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500 millions aux médecins spécialistes et des peanuts pour nos sages-femmes

500 millions aux médecins spécialistes et des peanuts pour nos sages-femmes
Ellie Waters, Kentucky National Guard Visual Information

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Depuis plusieurs années, sous le gouvernement actuel, les plus pauvres se font couper les vivres et se serrent la ceinture à s’empêcher de respirer. Les infirmières subissent les réaménagements du système de santé et se font passer dessus par le rouleau compresseur Barrette.

 
Pour en ajouter, le gouvernement a annoncé la semaine dernière qu’une partie de nos économies, réalisées à grand coup de privation, seront envoyées dans d’autres poches que les nôtres, plus précisément dans les poches des médecins spécialistes. C’est bien connu, ils en ont bien besoin...
 

Parmi ces spécialistes, il y a les obstétriciens, ces spécialistes de la naissance. Au Québec, faire naître de futurs contribuables, ça coûte cher en titi.
 
Mais ça pourrait se passer autrement.
 
Le coût d’un accouchement en milieu hospitalier par des médecins généralistes est de 2329$. Le coût d’un accouchement en maison de naissance avec des sages-femmes est de 1865$. Entre les deux, une différence de 464$ (Rapport synthèse de 2016 du regroupement Les sages-femmes du Québec).
 
Suivant cette logique économique, le gouvernement, dans sa politique de périnatalité datant de 2008, s’était donné pour objectif d’atteindre 10% de suivis de grossesses effectués par des sages-femmes.
 
Dix ans plus tard, qu’en est-il?

 
Actuellement, seulement 3,9% des suivis s’effectuent par une sage-femme. Pourtant, la demande est là: 25% des Québécoises souhaiteraient avoir accès à ce type de soin. L’écart s’explique par un manque de main-d’oeuvre. Seulement 67% des étudiantes sages-femmes terminent leur baccalauréat dans les délais prescrits.
 
Pourquoi?
 
Pendant les quatre années du programme, les étudiantes sages-femmes doivent débourser, sans pouvoir travailler durant la majeure partie de leur formation, environ 21 140 $ en dépenses obligatoires liées aux stages. À ces coûts s’ajoutent les frais de scolarité, de livres, de subsistance et de garderie/gardiennage qui font facilement grimper la facture à 98 820 $ pour les étudiantes mères. Près de 50% des étudiantes ont des enfants.*
 
C’est aussi à elles de payer leurs frais de déplacement, de payer le loyer pour leurs stages et de débourser les frais pour un téléphone cellulaire, qui soit dit en passant, leur était auparavant remboursé par l’UQTR.
 
Les étudiants en médecine, eux?

Ils sont compensés pour tous les déplacements liés à leurs stages et leur logement est fourni. Deux poids, deux mesures. Cette semaine, les étudiantes sages-femmes déposent un mémoire sur l’état de leurs conditions financières et revendiquent devant l’UQTR. Elles demandent un ajustement du programme de prêt et bourse qui n’est évidemment pas adapté à leur situation.
 
Le Regroupement des sages-femmes du Québec est aussi en négociation présentement pour le renouvellement de leur convention collective. La ponction de près de 500 millions qu'effectue le gouvernement à même nos surplus budgétaires pour remplir les poches des mieux nantis est révoltante.
 
Prendre une partie du 500 millions pour remplir aussi - et remplir est un bien grand mot - les poches des sages-femmes, qui gagnent en moyenne 50 000$ par année, soit environ quatre fois moins qu’un médecin généraliste, serait une bonne affaire dans tous les sens du terme. Donner une chance égale à celle des étudiants en médecine aux étudiantes sages-femmes de terminer leurs études serait aussi un bon placement. Tsé, comme des REER là, ça prend de la valeur avec le temps...faut bien parler leur langage. $$$$$$$
 
*Mémoire de l’Association des Étudiantes Sages-Femmes du Québec sur l’état des conditions financières des étudiantes Sages-Femmes du Québec présenté au ministre de la Santé et des Services sociaux et à la ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.

*Une manifestation des étudiantes sages-femmes aura lieu le 8 mars devant l’assemblée nationale à Québec