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Le retour de la censure

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Si vous pensez que je suis paranoïaque quand je vous dis que bientôt on ne pourra plus rien dire, rien écrire, rien filmer, vous devriez voir ce que Le Devoir nous a appris la semaine dernière.

Le journaliste Marco Fortier a mis la main sur un rapport du collège Maisonneuve qui montre que « des professeurs pratiquent l’autocensure pour éviter de heurter les croyances religieuses ou culturelles de leurs étudiants ».

C’est la grande noirceur 2.0, la mise à l’index version 2018.

J’achète la paix

Maisonneuve, c’est ce cégep de l’est de Montréal rendu célèbre comme « lieu de radicalisation d’étudiants qui se sont rendus faire le djihad en Syrie ».

On y a établi un projet-pilote de vivre-ensemble et le rapport de ce projet a mis en lumière un malaise chez les profs.

« Ils passent sous silence des œuvres traitant de sexualité, de nudité ou de maladie mentale par crainte de déclencher une controverse explosive. »

Quoi ? Plutôt que de confronter les élèves à des œuvres qui sont au programme, on préfère les balayer sous le tapis pour ne pas avoir d’ennuis. C’est une démission déplorable. On aseptise le contenu pour ne pas faire de « pépeine » à qui que ce soit. On abdique devant les préférences culturelles ou religieuses des étudiants. C’est désolant.

Selon le directeur des études du collège, les profs se disent : « Ça ne me tente pas de lancer des débats interminables. J’achète la paix à l’avance. »

On est dans une institution d’enseignement, où les élèves sont censés apprendre le plus d’information sur le monde qui les entoure. Pas juste les parties qui les arrangent.

Est-ce que ça signifie que, pour ne pas froisser une clientèle dont la culture prône la détestation des homosexuels, on va arrêter de parler de Michel Tremblay qui est gai ? Le rapport nous apprend que dans certains cas, « des contenus particuliers sont survolés ». Est-ce que ça signifie qu’on « survole » la Deuxième Guerre mondiale et l’Holocauste dans les cours d’histoire, pour ne pas déclencher de débats ?

Index librorum prohibitorum

À une certaine époque, au Québec, les œuvres qui n’avaient pas reçu l’aval du Vatican étaient mises à l’index. Interdit de lire Voltaire, Sartre ou Rabelais. Mais dans le cas des profs de Maisonneuve, c’est pire : ils n’ont même pas besoin qu’on leur interdise d’enseigner ceci ou cela, ils le font eux-mêmes ! L’autocensure est la plus pernicieuse des censures.

Est-ce que, dans les cours de français, on évite les poèmes sulfureux de Baudelaire ? « Elle était donc couchée et se laissait aimer, Et du haut du divan elle souriait d’aise À mon amour profond et doux comme la mer, Qui vers elle montait comme vers sa falaise. »

Est-ce qu’on censure Gaston Miron ? « Ta jambe gauche entre les miennes ton sexe chaud sur ma cuisse jusqu’au désir à l’aube. »

On a déjà les féministes radicales qui capotent parce qu’il y a tout plein de femmes nues sur les murs des musées, on doit en plus se taper des saintes nitouches dans les cégeps. On est loin du Québec des années 70, qui s’encanaillait avec des films de cul.

Valérie et Deux femmes en or, on enseigne ça au collège Maisonneuve ?