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Gaétan Barrette ment par omission

brulotte
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Gaétan Barrette aime bien comparer le système de santé du Québec à celui des autres provinces ou encore à celui des États-Unis. Mais avez-vous remarqué ? Ses comparaisons ne portent pratiquement jamais sur les autres pays industrialisés. C’est que le Canada est en queue de peloton.

Les chiffres font peur quand on compare la performance du Canada à celle des autres pays de l’OCDE. Non pas que les gens meurent davantage ici ou que les soins soient mauvais quand les patients finissent par en recevoir. Le problème est qu’en comparaison de la plupart des autres pays avancés, nous manquons de médecins et nous payons nos médecins trop chers. Bref, Gaétan Barrette ment par omission.

Moins de médecins qu’ailleurs

Selon les chiffres de l’OCCE, le Canada dispose de 2,7* médecins en exercice par 1000 habitants. La moyenne des pays de l’OCDE est plutôt de 3,4 médecins par habitant. Au Québec, nous avons 2,4 médecins par habitant. Ce manque de médecin se traduit par un nombre de consultations par médecin substantiellement plus élevé au Canada que dans les autres pays du même groupe. Ainsi, les médecins canadiens réalisent en moyenne 3 024 consultations par médecin, tandis que la moyenne de l’OCDE tourne autour de 2 295 par médecin.

Moins de diplômés qu’ailleurs

Le manque de médecins au Canada, et donc au Québec, n’est pas près de se résorber. Les universités canadiennes décernent 7,5 diplômes de médecine par 100 000 habitants. Dans l’OCDE, la moyenne est 50% plus élevée, à 11,5 diplômes par 100 000 habitants.

Mieux payés qu’ailleurs

Les écarts de revenus entre les médecins et le reste de la  population sont aussi parmi les plus élevés au monde. Les chiffres de 2011 montrent que les médecins généralistes de 22 pays de l’OCDE, à l’exclusion des États-Unis, gagnaient 2,5 fois le salaire moyen du reste de la population, une fois les frais de fonctionnement déduits. En 2013, au Canada, ces salaires atteignaient 3 fois celui de la population en général. La rémunération des généralistes canadiens était alors la 3e plus élevée parmi toutes celles des pays étudiés, États-Unis exclus. Le premier rang revenait aux généralistes de l’Allemagne, qui gagnaient 4 fois le salaire moyen. Chez les spécialistes, la situation est pire. En 2013, au Canada, ils recevaient 4,6 fois le salaire moyen, tandis que la moyenne de l’OCDE en 2011 était de 3 fois le salaire moyen. Le Canada était ainsi en 2013 le 3e pays à payer le mieux ses médecins spécialistes, États-Unis exclus. (NB. Les chiffres de 2013 n’incluent pas la moyenne de l’OCDE).

Les hausses de rémunérations que les médecins ont reçues ces dernières années, en particulier au Québec, devraient avantager encore plus les médecins du Québec par-rapport à ceux des autres pays, États-Unis exclus.

Une situation volontaire

Le problème est donc le suivant : le système de santé, en particulier au Québec, s’est retrouvé entre les mains d’intérêts corporatistes qui ont volontairement limité le nombre de médecins diplômés pour empêcher la concurrence et pour faire augmenter le nombre de consultations par médecin. Ces mêmes intérêts ont aussi négocié au fil des ans des hausses de revenus énormes pour les médecins. Résultats : nous payons trop cher pour nos médecins. Comme il manque de médecins, les urgences débordent plus qu’elles ne le devraient, tout comme les listes d’attente.

Étant donné que les ententes avec les médecins sont signées, il est très difficile de revenir en arrière sans provoquer de graves problèmes avec les médecins et dans le système de santé.

Quelle est la solution ?

Quoi faire pour remédier au problème ? La réponse est simple : il faut former beaucoup plus de médecins. Étant donné le manque de médecins, il serait possible d’en former plusieurs fois plus que le nombre actuel avant que le Canada et le Québec rejoignent la moyenne de l’OCDE.

Former beaucoup plus de médecins permettra aux patients, comme par enchantement, de voir des médecins très rapidement à l’urgence, même pour les gens qui ne sont pas prioritaires. Les régions n’auront plus de problème de recrutement de médecins. Les médecins pourront passer davantage de temps avec leurs patients et ils pourront mieux les suivre. Les infirmières seront moins surmenées. Peut-être même que les médecins recommenceront à se déplacer à la maison des patients, comme cela se faisait il n’y  a pas si longtemps et comme cela se fait toujours dans les pays civilisés.

À des coûts égaux ou plus faibles

Comme le nombre le nombre de patients par médecins diminuera, ces nouveaux médecins ne coûteront pas plus cher à l’État. Il est même possible de parier que parce que les médecins seront plus accessibles, plusieurs maladies seront  décelées à des stades précoces, ce qui générera des économies.

Augmenter le nombre de médecins n’est pas la seule mesure requise pour améliorer le système de santé. Par exemple, les généralistes pourraient procéder à bien des diagnostics et à bien des traitements sans l’aide des spécialistes. Ceci deviendra encore plus évident avec le développement de la cyber intelligence médicale. 

En attendant, les Couillard, Barrette et compagnie devraient cesser de comparer le Québec au Canada et aux États-Unis, qui sont parmi les pires endroits au monde en termes de nombre de médecins par habitants et en termes de rémunération des médecins.

 

 

*Les médecins en exercice au Canada comprennent aussi ceux qui œuvrent dans d’autres domaines comme l’administration ou la recherche. Selon l’OCDE, ceci gonfle artificiellement le nombre de médecins disponibles de 5 à 10%, en comparaison de la plupart des autres pays.