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Déranger ceux que ça dérange

Déranger ceux que ça dérange
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Tout le monde s’embrasse. Tout le temps, partout. Quand on est en amour, quand on est saoul, quand on veut célébrer, quand on a juste le goût. Dans la rue, dans un party, dans la chambre à coucher, même à la télé. Tout le monde s’embrasse. Tout le temps, partout. On n’en fait pas tout un plat. Pourtant, malgré la banalité du geste, cette semaine, il y a un baiser dont on a particulièrement parlé. Juste après avoir terminé son épreuve aux Olympiques, le skieur Gus Kenworthy est allé embrasser sa tendre moitié, et ça, ça va probablement passer à l’histoire. Pourquoi? Parce que sa tendre moitié, elle s’appelle Matthew.

Ça a fait jaser et c’est tant mieux, parce que même si on est épuisés de mener des combats qui devraient déjà avoir étés gagnés, il nous reste un maudit bout à faire. Parler de l’homosexualité, ce n’est pas pour marginaliser davantage, c’est pour en arriver à ce qu’on accepte une réalité. Et la preuve que le progrès n’a pas fini de progresser, c’est que quand un athlète talentueux, motivé et rigoureux se rend aux Olympiques, ce qui nous fait jaser, ce n’est pas son parcours pis sa performance, c’est le petit bec sec qu’il a donné à son chum.

 

Les gens se servent souvent du moindre petit progrès pour assumer que tout est réglé. «Heille arrêtez d’en parler, vous avez déjà une parade pis le droit de vous marier, qu’est-ce que vous voulez de plus». Oui, la communauté a le droit de se marier. Oui, on accepte de s’intéresser à elle une journée dans l’année, et encore là, il faut qu’elle soit vraiment colorée pour qu’on daigne la remarquer.

Qu’est-ce que la communauté peut bien vouloir de plus? Je ne sais pas... Ne pas aller pleurer en cachette quand ta tante te demande «Quand-est-ce que tu vas te faire une petite blonde» alors que tu as le kick sur un gars. Ne pas être obligé de vivre avec l’idée que tes parents refusent de rencontrer l’amour de ta vie. Ou juste pouvoir te déplacer dans la cour d’école sans te faire tabasser.

Et là, je t’entends, Richard de Terrebonne, 65 ans, me répondre :

«Oui, mais l’homosexualité c’est immoral pis la preuve c’est que les hommes pis les femmes sont génétiquement faits pour se reproduire.»

Parfait. Alors laisse les gays adopter tous les enfants que les parents hétéros ont abandonnés, après s’être reproduits.

«Non mais tsé, moi j’suis correct avec les gays, tant qu’ils ne s’essaient pas su’moé.»

Écoute, moi je suis hétéro et je ne m’essayerais pas sur toi. Ce n’est pas parce que quelqu’un est gay que qu’il perd son jugement et qu’il commence à cruiser n’importe quel déchet!

« C’est yinque que si ils montrent des homos qui se frenchent à TV, ça va donner le gout aux jeunes de devenir homo».

Alors si ton enfant voit Barney à la télé, ça veut aussi dire qu’il va vouloir devenir un gros dinosaure mauve? Au passage, dans les deux cas, être homosexuel comme être un dinosaure, ce n’est pas quelque chose que tu attrapes et que tu deviens. Par contre, personne ne nait homophobe, ça, c’est quelque chose qui est contagieux. Donc pour éviter de propager davantage ta maladie, ferme ta bouche et laisse-moi finir ma chronique.

Si j’ai envie d’en parler, c’est parce que ça ne devrait pas être uniquement les minorités qui se battent pour atteindre l’égalité. Parce que mon chum et moi, on a le privilège de pouvoir faire l’épicerie ensemble sans avoir à prétendre qu’on est colocs parce qu’on est tannés du regard des autres. On peut publier une photo de nous sur Facebook sans recevoir des menaces de mort. Ça c’est chez nous, parce qu’ailleurs, il y a encore pas mal plus d’affaires que je peux faire avec mon chum qu’un couple homosexuel ne pourrait pas faire. Lui tenir la main en public, ne pas être emprisonnée, vivre.

Beaucoup d’homosexuels sont tellement ostracisés qu’ils finissent par avoir honte d’eux-même. Pourquoi les homophobes, eux, ne ressentent jamais la moindre miette de honte. Quelque chose est à l’envers. Et non, c’est pas le fait d’éprouver du désir pour une personne du même sexe que soi, ça je vous jure que c’est à l’endroit.

Ce qui est contre nature, ce n’est pas un pénis avec un pénis et une vulve avec une vulve. C’est le manque d’ouverture et d’empathie, c’est la violence, c’est de vivre en sentant que tu n’as pas le droit d’aimer et d’être aimé.

Alors continuons de le montrer à la télé. Continuons d’en parler. Et d’en parler fort. Et de déranger ceux que ça dérange. Et de déranger aussi «ceux qui sont ben correct avec ça, tant que ça ne se fait pas dans leur face». Et hétéros et gays, continuons de nous embrasser en public, puis si quelqu’un chiale, faisons-le taire en le frenchant lui aussi!


► Vous pouvez entendre Rosalie Bonenfant sur les ondes du 107,3 Rouge tous les vendredis matin à 7 h 30.