minute, ne sommes-nous pas en train de glorifier un groupe dont les chansons mettent en valeur des comportements rétrogrades?

Une culture qui perdure

Cela dit, Migos n’a rien inventé. Ce n’est pas d’hier que les paroles sexistes et misogynes des rappeurs font sourciller. Une étude réalisée par un chercheur de l’Université Murray State avait démontré que 22 % des chansons de la mouvance gangsta rap, de 1987 à 1993, à l’époque des N.W.A. et Ice T, contenaient des propos violents et sexistes envers les femmes.

Constitué de trois hommes dans la mi-vingtaine, Migos est un produit de cette culture qui a banalisé la violence physique et sexuelle envers les femmes. Ils reproduisent, en quelque sorte, un modèle d’affaires qui a fait ses preuves en enrichissant des dizaines de rappeurs.

Il faut souhaiter que cette chaîne se brise et que davantage de modèles positifs émergent du milieu du hip hop. Et c’est à nous, comme consommateurs, d’agir en faisant la sourde oreille à cette musique misogyne.

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Les nouveautés

 

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À ta merci/Fishbach

Voici une voix singulière et intrigante venue de France. Flora Fishbach opère au carrefour de diverses influences, la plupart en provenance des années 1980. Allez prêter une oreille à l’excellent single Mortel, vous aurez une bonne idée du terrain de jeux de cette artiste dont je suivrai certainement les péripéties.

Lose It/Danielle Duval

2018 est encore bien jeune, mais on tient avec Lose It un sérieux candidat pour l’album pop canadien de l’année. Montréalaise qui a déménagé ses quartiers à Toronto, Danielle Duval propose une pop entraînante et accrocheuse, sans tomber dans la facilité.