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Changer pour changer

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S’il y a un mot qui est galvaudé, ces temps-ci, c’est bien « changement ».

Dégage, débarrasse ! On veut du changement !

On est tanné des vieilles statues, on veut du nouveau, de l’inédit !

Une bouffée d’air frais !

D’un extrême à l’autre

C’est ce que se sont dit les libéraux fédéraux en 2011.

Ils venaient de se taper deux ans avec Stéphane Dion et trois ans avec Michael Ignatieff.

Deux gros cerveaux, deux grands intellectuels qui avaient — malheureusement — le charisme d’un verre d’eau.

Alors ils se sont dit : « Il faut changer, aller dans une direction complètement opposée. »

Ils ont donc choisi Justin Trudeau.

Du charisme à revendre, un look d’enfer, mais aussi profond qu’un support à bananes.

Ils sont passés d’un extrême à l’autre.

D’un contenu sans contenant à un contenant sans contenu.

De deux premiers de classe ennuyants à un joueur de maracas en paillettes.

Pour du changement, c’est du changement.

On est passé de deux croque-morts qui portaient toujours le même complet gris à Arturo Brachetti. Vingt-cinq changements de costumes en deux heures !

Je suis un Chinois ! Un Indien ! Un Inuit ! Un Papou !

Un gai de la rue Sainte-Catherine ! Une star de Bollywood ! Un cow-boy ! Un mousquetaire ! Un imam ! Un boxeur !

Le même vent de changement a soufflé chez nos voisins du Sud.

Ils avaient un brillant orateur, ils ont un gars qui connaît deux mots : « Huge » et « Super Huge ».

Un jour, les Américains écoutaient Sly and the Family Stone, le lendemain, ils jouaient du banjo, assis sur la branche d’un arbre.

Idem pour la Ville de Montréal.

On avait monsieur Baboune, on a maintenant Sœur Sourire.

Allez, dégagez, hop hop hop, on veut du changement !

Les schtroumpfs

C’est bien beau, vouloir du changement, mais changer pour qui, pour quoi ?

En France, les gens en avaient ras le bol du traditionnel duel gauche-droite qui paralysait le paysage politique depuis des siècles.

Un mandat de gauche. Un mandat de droite. Un mandat de gauche. Un mandat de droite.

Tout ça était réglé comme du papier à musique.

Ils ont donc élu Macron, un gars qui n’avait même pas de parti politique !

O.K., super, parfait.

Mais, euh... Concrètement, il fait quoi, Macron, au juste ? C’est quoi, son programme ? Quelle vision du pays défend-il ? Quelles sont ses principales idées ?

Bof, on ne le sait pas.

Mais il est différent, il n’est pas comme les autres.

Il change le mal de place.

Qu’ont en commun Rambo Gauthier, Gabriel Nadeau-Dubois, Jean-Martin Aussant et François Legault ?

Ils disent tous vouloir faire de la politique différemment.

Ils incarnent tous « le changement ».

Le mot « changement » est devenu la formule passe-partout par excellence.

C’est comme « schtroumpf », ça veut dire tout et n’importe quoi.

« Je vais te schtroumpfer le schtroumpf dans le schtroumpf... »

Changer de voie

Nous voulons tous du changement, mais nous ne savons pas quel genre de changement nous voulons.

Tout ce qu’on sait, c’est qu’on est tanné.

« Faut que ça change ! »

Je veux bien changer d’itinéraire. Mais pour aller où ?