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Dominant même avec une hanche artificielle

Véritable inspiration, ce karatéka presque sexagénaire ne cesse d’accumuler les titres mondiaux

Kingsley Solomon
Photo courtoisie Au centre de la photo du haut, Danny Griffith et des membres de son équipe ont brillé de tous leurs éclats à une classique internationale de karaté présentée en Irlande l’automne dernier.

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Un karatéka de Montréal à l’aube de la soixantaine accumule les premières places à l’international malgré une hanche artificielle qu’il porte depuis cinq ans.

Avec ses 1315 combats dans le corps, Danny Griffith a remporté son 12e titre consécutif chez les 35 ans et plus à la World Martial Organization en Irlande en octobre dernier. C’est aussi sa deuxième médaille d’or chez les 42 ans et plus.

L’équipe qu’il dirigeait à cette compétition internationale a aussi particulièrement bien paru, raflant pas moins de onze médailles au total.

Rien n’indiquait pourtant en 2005 que le propriétaire de trois écoles de karaté kenpo allait pouvoir poursuivre la compétition. Il avait alors dû se faire opérer d’urgence à la hanche pour des douleurs qui persistaient depuis 2003.

« Mon docteur m’a dit que j’avais une jambe plus longue que l’autre, raconte-t-il. J’ai fini par user ma hanche à force de lui faire subir des impacts avec le sport. »

La douleur a persisté malgré l’opération, l’obligeant à arrêter complètement son sport pendant sept ans.

« J’ai vécu dans la douleur 10 ans de ma vie. Ç’a affecté mon travail et mes relations parce que j’avais toujours mal », dit-il.

Sa deuxième opération en 2012 a été un succès, la douleur était enfin partie. Aussitôt remis sur pied, il a renfilé son kimono et a repris les combats.

On voit M. Griffith qui est sur le point de franchir le cap de la soixantaine et qui ne ménage pas ses efforts à l’entraînement avec un de ses protégés.
Photo Ben Pelosse
On voit M. Griffith qui est sur le point de franchir le cap de la soixantaine et qui ne ménage pas ses efforts à l’entraînement avec un de ses protégés.

Son secret

L’opération l’a privé de beaucoup de flexibilité au bas du corps. Il ne peut plus compter sur les coups de pied de sa jeunesse pour marquer des points lors de combats.

« J’ai compensé en travaillant encore plus mon haut du corps. Les entraîneurs disent à leur gars d’éviter mes mains, mais mon secret, c’est que j’ai aussi un excellent jeu de pieds. »

Ce maître du sport pratique le karaté depuis l’âge de 15 ans. Accompagné par celui qui est son sensei depuis toujours, le grand maître du style kenpo au Canada, Jean-Guy Angell, il obtient sa ceinture noire à 20 ans.

Son « père de karaté » le nomme à cette époque responsable de l’école de Saint-Eustache.

« Danny est vraiment un amateur passionné du karaté, il va continuer d’aller encore plus loin, je n’en doute pas », assure son maître.

Le sport avant l’argent

Mais son sport ne paie pas les factures.

En plus de ses écoles à Lachine, LaSalle et Rosemont, M. Griffith a travaillé pendant plusieurs années pour CP Rail. Il a aussi été éducateur spécialisé au Centre d’intégration scolaire de Rosemont, où il est toujours chauffeur.

« J’ai déménagé des dizaines de fois et mes comptes sont en retard. J’ai choisi le karaté plutôt que l’argent », glisse le père de quatre enfants, qui sont aujourd’hui âgés de 20 à 39 ans.