/finance/opinion/columnists
Navigation

Mauvais message aux investisseurs étrangers

Coup d'oeil sur cet article

Le gouvernement Couillard a-t-il pris une décision d’affaires éclairée en rejetant le projet d’assemblage de voitures électriques de PSA Peugeot-Citroën en sol québécois, un projet de 600 millions de dollars ?

Chose certaine, la façon dont le gouvernement se comporte dans ce dossier d’affaires lance un très mauvais message aux investisseurs étrangers qui souhaitent investir au Québec.

Rappel des faits. En janvier 2016, en marge du Forum économique mondial de Davos, le premier ministre Philippe Couillard annonce en grande pompe l’attribution d’un soutien financier de 16 millions de dollars afin d’appuyer, en partenariat avec PSA Peugeot-Citroën, la réalisation au Québec d’une initiative innovante dans le domaine des composants pour véhicules électriques.

« Notre engagement dans le projet annoncé aujourd’hui et le Plan d’action en électrification des transports 2015-2020, précise-t-il, constituent un pas de plus dans le développement du secteur de l’auto électrique... »

Un mois plus tard, lors d’une allocution à Washington, M. Couillard en rajoute à propos de son entente avec Peugeot : « Le Québec a espoir que les résultats inspireront les fabricants automobiles français à venir installer une usine d’assemblage de voitures électriques dans la province et à profiter de son environnement d’entreprises vertes. »

LA RÉALITÉ

Moins de deux ans plus tard, le projet en collaboration avec Peugeot-Citroën est abandonné.

Alors que Québec en impute la responsabilité au désistement de Peugeot-Citroën, mon collègue Pierre Couture nous apprend cette semaine que ce n’est pas le constructeur français qui a fait avorter le projet, mais plutôt Investissement Québec, le bras financier du gouvernement.

Résultat ? Peugeot-Citroën a demandé à Québec de se rétracter. Et l’abandon du projet a fait perdre 14 millions de dollars au gouvernement Couillard et 4 autres millions à Hydro-Québec.

MOTIF NÉBULEUX

Selon la ministre de l’Économie, Dominique Anglade, c’est « pour le bien des contribuables » que le projet a été abandonné. Les investissements, dit-elle, auraient été trop élevés.

À l’Assemblée nationale, le député péquiste Sylvain Gaudreault s’est interrogé sur la « subite passion du gouvernement » pour l’hydrogène... alors que des lobbyistes libéraux s’y intéressent activement.

La question sous-entendue : le gouvernement a-t-il retiré son appui au projet des voitures électriques de Peugeot-Citroën pour favoriser des constructeurs automobiles qui développent le moteur à l’hydrogène ?

Autre hypothèse : le gouvernement Couillard aurait-il eu peur de financer un projet qui risquait de se retrouver au cœur d’un conflit entre le constructeur automobile français et les constructeurs américains, comme ce fut le cas avec la C Series et Boeing ?

Si tel est le cas, il a paniqué trop vite puisque le gouvernement américain n’imposera pas de droits compensateurs sur la vente de C Series « made in Quebec » aux États-Unis. Il serait vraisemblablement de même pour des véhicules électriques provenant du Québec.

Quoi qu’il en soit, ce n’est sûrement pas en imputant injustement l’abandon du projet à Peugeot que le gouvernement Couillard va attirer les investisseurs étrangers.

C’est d’une maladresse inouïe.