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Colocation entre aînés et étudiants: une solution de plus à la crise du logement

Les colocataires Chantal Gauthier (à gauche) et Amparo Ruiz (à droite), dans leur appartement à Montréal.
Dario Ayala / Agence QMI Les colocataires Chantal Gauthier (à gauche) et Amparo Ruiz (à droite), dans leur appartement à Montréal.

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Plutôt que de construire 5000 chambres pour étudiants comme le demande l’opposition, Montréal aurait tout avantage à favoriser la colocation intergénérationnelle, qui consiste à faire habiter jeunes et aînés sous le même toit.

Actuellement, plusieurs personnes âgées offrent des chambres à louer à des étudiants, mais il y a peu de demandes pour les occuper.

Amparo Ruiz était dans la trentaine lorsqu’elle a quitté la Colombie pour venir s’installer dans la métropole. Elle souhaitait «carrément changer de vie». Sans famille et sans ami à son arrivée, la colocation avec une personne plus âgée lui a permis de s’intégrer plus facilement.

«Nouvelle famille»

«Avec Chantal Gauthier, ma coloc avec qui j’habite depuis deux ans, on brise notre isolement et elle m’apprend le fonctionnement de la vie ici. J’ai retrouvé une nouvelle famille avec elle», a raconté Amparo Ruiz, qui parle maintenant le français en partie grâce à sa colocataire âgée d’une soixantaine d’années.

Les deux femmes, qui ont une différence d’âge de 30 ans, ne roulent pas sur l’or. «Partager son loyer, c’est une excellente façon d’économiser sur le prix aussi», a indiqué Mme Gauthier, qui est toujours sur le marché du travail.

Elles doivent leur colocation à Zina Laadj, intervenante sociale au sein de l’organisme La Maisonnée, qui s’occupe de jumeler les colocations entre des aînés qui cherchent la compagnie d’étudiants ou de nouveaux arrivants.

Manque à combler

La semaine dernière, l’opposition officielle a demandé à la mairesse de Montréal, Valérie Plante, de construire 5000 chambres pour la population étudiante d’ici 2025 afin «d’éviter une crise» du logement.

Une proposition qui ne fait aucun sens, selon Zina Laadj.

«Pourquoi dépenser encore dans la construction de loyers quand il y en a une tonne de logements à remplir avec des aînés qui veulent accueillir des jeunes dans leur appartement? La ville doit plutôt investir dans des programmes d’habitations partagées», a dit l’intervenante sociale.

Contrairement aux personnes âgées, peu d’étudiants manifestent leur intérêt à habiter dans de telles colocations auprès de l’organisme. L’experte dans ce domaine trouve très dommage qu’une ville étudiante comme Montréal ne popularise pas davantage ce concept très répandu en Europe.

«Le vivre ensemble de Montréal, ce n’est pas seulement un slogan, a-t-elle dit. Il faut que ce soit de l’action et que ça soit concret autour de projets comme celui-ci qui profiterait aux étudiants étrangers et ceux en provenance des régions québécoises venant s’installer dans la métropole.»

«Solution miracle»

L’Unité de travail pour l’implantation de logement étudiant (UTILE) affirme qu’il faut investir dans ce genre de programme, mais qu’il ne s’agit pas d’une «solution miracle» pour contrer une crise du logement.

«C’est une alternative intéressante pour la Ville et qui peut aider, a expliqué Laurent Levesque, coordonnateur général de l’organisme. Par contre, ça reste toujours une réponse qui comble un besoin minoritaire.»

UTILE a évalué que seulement 1,2 % des étudiants montréalais vivent au sein d’une colocation intergénérationnelle.