/sacchips/inmybag
Navigation

La féministe qui n’aimait pas les filles!

La féministe qui n’aimait pas les filles!
Photo Rosalie Bonenfant

Coup d'oeil sur cet article

«Ah, mais moi je n’ai pas beaucoup d’amies filles. Je préfère me tenir avec des gars, il y a moins de drama.» Que celle qui n’a jamais dit ça, lance quelque chose de plus sincère, parce qu’on est plusieurs à dire qu’on préfère être amies avec des gars pour la «simplicité» des relations.

Serait-il possible que ce ne soit pas forcément les gars qui soient plus faciles à vivre, mais que ce soit notre rapport aux autres femmes qui soit compliqué ?

Je me suis posé la question quand dernièrement, une connaissance m’a écrit pour me féliciter par rapport à Code F. Je l’ai remerciée, en prenant bien soin de lui dire qu’elle exagérait, qu’elle était bien TROP fine et que Mon dieu ! j’avais dû être Ghandi dans une autre vie pour mériter un si beau compliment! (On fait ça, nous les filles, puisque dans notre culture nord-amériqu-oestrogène, c’est mieux vu de s’excuser d’exister que d’accepter un compliment comme un humain normal.)

Bref, je pensais avoir eu ma dose de sororité pour la semaine, la fille me réécrit : «Pour vrai, 2018 c’est clairement ton année, je suis impatiente de te voir briller, ça va être incroyable !» Si j’avais eu un menton il me serait tombé par terre !

J’étais au bord d’appeler le National Geographic pour leur dire que j’avais découvert une nouvelle espèce : La femme qui sait célébrer le succès d’une autre femme.

Je ne suis pas inculte, je savais que ça existait quand même. J’en avais déjà vu sur internet et dans les livres, mais d’en voir une pour vrai, lousse comme ça, wow ! C’était presque plus grand que nature. Avant, la seule expérience que j’avais eue avec cette espèce, c’était avec mes amies filles. Sauf qu’elles, ça ne compte pas parce que je m’entoure juste de pichous dociles pour être sure que notre amitié ne va pas me menacer et me faire sentir inférieure.

Selon moi, c’est exactement ça la différence entre les relations d’amis gars et d’amies filles. C’est parce que les gars sont meilleurs en architecture. Ils ont compris que pour être plus solides, il fallait se mettre à la gang pour bâtir une pyramide avec une base égale et large dans le bas. Comme ça, il y a de la place pour tout le monde. Nous les filles, notre pyramide ressemble souvent plus à podium. Au lieu d’envisager le poids qu’on pourrait avoir collectivement si on laissait son petit bout de place à chacune, on est comme en compétition pour

LA place au top.

Alors quand une fille gagne une médaille, même si ça n’a pas rapport avec la discipline qu’on pratique nous-même, on n’ose pas applaudir trop fort... tout d’un coup que ça l’aiderait dans son ascension pour aller chercher la place qu’on ne veut pas partager !

La bonne et la mauvaise nouvelle, c’est qu’on est toutes différentes. Qu’est-ce que ça te donne de perdre ton temps à envier quelqu’un que tu n’es pas et que tu ne seras jamais?

Ce que tu pourrais être par contre, c’est l’inspiration d’une autre. Ça serait chouette que tu ne t’empêches pas d’avancer, juste parce qu’il y en a une autre qui réussit parallèlement à toi. Au contraire, si tu l’admires, pourquoi pas t’en inspirer pour atteindre tes propres buts?

Je ne te demande pas de devenir la BFF de tout le monde! C’est normal de ne pas avoir de l’admiration pour TOUTES les femmes de la Terre. Tu n’es pas obligée d’aller liker chaque statut Facebook de Marie-Chantal Toupin juste à cause de ma chronique!

Sauf qu’énoncer un compliment, ça prend 3 secondes et ça rend les gens heureux. Tandis que la jalousie, c’est comme l’odeur d’un pet fantôme : ça te suit, ça te colle après et ça suce toute ton énergie positive.

Le marteau avec lequel tu frappes sur la tête des autres pour les rabaisser, c’est le même qui te donne des ampoules sur les mains à force de t’acharner. Et puis la fille que tu envies pour ses belles mains soyeuses, elle ne perd surement pas son temps avec ce marteau là, elle.

C’est pour ça qu’on pense que c’est plus simple d’être amie avec des gars : Ils ont appris à déterminer leur valeur sans devoir s’en remettre aux autres, alors ils ne sont pas constamment en comparaison avec nous. Si vous ne me croyez pas, faites le test.

Demandez à votre ami masculin de vous donner son avis sur votre prise de poids. Il va aller droit au but : «T’es pas si pire que ça! Mais si ça te complexe à ce point là, lâche les pizza pochettes pis embreille su’l kale!»

Mais faites la même chose avec une fille et on est partis pour un échange qui durera certainement plus longtemps que la diffusion de Votre beau programme!

«Quoi!? T’es super maigre, check moi, j’ai full les lobes enflés!»

«Ben non, toi t’es archi petite, t’as l’air boulimique, chanceuse.»

«Non j’suis dégueulasse. Toi au moins, t’as les cheveux longs, moi ma coupe de cheveux me donne l’air de Susan Boyle avant sa transformation!»

Les filles, quand on nous fait un compliment, prenons-le, chérissons-le, laminons-le au pire. Mais on arrête tu d’essayer de convaincre du contraire ? "Merci" c'est une réponse qui suffit. "Je sais" c'est une réponse excellente. Mais "nonon c'est pas vrai", moi en tout cas, je n’ai plus envie de l’accepter comme réponse.

► Vous pouvez entendre Rosalie Bonenfant sur les ondes du 107,3 Rouge tous les vendredis matin à 7 h 30.