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L’absurde avec un grand A

<i>Et si l'amour c'était d'aimer</i><br>
Fabcaro, Éd. 6 pieds sous terre
Photo courtoisie Et si l'amour c'était d'aimer
Fabcaro, Éd. 6 pieds sous terre

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Suite au fulgurant succès de Zaï Zaï Zaï Zaï publié en 2015, l’auteur français Fabcaro ­récidive avec un désopilant et non moins décalé récit d’amour aux jubilatoires effluves de roman-photo.

Fabcaro débute sa carrière d’auteur au début du nouveau millénaire, œuvrant principalement pour de modestes, mais dynamiques, structures éditoriales, dont La Cafetière, 6 pieds sous terre et Vide Cocagne. « L’édition indépendante, c’est mon fief. Je viens de là et j’y resterai. Ça reste un terrain de jeu infini. »

Puis, il collabore pour de grands éditeurs, en reprenant notamment les séries iconiques Achille Talon et Gai-Luron. « J’ai accepté ces deux reprises parce que Gotlib et Greg font partie des héros de mon enfance et de mon adolescence. C’était un cadeau magnifique que je faisais à mon moi de 12 ou 13 ans. »

Serait-il tenté d’emprunter à nouveau cette avenue ? « Je crois que je vais arrêter là sous peine d’être catalogué “repreneur professionnel”. Dans l’absolu, faire un Astérix m’exciterait assez. Ou alors un Tuniques bleues. Le couple Blutch/Chesterfield est à mon sens le tandem le plus fort de la BD franco-belge, avec un rapport qui sort de l’habituel héros/faire-valoir des autres BD. Leur relation est non seulement très drôle, mais aussi beaucoup plus complexe ; une sorte d’amitié homosexuelle... Reprendre la série en appuyant cette ambiguïté me plairait beaucoup. »

Quand notre cœur fait boum

Que fait-on après Zaï Zaï Zaï Zaï ? « Pour la première fois, je me suis dit : “Mince, qu’est-ce que je vais faire après ça ?” C’est une question qui ne m’avait jamais traversé la tête auparavant. J’ai préféré prendre un peu de recul, laisser reposer, plutôt que de chercher à ­satisfaire une attente. »

Ainsi, l’idée d’un nouvel album prend forme, tranquillement. S’inspirant des photos-romans à l’eau de rose, Et si l’amour c’était d’aimer raconte l’histoire d’un rectangle amoureux. Un soir, un couple se commande de la macédoine. La femme tombe instantanément amoureuse du livreur. Elle en commande depuis à chaque soir. Circonspect, l’homme engage un photographe – son ancien amant – pour mener l’enquête sur ce mystérieux livreur.

L’hilarant récit, dont l’humour absurde n’est pas sans rappeler celui de Ding et Dong et la série BD Gilles La Jungle de Claude Cloutier publiée à l’époque dans le magazine Croc, est entrecoupé de saynètes où des gens discutent de leur lecture effrénée. Une sorte de regard sur l’uniformisation de la consommation culturelle que fait Fabcaro. « Avec pour symbole de cette uniformisation, le phénomène de société que sont les séries genre Games of Thrones, qui peuvent focaliser l’attention de tout un pays à tel point que le spoil est considéré comme un délit aussi grave que l’homicide », s’amuse l’artiste. « La série Et si l’amour... représente ça, le centre d’attention de toutes les vies, qui occulte tout et prend le pas sur tout le reste. »

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