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Plus de bénéfices sans pesticides

Les paysans italiens ont troqué les pesticides pour une assurance et ils gagnent au change

Les nouvelles règles concernant les pesticides annoncées par Québec touchent particulièrement la production de grains. Celle-ci occupe plus d’un million d’hectares de terre, pour un chiffre d’affaires annuel de 1,3 milliard de dollars. Les producteurs d’ici produisent et commercialisent des céréales (maïs, blé, orge, avoine) et des oléagineux (soya, canola).
Photo d’archives Les nouvelles règles concernant les pesticides annoncées par Québec touchent particulièrement la production de grains. Celle-ci occupe plus d’un million d’hectares de terre, pour un chiffre d’affaires annuel de 1,3 milliard de dollars. Les producteurs d’ici produisent et commercialisent des céréales (maïs, blé, orge, avoine) et des oléagineux (soya, canola).

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Les agriculteurs pourraient gagner plus et produire mieux en remplaçant les pesticides par une simple assurance collective, d’après une étude internationale qui examine une expérience menée en Italie avec succès pendant 29 ans.

« L’observation de deux grandes régions en Italie a montré que, dans l’immense majorité du territoire, il n’y a pas de ravageurs, donc pas de nécessité de traiter avec des pesticides », indique le Dr Jean-Marc Bonmatin, chercheur au Centre national de la recherche scientifique, en France.

Le chercheur dirige le plus important regroupement international de scientifiques qui étudient les effets des pesticides néonicotinoïdes, le Task Force on Systemic Pesticides.

Ces produits sont appliqués comme enrobage des semences, en particulier de maïs et de soya, pour prévenir les infestations de ravageurs. Il y a une semaine, Québec a annoncé de nouvelles règles pour limiter leur utilisation.

L’exemple italien montre que, plus qu’une limitation, une interdiction est possible sans affecter les rendements et les profits des agriculteurs, au contraire, indique le Dr Bonmatin.

Son équipe dévoilera aujourd’hui, dans la revue scientifique Environmental Science and Pollution Research, une étude menée en Italie, sur un vaste territoire de 50 000 hectares où les pesticides sont proscrits.

Même sans produit

Malgré cette interdiction, seulement 4 % des champs sont réellement attaqués par les ravageurs. « On a été sidérés de se rendre compte que, finalement, les pesticides ne servent à rien », dit le chercheur du CNRS. Pour lui, « le monde agricole se fait avoir avec les pesticides ».

Pour les remplacer, les agriculteurs italiens ont créé une assurance mutuelle qui couvre les pertes de récolte en cas d’infestation. Ils cotisent chacun l’équivalent de 5 $ par hectare à ce fonds commun, soit dix fois moins que ce qu’ils payaient pour les pesticides.

L’assurance sert de garantie en cas d’échec des principes de lutte intégrée contre les ravageurs, principes qui, en Italie, sont appliqués à l’échelle régionale plutôt qu’en vase clos comme chez nous. Ils impliquent la rotation des cultures, la plantation de variétés plus résistantes et l’utilisation de pièges ou de prédateurs des ravageurs, notamment.

Les nouvelles règles concernant les pesticides annoncées par Québec touchent particulièrement la production de grains. Celle-ci occupe plus d’un million d’hectares de terre, pour un chiffre d’affaires annuel de 1,3 milliard de dollars. Les producteurs d’ici produisent et commercialisent des céréales (maïs, blé, orge, avoine) et des oléagineux (soya, canola).
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Plus de profits

« L’agriculteur, ce qui le terrorise, c’est de perdre sa récolte, mais si on lui dit qu’il a très peu de chances de la perdre et que s’il la perd, on lui rembourse, il a tout à gagner », souligne le Dr Bonmatin.

Lundi dernier, le président des Producteurs de grains du Québec, Christian Overbeek, a critiqué la réforme du règlement sur les pesticides qui, selon lui, fera augmenter les coûts de production, et donc rendra les grains d’ici plus chers et moins compétitifs. Il craint aussi qu’elle affecte les rendements.

Mais, en Italie, les rendements n’ont pas diminué, insiste le Dr Bonmatin. De plus, les profits des agriculteurs ont augmenté, car la lutte intégrée et l’assurance mutuelle leur coûtent moins cher que les produits chimiques et ils parviennent à vendre leur production plus cher, puisqu’elle est sans pesticides.

Le lobby est montré du doigt

Nos législateurs sont coincés dans « une lutte d’influence », ce qui explique le peu de mordant des restrictions imposées pour les pesticides, estime le Dr Jean-Marc Bonmatin, du Task Force on Systemic Pesticides. L’Union paysanne, qui milite contre ces substances, est du même avis.

« Le vérificateur général souligne que les mesures incitatives du MAPAQ [ministère de l’Agriculture] pour réduire l’usage des pesticides en milieu agricole font difficilement contrepoids au lobby de l’industrie chimique, qui conseille le secteur agricole », indique Maxime Laplante, le président de l’organisation.

Indépendance

« Savez-vous pourquoi on utilise autant de pesticides sur la planète ? Parce que ceux qui les produisent paient ceux qui les vendent, et ceux qui les vendent sont les seuls conseillers du monde agricole », explique M. Bonmatin. La ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon a indiqué au 98,5 FM que plus de la moitié des agronomes actifs en phytoprotection ne sont « pas tout à fait indépendants », à cause de leurs liens avec les vendeurs de pesticides.

L’Ordre des agronomes du Québec reconnaît qu’il y a apparence de conflit d’intérêts pour les agronomes dans plusieurs cas. « Les compagnies de pesticides fournissent les notes de cours à l’université, c’est ça la formation en agronomie », déplore M. Laplante, lui-même agronome.