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La «SAQ du pot» contre le marché noir

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Si tout se passe comme prévu, la Société québécoise du cannabis (SQC), notre « SAQ du pot », tentera de ravir au marché noir au moins 30 % du marché du « pot » dès la légalisation. Les provinces et le fédéral s’affairent en ce moment à ficeler les derniers détails entourant la réglementation de ce commerce.

J’ai plusieurs interrogations quant à ce projet. Permettez-moi de vous en partager quelques-unes.

 Les consommateurs vont-ils avoir les mêmes problèmes qu’avec le vin ? C’est-à-dire un choix limité, des prix trop élevés, ainsi que l’interdiction d’en acheter en provenance des autres provinces ou d’en acheter par internet sans passer par la SAQ ?

 Au Colorado, ils ont permis à des petits commerces privés de vendre du pot et c’est un succès. Le gouvernement de la Colombie-Britannique va aussi permettre à des boutiques privées de vendre de la marijuana l’été prochain. Pourquoi pas la même chose ici ? Notre « SAQ du pot », comme la SAQ pour le vin, a-t-elle à ce point peur de la concurrence ? Pourquoi appliquer au pot un modèle de monopole dont on dit déjà, dans le cas de l’alcool, qu’il est démodé ?

 La SQC croit vraiment être en mesure d’aller chercher 30 % du marché noir dès la première année, comme l’a affirmé le PDG de la SAQ Alain Brunet, avec à peine 150 succursales d’ici deux ans ? Rappelons que le réseau des épiceries, autres détaillants en alimentation et dépanneurs – à qui on aurait pu permettre la vente au détail – sont plus de 10 000 dans la province, et couvrent beaucoup plus de territoire.

■ La SQC va-t-elle vraiment être compétitive avec le marché noir ? Le crime organisé n’est pas fou, et va diminuer le prix de vente du cannabis pour protéger son marché (le Centre de statistiques sur le cannabis de Statistique Canada montre d’ailleurs que le prix diminue de mois en mois). La SQC devra contrôler ses coûts, dans un contexte où les syndicats salivent probablement déjà à l’idée d’aller chercher des centaines de nouveaux membres.

 Pourquoi Québec tient-il mordicus à interdire la culture de cannabis à domicile, alors que le projet de loi fédéral prévoit que les citoyens peuvent faire pousser jusqu’à quatre plants de cannabis à domicile ? Comme le soulignait le député de Québec solidaire Amir Khadir, la production en petite quantité à des fins personnelles permettrait de réduire l’emprise du cartel de production de cannabis qui se met actuellement en place.

 Après la vache à lait gouvernementale nommée SAQ, voici la vache à lait nommée SQC. Sauf que cette dernière, contrairement au marché de l’alcool, devra se battre avec un concurrent, qui se nomme marché noir, ou crime organisé. Et quelque chose me dit que ce dernier ne se tassera pas du chemin aussi facilement que certains le pensent.