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Inquiétudes des anglophones: «On ne peut pas se permettre de perdre des Québécois», dit Couillard

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Photo Simon Clark Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard

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OTTAWA | Confronté aux données selon lesquelles une majorité d’anglophones ont déjà songé à quitter la province, Philippe Couillard a insisté sur la nécessité de retenir tous les travailleurs au Québec, lundi.

«Avec la pénurie de main-d’œuvre qu’on connaît, on ne peut pas se permettre de perdre des Québécois», a souligné le premier ministre du Québec lors d'un point de presse à Saint-Félicien, au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Un sondage Léger publié la fin de semaine dernière par Le Journal de Montréal montre que 60 % des anglophones au Québec ont déjà envisagé de s’établir dans une autre province.

M. Couillard a réitéré qu’il percevait un «sentiment d’éloignement» chez les anglophones, raison pour laquelle son gouvernement a créé un poste de ministre responsable des Relations avec les Québécois de langue anglaise à l’automne dernier.

Il compte présenter un plan d’action qui visera à faciliter l’accès au marché du travail ainsi qu’aux cours de français. «On veut que tous les Québécois et Québécoises se sentent comme des Québécois à part entière», a tranché le premier ministre.

Réactions fédérales

Le sondage note également que 49 % des jeunes anglophones au Québec jugent conflictuelles les relations avec les francophones, une proportion qui tombe à 33 % dans la communauté de langue anglaise en général.

L’étude a été menée en ligne dans la foulée du débat du «Bonjour, hi» et du «Adidas Gate», l’automne dernier.

«La controverse du "Bonjour, hi", ce n’est rien comparé à celle du lac Meech. Les gens qui ont connu les tensions des années 1990 pensent que les relations avec les francophones sont vraiment meilleures aujourd’hui», a commenté lundi le député libéral montréalais Anthony Housefather.

Au total, 57 % des anglophones qualifient d’harmonieuses les relations avec les francophones. «Nous avons vu une énorme amélioration au fil des années, mais les jeunes n’ont pas ces souvenirs-là», a analysé l’élu de Mont-Royal.

Son collègue libéral de Ville-Marie a abondé dans le même sens. «Ce que je vois sur le terrain contraste avec ce que, moi, j’ai vécu quand j’étais jeune avec les deux référendums», a confié Marc Miller, sceptique par rapport aux résultats du sondage.

Il constate que les jeunes d’aujourd’hui ne se définissent plus selon les clivages linguistiques, mais plutôt selon une vision sociale du Québec, rappelant que le conflit étudiant de 2012 avait rassemblé francophones et anglophones.

Deux députés libéraux de l’Outaouais, Greg Fergus et William Amos, se sont également étonnés des chiffres du sondage. Dans leur région, une des plus fortement bilingues au Québec, les interactions entre les communautés sont fortes et positives, ont-ils assuré.

Incompris de la majorité

Anthony Housefather, lui, n’est pas surpris des résultats de l’enquête. Les difficultés vécues par les Québécois anglophones sont bien réelles, a-t-il insisté.

Le député libéral déplore notamment le manque d’accès aux services publics en anglais et les obstacles que doivent surmonter certains anglophones sur le marché du travail en raison de leur niveau de français.

M. Housefather croit que de nombreux anglophones se sentent incompris de la majorité francophone au Québec.

L’élu montréalais trouve toutefois un peu alarmiste la statistique selon laquelle 60 % de ces derniers ont déjà songé à déménager vers une autre province. «Chaque départ est une perte de richesse pour le Québec, mais ceux qui passent vraiment de la parole aux actes sont moins nombreux que 60 %», a-t-il nuancé.

Francisation avant tout

Le porte-parole péquiste en matière de culture et de langue, Pascal Bérubé, a argué que le Québec retiendrait davantage d’anglophones s’il y avait plus d'immersion française et d’échanges entre collèges dans les cégeps anglophones.

«On est convaincus que la réussite sociale et professionnelle des anglophones passe par un meilleur apprentissage du français», a-t-il affirmé.