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Le réveil de la jeunesse américaine

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Photo AFP

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Cette semaine, les jeunes Américains se sont politiquement réveillés. Un peu partout aux États-Unis, ils ont quitté leur salle de classe pendant un après-midi afin de protester contre la dernière tuerie en Floride.

Certains ont envahi les abords du Capitole à Washington. Ils criaient : « Assez, c’est assez ! »

Cette mobilisation de la jeunesse américaine est très rare. Comme lors de la guerre du Vietnam, les jeunes Américains sont parmi les premières victimes de la violence. Mais cette fois, cette violence éclate chez eux, dans les écoles qui devraient être des sanctuaires.

1. Que veulent les jeunes ?

Ces jeunes Américains contredisent l’image facile qui est colportée sur eux. Certains les croient mal formés, sans intérêt pour la politique, sans ambition autre que de trouver un travail facile qui leur permettra de gagner beaucoup d’argent. Surprise ! Les voilà qui descendent dans les rues et qui occupent pendant une semaine l’avant-scène des médias. Il est difficile de résister aux messages d’élèves qui viennent de perdre des amis dans un massacre.

Leurs paroles sont poignantes et vraies. À Tallahassee, la capitale de la Floride, ils ont interpellé les élus qui ne voulaient pas les rencontrer : « Vous travaillez pour nous ». Une vérité toute simple que bien des élus semblent oublier quand ils reçoivent de l’argent de la National Riffle Association (NRA) ou d’autres lobbies. Les jeunes veulent des lois plus dures sur l’armement.

2. Qu’en pense Donald Trump ?

Même Trump s’est senti obligé de rencontrer une délégation d’élèves. Le scénario de gestion de crise était rédigé d’avance. Mais Trump a commis l’erreur de le laisser voir aux photographes. Il avait gardé à la main une feuille de papier où étaient inscrits quelques points importants. Le cinquième et dernier : « Je vous entends ». Les jeunes ont compris que Trump manquait à ce point d’empathie qu’il avait besoin d’un aide mémoire pour lui rappeler les notions les plus élémentaires de la compassion. Des jeunes qui étaient présents à la rencontre ont par la suite critiqué Trump dans les médias.

3. Quelles sont les réactions des opposants ?

Le mouvement des jeunes Américains est tellement inattendu que même Wayne Lapierre, le président de NRA, s’est senti obligé d’intervenir publiquement. Il a déclaré que les jeunes étaient manipulés par des forces socialistes et que si les démocrates prenaient le pouvoir, les Américains perdraient leurs droits et libertés. Dans la même catégorie de déclarations délirantes, Trump demande aux professeurs de s’armer. Une idée opposée à l’esprit de l’éducation. Les professeurs enseignent aux enfants à se défendre avec les mots, les idées et les connaissances, plutôt que par la violence.

4. Que cherchent Trump et les républicains ?

Les opposants veulent faire dévier le débat. Ne pas discuter des ventes d’armes aux États-Unis. Ne pas montrer qu’elles se font d’abord et avant tout dans l’intérêt de leurs fabricants.

Comme si la logique entrepreneuriale l’emportait automatiquement sur tous les autres intérêts sociaux ou politiques­­­.

5. Comment les républicains justifient-ils une position aussi extrême ?

Pour beaucoup de républicains, aucune entrave politique à l’enrichissement des entrepreneurs n’est tolérable. C’est pour cette raison que le président de la NRA évoque le spectre du socialisme. Mais les jeunes sont en train de dire qu’entre le socialisme et le capitalisme sauvage, il existe d’autres choix. Ils pourraient bien convaincre leurs parents et amis de le montrer lors des prochaines élections de mi-mandat.