/lifestyle/health
Navigation

Un pied de nez à la maladie de Parkinson

Patrick Zabé
Photo Denis Méthot Patrick Zabé et sa conjointe Mona Gaumond. Depuis qu’il est atteint du Parkinson, Patrick Zabé s’alimente bien. Sur cette photo, il s’apprête à déguster un jus maison.

Coup d'oeil sur cet article

Patrick Zabé n’a jamais oublié la date du 9 avril 2007. Ce jour-là, le diagnostic d’un neurologue est tombé : il était atteint de la maladie de Parkinson. À 65 ans, son existence prenait un autre tournant. 

« Les premiers jours, j’ai pleuré à plusieurs reprises, confesse-t-il. Je me suis demandé quelle était mon espérance de vie et si on mourait du Parkinson ».

Ces larmes de colère et d’incompréhension ont toutefois été brèves et il s’est vite retroussé les manches. Près de 11 ans après le début du combat qu’il livre au quotidien, le chanteur, qui a été une grande vedette populaire dans les années 60 et 70, avec des tubes comme Agadou, Senor Météo, Les lunettes et C’qu’on est bien dans son bain, continue de faire un pied de nez à cette maladie dégénérative. Au dos du t-shirt qu’il porte, il résume son plan d’action : « Pour toi Parkinson, je m’entraîne, je marche, je travaille, je chante, je vis ». Sur le devant du chandail, un gros doigt d’honneur prend la place de l’i dans Parkinson. Le message ne saurait être plus clair...

Premiers symptômes

Avant le diagnostic, la maladie s’est d’abord manifestée sous la forme de tremblements aux mains, de rigidité dans un bras et de posture. « Papa, tu as le dos courbé », lui faisait remarquer sa fille Kim Rusk, inquiète. Sa médecin a évoqué un problème de tremblement essentiel, une maladie qui provoque des tremblements, sans être du Parkinson. Les symptômes s’aggravant, il a été dirigé vers un neurologue.

« Quand je suis allé le voir avec ma femme Mona, il m’a dit que j’étais atteint du Parkinson, raconte le chanteur, maintenant âgé de 76 ans. Je ne m’attendais pas à ce diagnostic. Nous sommes revenus à pied de l’hôpital. On ne se parlait pas beaucoup. »

Personne ne comprenait. Depuis des années, il fréquentait le gym plusieurs fois par semaine, il consommait peu de viande rouge, lui préférant une alimentation plus riche en végétaux et il n’y avait aucun cas du genre dans sa famille. Personne n’est parvenu à lui expliquer pourquoi il avait développé le Parkinson. Il ne le sait toujours pas aujourd’hui. Mais, à tout le moins, le pronostic n’était pas fatal malgré la sévérité de la maladie.

« Quand j’ai demandé à mon neurologue combien d’années je pouvais espérer vivre, il m’a dit que j’allais mourir à 95 ans et que je conserverais une belle qualité de vie si je prenais fidèlement ma médication et que je demeurais actif. »

« Le plus désarmant pour Patrick a été de commencer à prendre des médicaments sur une base quotidienne alors qu’il ne prenait aucune pilule », dit Mona Gaumond, sa conjointe depuis 30 ans. Avec cette femme déterminée à ses côtés, il n’y avait pas de place pour le laisser-aller et la dépression : la bataille, ils la mènent à deux.

La médication ne parvient pas à enrayer la progression de la maladie de Parkinson, mais elle contrôle grandement les symptômes. Sa femme se charge de lui donner ses pilules avec une discipline de fer. En revanche, il ne suit aucun traitement. Sa recette tient essentiellement dans trois ingrédients : médicaments, mouvement, bonne alimentation.

Même si le pronostic n’était pas catastrophique, il a longtemps gardé la nouvelle secrète. Il lui a fallu plusieurs années pour confirmer à sa fille Kim et à son fils Jean-Patrick qu’il était atteint du Parkinson. Sur le coup, les deux ont durement encaissé le choc.

Projets et activités

Parkinson ou pas, il a continué à vivre à fond : multiples voyages d’affaires à Paris avec Mona pour leur boutique de mode Bainzeville de Québec, excursions de pêche et de VTT dans la région de Charlevoix où ils possèdent un chalet, entraînement au gym trois fois par semaine, marches à répétition, et il a continué d’enregistrer et de se produire en spectacle. L’an dernier, l’interprète de Agadou était de la Tournée des idoles 11. Il a à peine raté 5 des 32 shows à cause de la maladie. Le public savait qu’il était atteint du Parkinson et lui a fait sentir tout l’attachement qu’il lui portait.

« Chaque soir, c’était l’ovation », se rappelle-t-il, ému. Lui qui avait caché sa maladie est devenu ambassadeur provincial pour la maladie de Parkinson et un symbole de courage, de ténacité et de résilience face à cette maladie.

Cette recette, qui consiste à bouger, à être actif, à avoir constamment des projets en marche, fonctionne chez lui. Malgré la maladie, il a commencé à dessiner sur toile il y a deux ans, il projette une tournée de concerts-conférences à travers la province, et dans les heures qui suivaient notre entrevue, il allait enregistrer une nouvelle chanson en studio. Physiquement, il a pris un coup de vieux. Le dos est courbé, la voix est moins forte. Mais le moral est intact. C’est aujourd’hui que l’un de ses vieux succès lui collerait le mieux à la peau : C’est bon pour le moral.

Graves problèmes d’arthrose

Ses seuls moments de découragement, il les a connus en raison de graves problèmes d’arthrose dans la région du cou.

« J’avais de la douleur 24 heures par jour, raconte-t-il. J’ai consulté des ostéopathes, des physiothérapeutes, une ramancheuse, rien n’y faisait. Mon neurologue m’a référé à un neurochirurgien. Ce dernier m’a opéré en moins de 24 heures, en janvier dernier. C’était un cas d’urgence. Il m’a dit que j’étais sur le point de paralyser des jambes. Je me serais retrouvé en fauteuil roulant sans espoir de remarcher un jour. Dès le lendemain de l’opération, la douleur avait disparu. »

Le décès de Pierre Lalonde

Il a aussi été très affecté par la mort de Pierre Lalonde, atteint lui aussi du Parkinson. « Son décès m’a secoué encore plus que le diagnostic de ma maladie. Nous nous parlions souvent. Mais je crois que Pierre n’est pas demeuré aussi actif que moi. »

S’il a un conseil tiré de son expérience à donner aux gens qui développent le Parkinson, c’est de marcher, de prendre fidèlement leur médication et de continuer de s’investir dans des projets.

Des petits-enfants dans le futur

Dans les circonstances, compte tenu de son niveau d’activité et de mobilité après 11 ans, Patrick Zabé ne se plaint pas de son sort, même si on ne guérit pas du Parkinson. S’il y a une chose qui manque aujourd’hui dans sa vie, c’est d’être grand-père.

« Je l’ai dit récemment à Kim et à la femme de mon fils Jean-Patrick, j’aimerais avoir des petits-enfants. Kim espère ardemment en avoir. J’aimerais tellement être grand-papa. »