/entertainment/opinion/columnists
Navigation

Nous sommes les parents pauvres de la télévision

Coup d'oeil sur cet article

Depuis la semaine dernière, un nouveau service de télévision par contournement est disponible partout au Canada. Moyennant un abonnement de 8,99 $ par mois, on peut se régaler des meilleures émissions de la BBC et d’ITV, en plus de toutes celles que la Britbox (c’est le nom du nouveau service) gardera dans son répertoire.

Les téléphages connaissent bien la qualité des émissions de la BBC. Même si elle n’a plus l’aura d’autrefois, la télévision publique de Grande-Bretagne est toujours un modèle. Quant à ITV, le réseau privé né en 1955, c’est le CTV ou le TVA de Grande-Bretagne.

La Britbox devrait faire concurrence à Netflix au Canada anglais et même aux États-Unis où on a toujours apprécié les dramatiques et les sitcoms britanniques. Si de plus en plus de services anglophones deviennent accessibles au pays, on ne peut en dire autant des services francophones.

DEUX FOIS PLUS D’ABONNÉS

Le club Illico est le favori des Québécois avec près de 350 000 abonnés. On ne sait trop le nombre exact d’abonnés de Tou.tv extra, mais il ne dépasserait pas 75 000. Quant à Thema Canada et aux autres services français par contournement, leur audience est microscopique en regard de Netflix, qui compte deux fois plus d’abonnés que tous les autres services français par contournement réunis.

Dans les années d’après-guerre, la télévision américaine a joué un rôle décisif dans l’apprentissage de l’anglais par les Européens, notamment en Allemagne, aux Pays-Bas et dans les pays scandinaves. Les télévisions locales n’ayant guère de moyens financiers, elles diffusaient surtout des séries américaines sous-titrées dans la langue du pays. L’anglais est ainsi devenu graduellement la langue seconde de plusieurs pays d’Europe occidentale et d’Europe du Nord.

À part Netflix, les autres services anglophones par contournement ne présentent pas au Canada d’émissions ou de films sous-titrés en français. Les sous-titres, on l’a bien vu en Europe, favorisent la « bilinguisation » des auditoires, mais des films et des émissions présentées juste en anglais sans sous-titres favorisent l’anglicisation, ce qui est encore beaucoup plus inquiétant.

LA FAMEUSE « ENTENTE » AVEC NETFLIX

Malgré les succès d’audience spectaculaires de nos chaînes françaises, en particulier celles de TVA et de Radio-Canada, la multiplication de l’offre télévisuelle anglophone ne peut qu’éroder l’auditoire francophone. Même s’ils ont été plus difficiles à convaincre que les Canadiens anglais, les Québécois résistent de plus en plus mal aux grandes séries qu’offre Netflix. Pour peu que le géant américain améliore son offre francophone, il gagnera encore en popularité.

On ne sait toujours pas ce que recèle l’entente intervenue entre Netflix et Mélanie Joly, la ministre du Patrimoine, mais il me semble improbable que Netflix investisse des sommes significatives dans la production de séries francophones originales. Netflix misera plutôt sur la postsynchronisation et le sous-titrage­­­, une option plus économique. Heureusement, le sous-titrage est un peu moins propice à l’anglicisation.

Quoi qu’il en soit et quelle que soit la volonté des plus chauds partisans de la langue française – dont je suis –, la télévision transformera à terme le Québec en nation bilingue. À moins d’investissements publics faramineux, mais très improbables, nous resterons les parents pauvres de la télé.