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Victime d’un champignon, proie facile des charlatans

Des scientifiques veulent des règles solides pour protéger de la mérule pleureuse

Maxime Boivin à Saint-Marcellin
Photo courtoisie Maxime Boivin a dû faire détruire sa maison dans le bas du fleuve, en raison d’une infestation de mérule pleureuse.

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Faute de réglementation de la part du gouvernement, des entrepreneurs mal intentionnés pourraient utiliser un champignon destructeur de bâtiment pour exploiter des propriétaires désespérés, craignent des scientifiques.

Vulnérables et sans soutien de l’État, les victimes de plus en plus nombreuses de la mérule pleureuse sont à la merci de « charlatans qui flairent une opportunité d’affaires », prévient Patrick Paquette, de l’Association des microbiologistes du Québec (AMQ).

En 2017, le laboratoire Enviro-Option a recensé 98 cas d’infestation de mérule pleureuse à travers la province, et 20 cas depuis le début de 2018.

L’AMQ fera une sortie publique à ce sujet mercredi. Elle craint que des « experts autoproclamés » facturent des travaux erronés, faute de bien connaître ce champignon.

Surnommée le cancer du bâtiment, la mérule pleureuse se nourrit de bois et peut entraîner la décomposition de toute la structure.

Maxime Boivin, président du regroupement Mérule pleureuse Québec, en sait quelque chose : la mérule a colonisé le sous-sol de sa maison, près de Rimouski, en quelques semaines.

« La décontamination a été évaluée à 135 000 $ », indique le jeune père de famille, qui n’a eu d’autre choix que de faire détruire son bungalow, le rêve d’une vie au bord de l’eau.

M. Boivin indique que les membres de son regroupement se sont vu présenter des devis de décontamination allant de 25 000 $ à 300 000 $, sans aucune garantie.

La maison infestée de mérule pleureuse de Maxime Boivin à Saint-Marcellin, près de Rimouski, a été détruite.
Photo courtoisie
La maison infestée de mérule pleureuse de Maxime Boivin à Saint-Marcellin, près de Rimouski, a été détruite.

Identification

M. Paquette explique que, pour bien traiter le problème, il faut bien l’identifier, comme le spécifie d’ailleurs le rapport du comité interministériel sur la mérule pleureuse, rendu public ce mois-ci.

« L’identification du champignon qui contamine un bâtiment doit être faite par un laboratoire d’analyse spécialisé dans le domaine et indépendant de l’entreprise qui effectue la décontamination », indique le rapport.

Or, « il n’existe pas encore d’accréditation de laboratoires spécifiques pour l’identification de la mérule », poursuit le document. C’est là où le bât blesse, souligne M. Paquette.

Pour identifier le mal, il faut faire un prélèvement qui sera analysé en laboratoire. Des fragments de bois contaminé peuvent aussi être analysés en complément.

Microbiologie

M. Paquette explique que les microbiologistes sont les mieux formés pour cette tâche. Or, leur profession n’est pas régie par un ordre professionnel.

« Si vous êtes malade, vous allez chez le médecin. Vous savez que vous n’avez pas affaire à un charlatan. Mais si vous avez des champignons dans votre maison, vous n’avez aucune garantie », illustre-t-il.

Le scientifique indique qu’un ordre faciliterait la vie des victimes, en permettant la création d’un guichet unique des professionnels aptes à les aider.