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Retour sur l’état de la langue parlée au Québec

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Je ne suis pas linguiste, encore moins sociolinguiste, et je n’ai pas la prétention du savoir exclusif. J’ai été l’éditeur des trois ouvrages du poète et chanteur Georges Dor, qui déploraient la piètre qualité du français parlé au Québec. J’avais mal à ma langue, j’avais mal à mon peuple. Il ne s’agissait, sans doute, que d’états d’âme... La situation a-t-elle changé aujourd’hui ? Marty Laforest affirme que oui...

À l’époque, j’avais assisté à la présentation d’une vidéo tournée par une troupe de théâtre pour enfants où l’on pouvait entendre les réactions de jeunes publics venant de France, de Belgique et du Québec. Les différences au niveau de la perception de l’œuvre et la façon de les exprimer sautaient aux yeux.

Ce que disait Georges Dor, dans ses essais, c’était qu’il fallait apprendre à nos enfants à bien s’exprimer, pour qu’ils puissent se faire comprendre par qui de droit. Il ne niait pas le droit à une langue populaire ni au joual, mais il demandait que nos enfants puissent eux aussi maîtriser parfaitement le français et avoir accès à ce niveau supérieur de langage qui permet de mieux dire « je » et d’accéder à des fonctions supérieures.

Débat pertinent

Vingt ans plus tard, on relance le débat avec la nouvelle édition de États d’âme, états de langue, agrémenté d’une préface du professeur et chroniqueur Louis Cornellier et d’un avant-propos de l’auteure qui se défend d’avoir voulu faire l’apologie du joual. Comme l’affirme Laforest, « plus ça change, plus c’est pareil ». Les livres et les débats sur la langue au Québec suscitent toujours des passions. Le dilemme persiste pourtant, et il est loin d’être résolu. Parle-t-on aujourd’hui, au Québec, un français qui nous permette de nous faire comprendre sur d’autres scènes ? Il ne s’agit pas de savoir qu’au 17e siècle, dans certaines régions de France d’où sont venus les premiers colons en Nouvelle-France, on disait « moué » et « toué ». Ni de savoir que si nous disons toujours « barrer la porte », c’est qu’à cette époque en France, on avait l’habitude de mettre une barre en bois sur la porte pour empêcher les intrus d’entrer dans la maison. On sait tous qu’ici, le français a cessé d’évoluer pendant un certain temps, à partir de la défaite de 1760, et ceci explique cela.

Gravité de la situation

La nouvelle édition de cet ouvrage est loin de montrer que nous « tournons en rond », vingt ans plus tard. Elle prouve au contraire que cette question nous préoccupe encore et que le débat est bel et bien pertinent. Nous nous sentirons toujours menacés dans cet océan anglophone. Le Québec est un bien petit pays d’Amérique et la menace d’une louisianisation est bien présente. D’où nos sensibilités à fleur de peau lorsqu’il est question de l’enseignement de notre langue, à tous les niveaux.

Les hauts taux d’échecs scolaires démontrent justement la gravité de la situation. A-t-on suffisamment enseigné à nos jeunes enfants l’amour de la langue et l’amour de notre culture dans toutes ses manifestations ? J’en doute fortement, même après toutes ces années de progrès social. On n’a qu’à écouter ce qui se dit autour de nous pour comprendre. Devant l’immigrant qui tente de s’exprimer fièrement en français, on préfère souvent s’adresser à lui en anglais, « pour l’aider à mieux nous comprendre ». Une scène déplorable encore ­constatée hier.

On aurait tort de réduire ce débat à une simple question de purisme.