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Agression sexuelle: Un Sénégalais poursuit les Frères du Sacré-Cœur

Le Collège Mont-Sacré-Cœur, à Granby.
Photo Pierre-Paul Poulin Le Collège Mont-Sacré-Cœur, à Granby.

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Un Sénégalais qui aurait été agressé sexuellement par un missionnaire québécois qui enseignait en Afrique dans les années 1980 intente une poursuite de 1,4 million $ contre les Frères du Sacré-Cœur.

Le plaignant, désigné dans les documents juridiques sous les initiales NBS, n’avait que 12 ans lorsque le frère Marcel Courteau l’aurait agressé pour la première fois. Le religieux québécois était alors professeur de français au Collège Pie-XII, une école catholique administrée par la congrégation des Frères du Sacré-Cœur à Kaolack, au Sénégal.

De 1984 à 1987, le frère Courteau aurait convoqué le garçon à des « cours particuliers d'éducation sexuelle » après la classe. Lors de ces sessions « privilégiées », l’enseignant masturbait l’élève et lui demandait ensuite de le masturber, sous prétexte de lui « enseigner différentes techniques de masturbation », allègue la demande de poursuite.

Aveux filmés

Cet élève ne serait pas le seul à avoir été agressé par Marcel Courteau. En 2016, une enquête de la chaîne d’informations France24 révélait que le missionnaire québécois aurait fait subir des sévices sexuels à des enfants dont il avait la charge à Madagascar, au Sénégal et au Togo pendant une vingtaine d’années.

Le frère Courteau a même admis les faits à un journaliste français qui l’a rencontré dans sa maison de retraite à Sherbrooke avec une caméra cachée.

Lorsque ce dernier lui a demandé s’il comprenait la gravité de ses gestes, l’homme en fauteuil roulant a répondu : « Oui, oui, je reconnais. [...] Je regrette beaucoup certaines choses. Je ne pensais pas que ça irait aussi loin que ça. »

Le religieux est décédé en 2017 à l’âge de 92 ans.

Par ailleurs, en novembre dernier, la Cour supérieure du Québec a autorisé une action collective de 15 millions $ contre les Frères du Sacré-Coeur. Au moins 11 religieux sont accusés d’avoir agressé des élèves au Collège Mont-Sacré-Coeur, à Granby, entre 1932 à 2008.

Contestation

L’avocat de NBS, Me Max Silverman, explique que son client a décidé d’intenter un recours judiciaire au Québec plutôt qu’au Sénégal puisque la congrégation des Frères du Sacré-Cœur est basée ici.

« Tous les documents, la preuve, sont ici, fait-il valoir. Et au Québec, c’est facile de faire une poursuite sous le couvert de l’anonymat quand les circonstances le justifient, alors que ce n’est pas le cas au Sénégal. »

NBS estime que sa vie serait en danger si son identité était découverte dans son pays, rapporte Me Silverman. « Il y a une culture homophobe prédominante au Sénégal, et selon mon client, un homme peut être considéré comme un homosexuel s’il a été agressé sexuellement par un autre homme », dit-il.

La Cour supérieure du Québec pourrait toutefois refuser d’autoriser la poursuite si elle « estime que les autorités d’un autre État sont mieux à même de trancher le litige », selon le Code civil.

De son côté, la congrégation des Frères du Sacré-Cœur a annoncé son intention de contester la demande de poursuite. L’avocat qui la représente, Me Éric Simard, a déclaré qu’il ne commenterait pas le dossier avant que le plaignant ait subi un interrogatoire préalable. La cause doit être entendue à l’automne.