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Vivre en région

Vivre en région
Illustration Nathalie Samson

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J’avais un show à La Malbaie, dans Charlevoix, le week-end dernier. C’est une région que j’adore. J’ai même un chalet dans ce coin-là depuis 10 ans. Le lendemain de mon show, je voulais en profiter avant de revenir en ville. J’ai donc fait une ride de fat-bike avec mon chum Simon Fortin dans les montagnes de l’arrière-pays.

C’était simplement magique. Il faisait juste assez froid pour me garder réveillé, mais pas assez pour me donner envie de rentrer après 10 minutes. Pendant qu’on roulait sur les sentiers comme des enfants hyperactifs, on pouvait sentir l’odeur des feux de foyer allumés dans les chalets tout en contemplant le fleuve... un forfait difficile à battre.

Pendant une petite pause d’eau, alors que je regardais au loin, j’ai dit à Simon :

– Des fois, j’ai hâte au jour où je vais être ici presque à temps plein.

– Ah oui ? Ça va être quand, ça ?

– Sais pas, quand les choses vont ralentir, quand je vais vouloir prendre plus de temps pour moi.

– Vous me faites rire le monde de la ville. Pourquoi attendre la retraite pour ralentir quand tu peux le faire dès aujourd’hui ?

Et c’est là qu’on a commencé à jouer au jeu des comparaisons. Simon m’a dit : « C’est dommage qu’on ait de la difficulté à attirer du monde en région. Pourtant, je gagne le même salaire que les profs en ville sans me taper le trafic. » Ça m’a fait réfléchir.

On peut penser qu’il n’y a pas beaucoup de monde qui veut vivre en région parce qu’il n’y a pas de jobs, comme on peut dire qu’il n’y a pas beaucoup de jobs parce qu’il n’y a pas assez de monde.

La proximité

Mais mettons ça de côté. Quel est notre intérêt pour la grosse ville ? Quand on est jeune, l’attrait est évident. On veut s’amuser et découvrir la vie. Rien de plus normal. Mais une fois que c’est passé, qu’est-ce qui nous garde ici ? Mon chum Simon a le temps d’aller faire une ride de vélo avant d’aller travailler, car ça lui prend littéralement 10 minutes se rendre à la job. Même chose au retour.

De mon côté, je ne compte plus les matins où je quitte ma maison dans les Laurentides de bonne humeur pour plonger dans le festival du stress et de la congestion une fois que je suis en ville. Je ne sais plus à quelle heure partir pour arriver à temps et, une fois sur deux, je dois appeler pour dire que je vais être en retard.

Le moment présent

C’est quoi, les vrais avantages de la ville ? Un plus grand choix de restaurants et d’endroits où sortir ? La plupart du temps, on a juste hâte d’être à la maison pour regarder une série sur Netflix ou surfer sur le net. Si t’es célibataire, t’as plus d’options pour faire de belles rencontres ? Tinder fonctionne à travers la planète. Les centres d’achats ? Juste un endroit pour dépenser l’argent qu’on n’a pas vraiment.

Mais ce que Simon m’a surtout fait réaliser, c’est que je suis de ceux qui disent souvent : « Un jour, je vais prendre le temps de faire ça. » Et pourtant, c’est exactement ce que j’ai fait samedi dernier : prendre le temps de profiter de la nature avant de revenir en ville.

Le vrai côté néfaste de la ville, c’est que je me retrouve tellement occupé à penser à tout ce que j’ai à faire que je ne prends même pas le temps d’apprécier ce que je suis en train de faire.