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Coccinelles dans la salle d’opération

Une vidéo démontre que les insectes continuent de s’infiltrer au bloc opératoire de l’Hôpital Charles-LeMoyne

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Le problème d’infiltration d’insectes est loin d’être réglé à l’Hôpital Charles-LeMoyne, malgré ce que prétend la direction. Une vidéo troublante montre une coccinelle qui s’est récemment posée au travers des bistouris durant une intervention chirurgicale.

L’incident est survenu le 3 novembre dernier. Sur la vidéo obtenue par notre Bureau d’enquête, on peut voir l’insecte se promener à travers les instruments chirurgicaux sur la table située à quelques centimètres du patient. Ces équipements, comme tout le matériel qui sert à opérer, doivent absolument être stériles. Le personnel a dû prendre un bol en métal pour attraper l’insecte.

La situation est loin d’être isolée dans cet hôpital situé à Greenfield Park, sur la Rive-Sud de Montréal. Seulement en novembre et décembre 2017, le personnel a compté deux coccinelles, trois fourmis, deux mouches et une mouche à fruits au bloc opératoire, selon un rapport interne dont nous avons obtenu copie (voir page 2).

Dans un cas, la fourmi se promenait sur la blouse stérile du chirurgien au début de l’opération. Des insectes ont été observés à 34 reprises depuis 2016.

Travaux coûteux

Selon la direction, l’hôpital a investi 700 000 $ depuis 2016 pour tenter de venir à bout des problèmes d’infiltrations d’insectes et d’humidité excessive, mais rien ne semble y faire (voir autre texte). Certains s’inquiètent que la situation redevienne problématique avec le retour des températures plus clémentes.

Pourtant, en septembre dernier, la direction avait soutenu que le problème était réglé après les révélations de notre Bureau d’enquête sur la présence d’insectes et même d’une souris.

« Dans les derniers mois, toutes les vérifications ont démontré qu’on avait réglé le problème », avait assuré le directeur des services professionnels, le Dr Jean Rodrigue, en entrevue à la radio du 98,5.

Nid dans le plafond

Les événements des derniers mois ont prouvé le contraire. Excédés, une trentaine de chirurgiens et anesthésistes se sont adressés au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, dans une lettre envoyée au début du mois de février.

Ils réclament des travaux d’urgence pour refaire le bloc opératoire.

« Nous avons le devoir de nous assurer que nos patients soient opérés dans des conditions sanitaires adéquates afin de ne pas nuire à leur état de santé. À cet égard, nous ne pouvons tolérer des mouches, des coccinelles ou des niveaux d’humidité nettement au-delà des normes dans ces salles », peut-on lire.

Selon le document, les autorités de l’hôpital sont au courant que diverses bestioles ont établi leur nid dans le plafond du bloc opératoire en raison de la désuétude des installations.

Un visiteur indésirable

Pendant une intervention chirurgicale le 3 novembre dernier, un membre du personnel aperçoit une coccinelle sous des équipements médicaux près de la table d’opération.
Photo courtoisie
Pendant une intervention chirurgicale le 3 novembre dernier, un membre du personnel aperçoit une coccinelle sous des équipements médicaux près de la table d’opération.
La caméra se tourne vers la droite et on aperçoit le patient sous anesthésie, avec une plaie ouverte.
Photo courtoisie
La caméra se tourne vers la droite et on aperçoit le patient sous anesthésie, avec une plaie ouverte.
La caméra revient vers la gauche. L’insecte rouge se promène allégrement au milieu des instruments chirurgicaux.
Photo courtoisie
La caméra revient vers la gauche. L’insecte rouge se promène allégrement au milieu des instruments chirurgicaux.
 Quelqu’un réussit alors à attraper la coccinelle à l’aide d’un bol qui sert habituellement à mettre des liquides stériles, comme de l’eau saline.
Photo courtoisie
Quelqu’un réussit alors à attraper la coccinelle à l’aide d’un bol qui sert habituellement à mettre des liquides stériles, comme de l’eau saline.

 

Problème réglé, vraiment ?

13 septembre 2017

  • Le Dr Jean Rodrigue, directeur des services professionnels de l’hôpital, déclare que les problèmes d’infiltration d’insectes ont été réglés.

23 octobre 2017

  • Présence de deux coccinelles et d’une mouche vivante dans la salle.

3 novembre 2017

  • Une coccinelle trouvée vivante sur la table opératoire sur les instruments.

4 décembre 2017

  • Une mouche a été vue volant au plafond de la salle 1 en présence de cinq témoins. Tuée ultérieurement.

7 décembre 2017

  • En début d’opération, présence d’une fourmi sur la blouse du médecin. Fourmi attrapée, mise en pot et remise au chef de service.
  • Présence de deux fourmis sur le bord de la fenêtre.

Source : Rapport de déclarations des incidents et accidents, Hôpital Charles-LeMoyne

« Ça n’a pas d’allure »

Le bloc opératoire de l’hôpital a été 
construit en 1965.
Photo d’archives
Le bloc opératoire de l’hôpital a été construit en 1965.

 

Depuis quelques mois, l’établissement situé à Longueuil a bouché les trous en attendant de pouvoir faire des travaux majeurs.

On a notamment colmaté l’enveloppe extérieure du bloc opératoire. Une nouvelle porte sera bientôt installée à l’entrée du bloc et d’autres travaux ont été faits au circuit de refroidissement. On prévoit également refaire des travaux de calfeutrage sur la structure extérieure de l’hôpital vers la fin du mois de mars. Des travaux évalués à 400 000 $.

Humidité excessive

« Malgré tout l’argent investi, il y a encore des insectes », indique une personne bien au fait de la situation. Cette dernière dit n’avoir jamais rien vu de tel dans un hôpital. « Ailleurs, il y a eu une mouche et c’était le branle-bas de combat alors qu’ici, ça fait des années qu’on ramasse les insectes. »

Les médecins s’inquiètent notamment des risques d’infections nosocomiales. « Ça n’a pas d’allure, ça augmente les risques d’infection. »

À la fin du mois de septembre, 36 opérations avaient dû être annulées à cause de la chaleur et de l’humidité excessive.

Une autre source qui n’a pas constaté la présence d’insectes n’est cependant pas surprise de la situation.

« Quand il va se mettre à faire plus beau, ça va ressortir. Ce bloc-là est tellement vieux », dit-elle en précisant que le taux d’humidité est souvent loin de respecter les normes.

En août dernier, le Centre hospitalier de Vichy en France a fermé son bloc opératoire pour quatre jours par mesure préventive après la découverte d’insectes dans certaines zones de circulation.

Des plans pour un nouveau bloc

Lise Pouliot, PDG adjointe
Photo d'archives
Lise Pouliot, PDG adjointe

 

Même si un nouveau bloc opératoire est dans les cartons depuis une quinzaine d’années, la direction de l’Hôpital Charles-LeMoyne n’a officiellement présenté ses plans au ministère qu’en décembre dernier.

La présentation d’un plan clinique était l’une des conditions du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, pour décider si un nouveau bloc opératoire sera construit. Les futures salles seraient aménagées au-dessus de la nouvelle urgence.

Le nombre de salles d’opération pourrait augmenter de 13 à 15 pour répondre aux besoins de la population de la Montérégie. « On est positifs », dit Lise Pouliot, présidente-directrice générale du CISSS de la Montérégie-Centre.

Ce n’est toutefois pas d’hier que ce projet est dans les plans. Il faisait partie du plan de développement présenté à l’hôtel de ville de Greenfield Park en novembre 2003.

En 2010, on estimait le coût des travaux pour un nouveau bloc et d’agrandissement des laboratoires à 42 M$ dans un document interne. Il était alors présenté comme un projet avec avis favorable du ministère.

Problème circonscrit

Pourtant, il n’y a encore aucune annonce qui a été faite en ce sens. La direction dit que ce n’est pas la présence d’insectes ou l’humidité des salles qui justifie la construction d’un nouveau bloc.

On indique plutôt que ce problème est circonscrit à un secteur particulier du bloc opératoire. La salle d’opération numéro 1 serait particulièrement à risque en raison des deux murs qui donnent sur l’extérieur.

Des mesures de contrôle parasitaire ont été mises en place et on soutient qu’aucun incident n’a été répertorié depuis décembre.

Selon Lise Pouliot, une infirmière est toujours présente lors d’opérations pour s’assurer que le champ stérile n’est pas contaminé. Elle peut intervenir au besoin.