/weekend
Navigation

Le grand roman de la génération yéyé

Gérard de Cortanze
Photo courtoisie, Witi De TERA/Opale/Leemage Gérard de Cortanze

Coup d'oeil sur cet article

Après avoir merveilleusement décrit l’époque des zazous, l’écrivain français Gérard de Cortanze dépeint 50 années de l’histoire de France en mettant en évidence la génération yéyé — celle de Françoise Hardy, Sylvie Vartan, Johnny Hallyday et les Beatles — dans Laisse tomber les filles.

Le 22 juin 1963, quatre ados français assistent, avec 200 000 autres spectateurs, au méga concert donné sur la place de la Nation à Paris pour fêter le premier anniversaire du magazine Salut les copains.

François, un blouson noir tenté par les substances hallucinogènes, est dans la foule. Antoine, fils d’ouvrier qui ne jure que par Jean Ferrat, y est aussi, tout comme Lorenzo, un intellectuel champion de course 800 mètres et fou de cinéma. Les trois garçons craquent pour la même fille, Michèle, pourvoyeuse de chansons yéyé et féministe en herbe.

« Ce sont les enfants qui sont nés entre 1945 et 1955 qu’on a appelés les baby-boomers, explique Gérard de Cortanze, en entrevue. C’est la première génération qui n’a pas connu la guerre, qui a pu consommer, qui avait de l’argent de poche. Et c’est la première fois que le mot adolescent a un sens. On s’aperçoit qu’entre les enfants et les adultes, il y a une catégorie, qu’on va appeler les adolescents, qui ont de 12 ans à 18 ans. Ça devient, pour les fabricants d’objets et de choses diverses, un créneau de consommateurs et de consommatrices potentiels. Ils vont se mettre à fabriquer une mode vestimentaire, une musique, des revues, des émissions à la radio et à la télévision destinées à un seul public : celui des adolescents. »

<b><i>Laisse tomber les filles</i></b><br />
Gérard de Cortanze<br />
Éditions Albin Michel, environ 500 pages
Photo courtoisie
Laisse tomber les filles
Gérard de Cortanze
Éditions Albin Michel, environ 500 pages

L’auteur s’étonne du fait que cette génération sera la même qui, en 1968, fera sa petite révolution en rejetant la consommation, la société américaine qui était vue comme un eldorado, et qui va donner les hippies. « Sur moins de 10 ans, on est passé de l’utopie collective au rejet et à une sorte d’individualisme forcené. »

Deux clans

Gérard de Cortanze rappelle qu’à partir du fameux concert de 1963 qui a dégénéré quelque peu, la société va se diviser en deux clans : les yéyés qui écoutent une musique « impossible » et dansent le twist et le madison et les « croulants » (les plus de 30 ans !) de l’autre.

« C’est une génération utopiste qui chante et qui danse à la place de la Nation. Et ce que je voulais aller chercher, c’est pourquoi, 50 ans plus tard, on se retrouve tous encore une fois sur la place de la Nation. Il y a eu 2 millions de personnes dans les rues, à Paris, à cause des attentats de Charlie Hebdo.

« Le 11 janvier 2015, c’est une grande manifestation pour la république et on défend des valeurs qu’on croyait à jamais acquises depuis la guerre, à savoir, la liberté, la démocratie et notre mode de vie. Qu’est-ce qui s’est passé entre les deux ? Comment on a pu en arriver là ? »

Mode et mini-jupe

L’auteur, né en 1948, était ado à l’époque. « Je me souviens de la révolution énorme qu’a été la mini-jupe : c’était un ras de marée énorme dans la société ! Il y avait les pour, les contre. »

Il a porté les vêtements à la mode à l’époque, écouté la musique qui faisait fureur, défilé avec ses copines pour le Mouvement de libération des femmes. « J’avais les cheveux frisés sur les épaules, des petites lunettes à la Trotsky... J’ai fabriqué ce roman, avec des choses que j’ai vécues. Je suis à la fois dans les trois adolescents, dans la jeune fille, et celui à qui je ressemble le plus, c’est Lorenzo. »