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L’école n’est pas une prison!

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Ainsi, selon un rapport dévoilé par Marco Fortier du Devoir, des professeurs du Collège de Maisonneuve s’autocensurent pour ne pas heurter les croyances religieuses ou culturelles de leurs étudiants.

Plutôt que d’ouvrir une boîte de Pandore en traitant de certains sujets « délicats » (comme l’homosexualité ou la critique des religions), on préfère « acheter la paix » en parlant d’autre chose.

ABDIQUER, ENCORE

Imaginez ce qui va se passer quand on va implanter le cours d’éducation sexuelle dans les écoles primaires et secondaires, en septembre.

Ça va être le foutu bordel !

« Quoi, vous allez parler d’homo­sexualité, de masturbation, de relations sexuelles entre mineurs et de sexe hors mariage ? Ça va à l’encontre des valeurs que j’enseigne à mon enfant. Je demande — non, j’exige qu’il soit dispensé de suivre ce cours ! »

Ils vont faire quoi, les profs ? Ils vont se battre contre les parents ?

Non : ils vont abdiquer.

Si on a accepté qu’une jeune musulmane porte des écouteurs sur les oreilles pour ne pas entendre de musique dans son cours de musique, sous prétexte que ça allait à l’encontre de sa religion, on va permettre aux croyants de « protéger » leurs enfants en les retirant de ce cours.

N’importe quoi pour acheter la paix.

Regardez ce qui se passe en Ontario­­­. Le cours d’éducation sexuelle y est obligatoire, mais des dizaines d’élèves ne le suivent pas, car leurs parents ont obtenu une exemption pour raison religieuse.

Vous pensez que le ministre de l’Éducation va se tenir debout et défendre nos valeurs ?

Vous rêvez.

On va faire comme on fait toujours : on va courber le dos.

S’OUVRIR AU MONDE

Or, le rôle de l’école n’est pas de flatter les familles dans le sens du poil et de répéter ce qui se dit à la maison. C’est d’arracher l’enfant à sa famille, à sa communauté, et de l’amener ailleurs.

Lui donner une chance de s’extirper de son milieu, de s’ouvrir au monde et de « devenir qui il est », pour reprendre la formule de Nietzsche.

De permettre à la fille d’un père tyran­­nique et inculte de devenir Denise Bombardier, ou au fils d’une femme de ménage analphabète de devenir Albert Camus.

En France, la situation est telle qu’on ne peut presque plus parler de la Shoah en classe ni du terrorisme islamiste, du conflit israélo-palestinien, d’avortement, de libération sexuelle, d’athéisme ou de féminisme.

Même l’enseignement de la théorie de l’évolution pose problème !

L’école n’est pas une extension de la maison. C’est au contraire une porte de sortie, une invitation (pour ne pas dire un encouragement) à prendre la fuite, à s’échapper.

À vivre autre chose et à devenir quelqu’un d’autre.

À tourner le dos à ses origines et à regarder devant soi.

L’AIR DU LARGE

Certaines familles sont des milieux d’épanouissement. Mais d’autres sont de véritables prisons.

Et quand la maison est une taule, le rôle du prof n’est pas d’aider les parents à verrouiller la porte, c’est de refiler la clé à l’enfant pour qu’il puisse, de 9 à 15 h, du lundi au vendredi, humer l’air du large, se confronter à des réalités qui ébranlent ses certitudes et faire ses choix.