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Les «coups» des réseaux sociaux

Les «coups» des réseaux sociaux

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Depuis plusieurs années, je prépare mes élèves aux aspects négatifs des réseaux sociaux. Je n’ai toutefois saisi concrètement leurs impacts qu’en novembre dernier où j’ai écrit pour la dernière fois sur le blogue des profs.

Au début, j’ai cru qu’avec les semaines qui passeraient, j’arriverais inévitablement à mettre derrière moi cet épisode où ma confiance en a pris un coup. Toutefois, chaque fois que je m’installais devant un écran, un malaise autant physique que psychologique revenait me hanter.
 
Bien sûr, comme tous les blogueurs, je bénéficiais de l’attention indéfectible de certains trolls, mais quelques jours me suffisaient à les oublier. Pas la dernière fois. Cet article où je nous ciblais tous comme faisant partie du problème et de la solution aux difficultés vécues dans nos classes avait clairement touché une corde sensible chez certains.
 
Sur tous les bons mots que j’ai reçus, ce ne sont que ceux qui étaient acerbes, presque violents, qui me sont restés en tête. Un collègue m’a même gratifié d’un titre avec mon nom dedans. C’était plus que je ne pouvais en supporter.
 
Je suis quelqu’un qui doute toujours et qui cherche constamment à faire mieux. Je vous laisse deviner ce que ces commentaires ont pu avoir comme impact sur moi. Mais, au final, je suis content que ce soit arrivé.
 
Maintenant, quand je dois régler une situation délicate entre des élèves de mon école au sujet des réseaux sociaux, je suis capable de me mettre à leur place. Si un enseignant d’expérience peut être écarté momentanément de l’une de ses passions par la méchanceté d’une poignée d’illustres inconnus, je n’ose pas imaginer l’impact sur des enfants de 11 ou 12 ans qui croisent leurs bourreaux de l’écran à chaque jour dans la cour d’école ou la classe.
 
Ainsi, je nous invite collectivement à passer plus de temps près des écrans devant lesquels nos jeunes s’arrêtent. Quand nous parlons de réseaux sociaux, nous nous arrêtons trop souvent uniquement à Facebook, Instagram ou autres géants. 
 
Toutefois, dans plusieurs jeux vidéos, même ceux se destinant à un public de moins de 12 ans, il est possible d’avoir des discussions avec des gens de partout sur le globe sans la garantie que ceux-ci soient tous animés des meilleures intentions du monde. À l’époque où le seul appareil connecté était dans le salon, cette supervision était bien plus facile.
 
Aujourd’hui, si nous voulons faire grandir sainement nos enfants à travers les ressources infinies à leur disposition, il est plus que jamais nécessaire de prendre fréquemment un temps d’arrêt pour bien comprendre tous les pans de leur vie artificielle. Toujours plus pressés, souvent excédés, nous tenons trop souvent pour acquis que nos enfants comprennent ce qu’ils font ou qu’ils savent faire la différence entre ce qui est bien et ce qui est mal. Mais, dans des mondes imaginaires où ils sont tous anonymes, est-ce si facile de tracer une ligne entre ce qui est pertinent de ce qui ne l’est pas?
 
Le blogue des profs m’a permis de comprendre que des mots blessants le resteront toujours même si on a pleinement conscience que ceux-ci doivent être considérés avec du recul. Vous me direz que je suis peut-être trop sensible à la critique et que les trolls du Web se fraient trop rapidement un chemin jusque dans mes réflexions. Vous avez probablement raison.
 
Cependant, nous ne pouvons pas répondre la même chose à un enfant ou un adolescent qui se dit victime d’intimidation sur une application de jeu ou sur des réseaux sociaux. Si nous accompagnons nos enfants à leur entrée à l’école, à leurs entraînements sportifs et à leurs cours de peinture, nous devrions assurément le faire aussi tout au long de la construction de leur identité numérique...