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Un meurtre et ses enjeux

<b><i>Poudreries</i></b><br />
Éloïse Simoncelli-Bourque<br />
Fides, 269 pages
Photo courtoisie Poudreries
Éloïse Simoncelli-Bourque
Fides, 269 pages

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L’intrigue est si touffue qu’il serait facile de se perdre dans les poudreries annoncées en titre. Mais l’auteure tient son récit bien en main avec, dans le rôle principal, un policier qui soulève de vrais enjeux de la société.

Ça commence par des cadavres de chevreuils qui s’amoncellent, un carnage plutôt inhabituel pour le parc du mont Saint-Bruno. Ça se poursuit par le meurtre d’un neuropsychiatre aux théories audacieuses et par la fugue d’une adolescente, envoûtée par l’héroïne que lui tend un jeune amoureux.

Ça en fait beaucoup ? Oui. Et pourtant, on suit sans peine parce que l’auteure Éloïse Simoncelli-Bourque sait tisser entre chaque bout de son récit les liens qui nous montrent en quoi tout ça ­finira par se rejoindre et former un tout.

Critique sociale

Poudreries est le deuxième roman de ­Simoncelli-Bourque. Elle y remet en scène des personnages déjà croisés dans Crachin, son premier livre, motivé lui aussi par une certaine critique sociale, mais toujours en empruntant le mode de l’enquête. Deux autres ouvrages doivent compléter cette série, chacun associé à une saison.

Dans Poudreries, c’est l’hiver qui triomphe. Très bien exploité, il s’accorde parfaitement à l’intrigue déployée, rajoutant à la pesanteur de l’atmosphère. De la même manière, l’auteure sait raconter la souffrance, autant celle d’une toxicomane en manque que d’un vieil homme juif qui revit l’horreur nazie.

Pesante atmosphère

Il y a néanmoins des points qui font tiquer à la lecture. Par exemple, le responsable d’un département universitaire se voit affublé du titre de recteur alors que c’est d’un doyen dont il s’agit. De plus, l’auteure force parfois la note dans les (nombreuses) images auxquelles elle aime recourir comme, par exemple, la recherche d’un espace de stationnement qui devient l’équivalent de la chasse d’un prédateur. Même constat dans le choix des mots : épigastre, pandémonium, chouïa..., cela sonne bien emprunté dans le contexte très québécois de ce récit. Avec une intrigue aussi riche, la simplicité du propos aurait meilleur goût.

Mais, on reste tout de même accroché parce que son histoire dépasse le cadre du polar traditionnel. Des cruelles expérimentations médicales à Auschwitz jusqu’au trafic du fentanyl, nouveau fléau dans les rues des grandes villes, c’est toujours de cobayes humains dont il est question. Et Éloïse Simoncelli-Bourque, par la voix de ses personnages, s’interroge avec pertinence sur le profit que certains acteurs du milieu pharmaceutique peuvent tirer de ces dérives.

Tout ce questionnement fait plus que nous divertir, et on se souhaite que la romancière continue dans cette voie.