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Avantageux, le fractionnement d’actions?

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Q Une grande banque canadienne va fractionner sous peu ses actions. Est-ce avantageux d’en acheter ?

R Théoriquement, non. Mais, parfois, oui. Le fractionnement d’actions (stock split) est très mal compris des boursicoteurs. La plupart des études concluent qu’ils en tirent peu sinon aucun avantage... sauf exception !

Comment ça marche ?

Habituellement, quand une société fractionne ses actions, c’est parce que son cours est très élevé. Il existe une barrière psychologique selon le secteur d’activité. Pour les banques canadiennes, par exemple, c’est 100 $. Au-delà, il y a un risque (réel) que le prix élevé décourage des investisseurs potentiels : le nombre de transactions diminue, la valeur stagne.

En fractionnant, on crée donc l’illusion que le titre est moins cher pour attirer les acheteurs. Le buzz stimule les transactions... et la valeur.

Environ 12 % des sociétés publiques américaines ont fractionné leurs actions au cours de leur histoire, selon plusieurs études. Toutes les plus importantes capitalisations l’ont fait.

À la Bourse de New York, on parle d’une centaine par année, généralement à raison de deux actions pour une. Plusieurs sites web tiennent d’ailleurs un calendrier (bit.ly/2EpKXNc).

Sur le coup, ça ne change rien pour le détenteur des actions avant qu’elles ne soient fractionnées.

Prenons une pizza coupée en cinq morceaux représentant toutes ses actions en circulation : votre pointe vaut 2 $. Puis, toutes les pointes sont coupées en deux : les deux vôtres valent désormais 1 $ chacune.

Mais, parfois, le fractionnement est réellement payant, car la magie d’un titre moins cher attire réellement les investisseurs, faisant mousser rapidement sa valeur. Ce fut souvent le cas avec les banques canadiennes et quelques titres technos, comme Google et Apple... Je me souviens aussi d’avoir acheté des actions du Canadien Pacifique en 2001, juste avant qu’il soit scindé en quatre sociétés cotées, PanCanadian Energy, CP Ships, Fairmount Hotels, Fording Coal et CP Rail. Chacun de ces titres a rapidement dégagé un rendement plus important que si le CP était demeuré un conglomérat.

Danger !

Selon certaines études, les fractionnements annoncent les bulles boursières, car ils se multiplient avant leur éclatement : 18 % des actions transigées à New York avaient été fractionnées entre 1921 et 1930. Certains investisseurs considèrent qu’un fractionnement signale un cours trop élevé en fonction de la valeur intrinsèque.

Notons que Warren Buffett a toujours refusé de fractionner les actions de Berkshire Hathaway, sauf une fois, pour les séries B (baby Berkshire), à 50 pour 1, lorsqu’il a acheté Burlington Northern Santa Fe.

Enfin, méfiez-vous des regroupements d’actions (reverse stock splits). On parle de sociétés dont le cours de l’action est si bas qu’elles décrètent la fusion de plusieurs actions en une seule, souvent pour éviter d’être expulsées de la Bourse. Sun Microsystems et AIG l’ont fait. Sun a été acquise par Oracle, AIG fut sauvée par le gouvernement américain après la crise de 2008 et ses actionnaires ont été lavés.