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Bon jour de l’An! Mais sont où les Jeux?

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Photo AFP On appelle ça les Jeux de Pyeongchang, mais aucune compétition ne se passe à Pyeongchang...

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PYEONGCHANG | Je revenais de souper hier soir avec Mathieu Boulay. Comme c’est le jour de l’An coréen, le Seollal, tout était fermé dans le quartier du village des médias. On s’était rabattu sur la grande cafétéria où on a avalé la sempiternelle lamelle trop cuite de steak australien.

Le jour de l’an coréen est la grosse fête de l’année. Bien plus que le 1er janvier qui demeure une fête occidentale. C’est le début d’une année lunaire et cette année, ça tombait le 16 février. C’est le début de l’année du chien dans l’astrologie chinoise et asiatique en général. Tout ce que je sais, c’est qu’Elvis est né dans l’année du chien. Et Mariah Carey. Je ne vois pas le rapport, mais c’est comme ça.

On était tout seuls dans la rue qui mène à notre goulag, l’édifice 610. Ce sont les premiers Jeux olympiques de Mathieu et en bon journaliste qu’il est, il veut tout savoir. Dans sa tête, il se prépare déjà pour les Jeux de Tokyo en 2020.

– Tu sais Mathieu, les Jeux de Pyeongchang, c’est les plus difficiles à couvrir que j’aie connus. Tu peux pas avoir une idée juste de ce que sont des Jeux réussis...

Sont où les jeux?

Il m’a regardé avec des yeux interrogateurs. Je lui ai juste demandé de regarder autour de lui. Est-ce qu’il sentait les Jeux ? Une effervescence quelconque ? Une fête ?

À part des tentes pour les services aux médias et la rangée de bus stationnés le long de la grande rue, il n’y a absolument rien qui rappelle qu’on est aux Jeux olympiques.

Je ne me plains pas. Pas du tout. C’est juste qu’on est parqués dans un quartier de Gangneung, une ville de 230 000 habitants qui s’étale jusqu’à la mer. Le centre-ville, je ne l’ai pas vu. D’ailleurs, je n’ai pas revu Pyeongchang depuis que la flamme y brille. Ça s’appelle les Jeux de Pyeongchang, mais rien ne se passe à Pyeongchang à part la flamme et la remise des médailles. Ça se peut qu’il y ait des fêtes et des partys, mais c’est trop loin de Gangneung pour qu’on y aille.

Et puis, les Jeux sont très étalés. Le Centre de presse principal est à 43 minutes du village des médias. D’habitude, c’est là que les journalistes du monde entier convergent. Le cœur des Jeux, c’est toujours le MPC. Quand on se levait le matin, on prenait un café et on filait au MPC à Sotchi, à Londres, à Vancouver, à Salt Lake City, à Nagano, à Lillehammer...

Toujours le MPC. Ici, on tente de sauter dans un bus qui s’en va directement au hockey, au patinage, au ski de bosses. Fait qu’on ne voit rien des gens à part notre petit quartier où on a déniché un resto italien et plusieurs petits restos coréens. Ce qu’on mange ? La pizza chez l’Italien. Le reste, aucune idée.

Et v’là le jour de l’an

Imaginez-vous que les Jeux olympiques se tiendraient à Québec du 23 décembre au 10 janvier. Les magasins fermés, les restos fermés le 26 et le 1er janvier, les soupers et les fêtes de famille, les Jeux prendraient une joyeuse débarque.

C’est ce qu’on vit. La grande fête de Seollal, ou Nouvel An lunaire, est avec Chuseok l’une des fêtes les plus importantes de Corée. On l’a appris à nos dépens dès la veille. Tous les restos étaient fermés. À part l’italien. Même chose aujourd’hui.

Et puis, ça explique peut-être en partie pourquoi il y a tant de gradins à demi remplis. Il y a des touristes, mais les Coréens ne semblent pas de la fête. À part le patinage de vitesse.

Normal, Routard nous apprend que les familles voyagent parfois plusieurs heures pour se réunir. Elles mangent le teokguk (une soupe à base de pâtes de riz), portent le handock (habit traditionnel) et des bokjori (porte-bonheurs). On dit que les jeunes s’en moquent pas mal, mais à la cafétéria tout le monde nous a salués avec un souriant : « Happy new year »

C’était l’année du chien. Fallait-il répondre wouf, wouf ?

DANS LE CALEPIN | Il va sans dire que mes constatations personnelles sur le terrain ne vous concernent pas à la maison. Les caméras de télévision n’ont pas d’autobus et les bons réalisateurs vous font voyager d’un site à l’autre en un millionième de seconde. La seule façon de voir les Jeux, c’est dans son salon.

Les potins de Kim Jong-Un ... et demi

Salut à Frédéric Blackburn

PYEONGCHANG |  C’est devenu un réflexe. Sans doute à cause de la belle Anna Reva et de ses boxeurs kazakhs ou de Guennadi Golovkin, mon attention est toujours attirée par les couleurs du Kazakhstan. Hier, tous les restaurants étaient fermés à cause du jour de l’an lunaire.

On a fini par trouver une binnerie coréenne sympathique. Je ne pouvais pas manquer le monsieur dans sa veste bleue kazakh. Je suis allé le saluer en lui disant que je connaissais Guennadi Golovkin. C’était pas tout à fait un mensonge puisque j’ai parlé une couple de fois avec le champion kazakh. De toute façon, j’ai dû mal prononcer le nom puisque le monsieur n’a rien compris.

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Photo courtoisie

Mais j’ai allumé en voyant qu’il était coach de patinage de vitesse courte piste. Ayoye, v’là le scoop : « Est-ce que la Coréenne méritait d’être disqualifiée contre Kim Boutin ? » que je lui ai demandé avec l’aide de la dame qui l’accompagnait. Une madame du ministère du Tourisme.

– Choi méritait d’être première...

Parle-moi d’une réponse un jour de fête. Puis, son visage s’est éclairé : « Vous êtes du Canada ? Je suis ami avec Frédéric Blackburn. Je l’ai connu aux championnats du monde à Montréal », m’a dit M. Madigaly Karsybekov.

Wow ! En plus, Frédéric vient de Chicoutimi, la deuxième plus grande ville du Québec ! Si je ne m’étais pas gardé une petite gêne, on se serait embrassés.

Après tout, c’est dans le temps du jour de l’An, on s’embrasse et on s’enlace...

Les traditions du nouvel an Coréen

Juste pour vous donner une idée, hier soir à la petite cafétéria, Yeongah Cho avait revêtu son plus beau costume traditionnel pour célébrer le Nouvel An. Ça m’a rappelé le carnaval souvenir de Chicoutimi...

L’autofinancement des jeux à Radio-Canada

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Photo courtoisie

Grosse discussion l’autre jour. La vie est évidemment plus difficile pour certains analystes de Radio-Canada que pour les autres journalistes. Eux sont obligés de vivre dans un luxueux hôtel sur le bord de la mer à Gangneung, près de l’aréna où ils passent une partie de leur journée.

Mon vieux grognon d’Enrico Ciccone dont j’ai déjà failli acheter la maison de Ste-Adèle, s’est porté à la défense de l’auguste société : « Les Jeux s’autofinancent, on ne puise pas dans les taxes des gens », a-t-il assuré.

Juste à voir le nombre de vestes bleues qui grenouillent en Corée, on sait bien que ce n’est pas possible.

Et puis, c’est encore plus simple à comprendre : si les Jeux pouvaient s’autofinancer, ils seraient présentés à des réseaux privés. Pourquoi des gens d’affaires laisseraient-ils passer pareille occasion ?

J’espère juste que les gens en ont pour leur argent à la maison.